Ste-Foy: la hauteur des tours à bureaux limitée à 17 étages

Ceux qui croyaient que les fusions mettraient fin aux chicanes entre Québec et Sainte-Foy devront se raviser. L'administration Labeaume veut con­traindre son arrondissement à réduire la hauteur maximale de ses tours à bureaux pour ne pas nuire au développement des autres secteurs de la ville, comme D'Estimauville dont la relance tarde à lever.
Officiellement, les trois principaux centres d'affaires présentement en développement de la capitale se voient imposer des plafonds. Ainsi, les édifices de Lebourgneuf ne devront pas dépasser 10 étages et ceux de D'Estimauville, 12. La vraie cible de cette mesure reste toutefois Sainte-Foy–Sillery qui devra limiter ses projets à 17 étages —ou 55 mètres—, soit la taille de Place de la Cité. Les élus de l'arrondissement visaient plutôt 20.
Depuis ce printemps, Québec tente de convaincre Sainte-Foy–Sillery de baisser cette limite de trois étages, mais n'a «visiblement» pas été écoutée, déplore le directeur général adjoint de la Ville, Serge Viau.
L'administration Labeaume a donc décidé de prendre les cho­ses en main. Le comité exécutif a adopté hier une modification au Plan directeur d'aménagement qui sera soumis au conseil municipal de mardi. Son administration parle même «d'urgence» et impose dès maintenant ces limites de hauteur en attendant que le conseil municipal tranche.
Mais voilà, à en croire la première réaction négative de l'opposition majoritaire à l'hôtel de ville, ces plafonds risquent fort de frapper un mur. Le critique en aménagement urbain du RMQ, André Demers, a dénoncé cette «mesure centralisatrice» et «qui impose un carcan aux promoteurs».
Déçu d'avoir été informé de la décision après la presse, le conseiller de Saint-Louis —que traverse le boulevard Laurier— y voit une autre tentative du maire pour miner le travail des élus. Après tout, souligne-t-il, le zonage est de compétence des arrondissements.
Pas tout à fait, rétorque le maire Régis Labeaume. «Le zonage est une tâche qui revient aux arrondissements, mais les lois permettent à la Ville d'intervenir pour assurer l'équité dans les possibilités de développement économique de tous les arrondissements. À toutes fins pratiques, la Ville a le pouvoir de discriminer pour permettre cette équité», a-t-il précisé en conférence de presse hier.
Celui-ci dit vouloir éviter que le développement du centre d'affaires sur le boulevard Laurier fasse compétition à la relance de D'Estimauville ou n'attire des entreprises déjà établies dans le quartier Saint-Roch.
«La Ville doit tout faire pour éviter un phénomène qui existait avant les fusions : le cannibalisme, cette compétition inéquitable entre les arrondissements. En clair, un arrondissement ne peut pas se développer au détriment des autres», d'ajouter le maire.
Circulation
Ce dernier dit également vouloir éviter les problèmes de circulation dans Sainte-Foy–Sillery que pourrait entraîner la multiplication d'aussi de hautes tours. «J'habite le quartier Saint-Yves et il y a des citoyens en colère parce qu'il y a des problèmes de circulation. Plus il y a des gens qui empruntent le pont de Québec, le boulevard Laurier, ça crée de la congestion. Je le vois dans mon quartier, les automobilistes prennent tous les moyens, les raccourcis possibles dans les quartiers, notamment dans Saint-Yves où j'habite.»
Et ce, sans compter les problèmes de stationnements. «Plus ont va laisser construire des bâtiments sans limite ou à 20 étages, plus les rues environnantes vont être encombrées», estime M. Labeaume.
Un argument auquel n'adhère pas M. Demers. «Je ne pense pas que de faire réduire de 20 à 17 change le problème de circulation et de stationnement. Le problème existe déjà et il y en a pas de tour de 20 étages!»
Cominar surpris en pleine construction
L'annonce d'un plafond de 17 étages prend par surprise le promoteur Cominar qui avait débuté depuis peu la construction d'une tour... de 20 étages.
Joint par téléphone en déplacement à l'extérieur de la province, son président, Michel Dallaire, n'a pas caché sa déception. «On va continuer, on ne peut pas arrêter. Ça va juste changer ce qu'on voulait faire. On voulait un projet majeur, structurant, mais ça l'air que la Ville n'est capable de le prendre selon M. Labeaume. Il va falloir faire plus petit.»
Après avoir envisagé de cons­truire sur 27 étages, Cominar avait accepté en juillet la proposition de l'arrondissement Sainte-Foy–Sillery de limiter son projet de deux tours sur le boulevard Laurier à 20 étages, pour une hauteur maximale de 80 m.
Place de la Cité
Un coup de fil du maire Régis Labeaume mercredi l'a toutefois fait tomber de haut. Avant d'annoncer sa décision à la presse hier, il a tenu à rassurer ce «citoyen corporatif exemplaire».
Homme d'affaires jusqu'à son élection, M. Labeaume dit comprendre la déception de Cominar, mais rappelle qu'il doit désormais voir au développement de toute la ville d'abord. «C'est sûr que si j'étais promoteur immobilier, j'espérerais des édifices de 50 étages. C'est plus payant. On ne peut pas le blâmer. Mais c'est rentable à 17 étages. Place de la Cité est rentable : c'est lui qui l'a construit.»
En conférence de presse, M. Labeaume a estimé que sa décision alors que les travaux ont débuté ne remettent pas le projet en question. «Il y a un trou. Ça ne change rien que les travaux soient en cours, que ce soit pour 17, 20 ou 25 étages.» Au contraire, affirme M. Dallaire qui dit maintenant devoir revoir l'ensemble du montage financier de son projet situé sur le terrain de l'ancien motel L'Abitation.