Sp­­­lendide ­­­­­­­soirée d'ouverture

Quelques moments avant le lever de rideau du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ), Luc Picard grillait nerveusement une cigarette à proximité des portes du Palais Montcalm. Sans raison. Son très beau Les rois mongols, présenté en première mondiale mercredi soir, avait de quoi ravir tout le monde.
Si le ciel radieux et la température estivale étaient un gage pour la suite des choses, cette septième édition, qui se déroule jusqu'au 23 septembre, sera splendide, à l'image de cette soirée d'ouverture électrique.
L'orchestre symphonique de musique de film de cinéma de Québec, sous la direction de Xavier Boucher, accueillait artistes, invités d'honneur, membres des jurys et cinéphiles en haut des marches de la place D'Youville, parée aux couleurs du FCVQ.
À l'intérieur, les discours d'usage se sont succédé, entrecoupés par un bref hommage à Mario Munger, réalisateur de Québec décédé le 28 mai à 60 ans, et un coup de chapeau à Julie Lemieux. La conseillère municipale sortante a été «la toute première à qui on a vendu notre rêve», a rappelé Olivier Bilodeau, le directeur à la programmation.
Après ce passage obligé, les festivaliers ont salué par un tonnerre d'applaudissements l'arrivée de Luc Picard sur scène. Après avoir souligné «l'invitation chaleureuse et affectueuse» du FCVQ, il a tenu à rendre un hommage vibrant «à mes quatre jeunes. Vous étiez comme des volcans, une espèce d'irruption qui n'arrêtait pas, une irruption de talent, de tendresse, d'amour, de sensibilité, d'intelligence... J'ai eu le privilège de vous filmer : j'étais comme un vulcanologue choyé!»
Touchant et sensible
En amorçant son intervention, le réalisateur se disait fébrile. Pourtant, le FCVQ avait bien raison de choisir son film en ouverture après Pays (2016), Paul à Québec (2015) et Mommy (2014). Le touchant et sensible drame de Luc Picard offre un point de vue inédit sur un grand traumatisme de l'histoire québécoise en privilégiant le regard d'un quatuor d'enfants sur la crise d'Octobre, en 1970. 
Les rois mongols gravite autour de Manon, 12 ans, dont le monde s'écroule : son père se meurt et sa mère, sans argent, veut la placer ainsi que son jeune frère Mimi. Avec l'aide de ses deux cousins, elle kidnappe une vieille femme et s'enfuit à la campagne pour vivre libre et heureuse, inspirée par les actions posées par le Front de libération du Québec (FLQ). 
Évidemment, ça ne se passera pas comme prévu... Comme pour ses «modèles», d'ailleurs. Le scénario habile de Nicole Bélanger, adapté de son roman, trace un parallèle amusant entre les évènements historiques et les actions enfantines, qui seront source de quiproquos pour les autorités.
La révolte est au coeur des Rois mongols. Celle de Manon, plus inoffensive en apparence, touche une question fondamentale de notre existence : comment conserver la sincérité et le refus des compromis lâches de l'enfance? Une interrogation qui traverse toute l'oeuvre de Réjean Ducharme, monstre sacré de notre littérature décédé récemment, et auquel ce long métrage fait écho.
Picard s'est évertué à poursuivre cette piste, comme d'autres en ce moment. On constate que les longs métrages québécois de fiction présentés au FCVQ - Et au pire, on se mariera (Léa Pool); Pieds nus dans l'aube (Francis Leclerc), Ailleurs (Samuel Matteau) et celui-ci - ont tous en commun les révoltes, les interrogations et les passions de l'enfance.
Dans le cas des Rois mongols, Luc Picard démontre une belle sensibilité et une confiance grandissante dans ses moyens comme réalisateur. Le film prend d'ailleurs un bel envol dans sa deuxième partie, avec des images aux accents plus poétiques. On y reviendra plus longuement pour la sortie du film, le 22 septembre. Mais le cinéaste ne pouvait rêver d'un plus beau coup d'envoi que l'ouverture du FCVQ. Et vice versa.
La représentation a fait salle comble. Celles d'Au pire, on se mariera et de Pieds nus dans l'aube affichent aussi complet. Un bon départ.
À VOIR AU FCVQ AUJOURD'HUI
› Rencontres du troisième type (Steven Spielberg) 
Place D'Youville, 20h 
Un grand classique de science-fiction pour lancer les projections gratuites extérieures du festival, difficile de demander mieux. Outre les émotions liées à l'imaginaire de l'enfance, le film de Spielberg permet de revoir le légendaire François Truffaut dans le rôle du prof Lacombe.
Compétition interna-tionale courts métrages
Les gros becs, 21h30
Deuil, immigration, famille, guerre, malédiction : les thèmes abordés dans la compétition internationale des courts ne manquent pas d'envergure malgré leur format concis. Ce qui prouve encore une fois que le court métrage est un art en soi.
› Shadowman (Oren Jacoby) 
Palais Montcalm, 21h30
Film de la compétition, le documentaire braque le projecteur sur un artiste de l'ombre : Richard Hambleton. Moins connu que Basquiat et Keith Haring, Shadowman est pourtant un précurseur de l'art urbain. Et un homme qui s'est longtemps battu contre sa dépendance. Très bien reçu après sa projection au Festival de Tribeca.