Sous haute surveillance

S'il est un cas que les Québécois devraient surveiller, à partir de l'automne, c'est celui de l'Ontario. Parce que tout comme le gouvernement du Québec, celui de Queen's Park a le couteau sous la gorge.
Notre voisine, autrefois riche et prospère, vient de recevoir un sévère avertissement de la part de l'agence de notation Standard & Poor's :  elle doit faire davantage pour augmenter ses revenus ou diminuer ses dépenses, afin de revenir à l'équilibre budgétaire. Si elle ne le fait pas, elle pourrait subir une baisse de sa cote de crédit, ce qui entraînerait une hausse des coûts de son service de la dette. 
L'agence de crédit avait déjà mis une perspective négative sur la note de crédit de l'Ontario, au lendemain du dépôt du budget, le 14 juillet. Dans un avis publié lundi dernier, elle a annoncé le maintien de la cote de crédit de la province, mais elle l'a prévenue qu'elle pourrait revoir cette décision si le gouvernement ne pose pas les gestes nécessaires au retour à l'équilibre budgétaire.
La situation de l'Ontario ressemble beaucoup à celle du Québec, à quelques différences près :  notre dette est beaucoup plus élevée que celle des Ontariens, mais le déficit de 12,5 milliards $ prévu par nos voisins est beaucoup plus gros que celui prévu ici, soit 2,3 milliards $. De plus, l'Ontario prévoit revenir à l'équilibre budgétaire en 2017-2018, soit deux ans après le Québec. 
Là où la situation s'annonce difficile pour le gouvernement ontarien, c'est que son budget de juillet est une copie conforme de celui déposé en mai, juste avant les élections. Il s'agissait donc d'un budget électoral comportant des investissements en infrastructures de 130 milliards $ sur 10 ans, des subventions aux entreprises et une hausse des dépenses de 900 millions par rapport à l'année précédente. L'avertissement de Standard & Poor's forcera le gouvernement de la première ministre Kathleen Wynne à mettre les freins sur les dépenses, ce qui ne cadre pas du tout avec ses promesses électorales.
Le gouvernement Couillard devra se livrer à un exercice similaire de compression, mais il a l'avantage d'en avoir pris l'engagement pendant la campagne électorale, ce qui n'est pas le cas de M. Wynne.
Pourquoi vous parler de l'Ontario? Parce que lorsque les nombreux lobbies lanceront leurs offensives contre les mesures de compression du gouvernement Couillard, les Québécois devront comprendre que les vrais patrons, les vrais décideurs dans cette épreuve de force ne sont pas les politiciens, mais les agences de notation. Tout comme l'Ontario, le Québec subira une décote s'il ne parvient pas à reprendre le chemin de l'équilibre budgétaire. Or une décote, ça veut dire une hausse des taux d'intérêts sur les emprunts du gouvernement. Ça veut dire encore moins d'argent pour les services à la population. Ce serait le cercle vicieux d'une dette incontrôlable. Nous n'en sommes pas encore là, mais ce serait naïf de croire que nous sommes à l'abri d'une telle situation.
On aura donc un automne chaud au Québec. Ce sera difficile pour le gouvernement de garder le cap sur ses objectifs. Et ce sera difficile pour la population de ne pas s'apitoyer sur le sort des groupes de pression qui dénonceront les «coupes brutales» des libéraux. Dans un tel contexte, il sera utile de jeter un coup d'oeil sur la situation politique de l'Ontario, ne serait-ce que pour prendre un peu de recul, et constater que nous ne sommes pas seuls dans un tel pétrin.