Denis Coderre et Régis Labeaume.

Statut particulier pour Québec et Montréal: Coderre et Labeaume entendus par les chefs

Les chefs des trois principaux partis politiques provinciaux ont promis le coup de balai espéré dans les lois municipales, vendredi. Ils se sont dits ouverts à accorder un statut particulier à Québec et à Montréal, tandis que François Legault demeure le seul à vouloir confier aux élus municipaux le pouvoir de décréter les conditions de travail de leurs employés.
Exceptionnellement réunis à la même table au Sommet sur le milieu municipal de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), les leaders ont emprunté la tribune à tour de rôle pour se prononcer sur les enjeux mis de l'avant par un milieu municipal nouvellement soudé.
Ils n'ont pu faire abstraction de l'offensive des villes de Québec et de Montréal, qui réclament un statut particulier assorti de nouveaux pouvoirs pour jouer pleinement leur rôle de capitale et métropole. Les trois chefs s'y sont dits favorables a priori, sans toutefois faire d'offre concrète.
La première ministre sortante Pauline Marois dit avoir «entendu l'appel» de Montréal et de Québec pour une pleine reconnaissance de leur statut et l'obtention des «pouvoirs conséquents».
Le chef libéral Philippe Couillard a parlé d'une loi pour que Montréal assume son statut de métropole et une autre pour Québec, «pour remplir son rôle de capitale nationale».
La chef péquiste s'est engagée à poursuivre dans les meilleurs délais le travail amorcé dans le dossier des régimes de retraite. Le projet de loi déposé par Agnès Maltais pour s'attaquer aux déficits des caisses de retraite sera rapidement rappelé, a assuré Mme Marois, et débattu en commission parlementaire.
Philippe Couillard a répété qu'il prônait le recours à un arbitre plutôt qu'à la Commission des relations du travail pour trancher en cas d'impasse dans les négociations.
Ces instances ne sont pas les mieux placées, selon François Legault, chef de la Coalition avenir Québec. «À un moment donné, il faut que quelqu'un soit imputable, et je pense que ce sont ceux qui sont élus dans les municipalités.»
«Ce que la Coalition avenir Québec propose est qu'après une année de négociations, on vous donne le pouvoir de décréter les conditions de travail de vos employés de la même façon que le gouvernement peut le faire», a-t-il assuré aux maires présents vendredi.
La chef péquiste croit autrement pouvoir ratifier un pacte fiscal avec les municipalités avant l'été. De nouvelles sources de revenus et de nouveaux outils fiscaux seraient offerts, mais dans une perspective de développement durable du transport et de l'aménagement du territoire.
Philippe Couillard a pour sa part lancé «que, oui, il faut une charte des municipalités». Le libéral a insisté: il «achète tout à fait le concept [...] de la reconnaissance de la municipalité comme un gouvernement autonome et de proximité. Ma réponse est oui». Pour le chef du PLQ, «il est temps de sortir de cette vieille relation «créature/créateur» entre le gouvernement du Québec et les municipalités.
Le président de l'UMQ, Éric Forest, se frottait les mains après le passage des chefs. «Tous les élus municipaux ont pu constater qu'il y avait vraiment une volonté de bâtir un nouveau partenariat Québec-municipalités», s'est-il réjoui.
«On n'est pas loin d'avoir ce qu'on veut», a ajouté le maire de Québec, Régis Labeaume. «Si on recule de 30 jours, on a beaucoup progressé.» Il croit que c'est à cause du tandem Québec-Montréal et de la nouvelle solidarité entre les municipalités québécoises.
Le maire de Montréal, Denis Coderre, a aussi conclu que la «semaine médiatique a porté fruit». «Vous avez aujourd'hui affaire à un nouveau contrepoids politique. C'est clair que non seulement on devient un ordre de gouvernement, mais quand on parle, ça compte», a-t-il insisté.
Marc Ranger, porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique et de la nouvelle Coalition des syndicats d'employés municipaux du Québec, a d'abord dénoncé que le maire de Québec «invite les contribuables à se révolter sur des faux chiffres».
«Extrême droite»
Puis il a accusé M. Legault de chercher la confrontation en faisant miroiter au milieu municipal le pouvoir de décret, une position qualifiée d'«extrême droite». «On recule carrément de 50 ans», a laissé tomber le syndicaliste. «Pensez-vous que les maires vont vouloir s'asseoir avec nous autres pour négocier?»
En début de soirée alors qu'il entrait à un souper public à La Cage aux Sports de L'Ancienne-Lorette, François Legault a répliqué à l'expression «extrême droite». «C'est carrément exagéré! C'est le Red Bull Crashed Ice. Je pense que M. Ranger a pris trop de Red Bull», a-t-il lancé.
Avec Simon Boivin, Michel Corbeil et Valérie Gaudreau