«Personnellement, les gens peuvent appeler notre style comme ils le veulent, c'est correct pour moi» - Le guitariste Kim Thayil

Soundgarden: grunges malgré eux

Lorsque la scène rock alternative de Seattle a connu son heure de gloire au début des années 90, le terme «grunge» a été utilisé pour qualifier le son des groupes de la cité émeraude. Soundgarden, qui existait depuis quelques années déjà, n'a jamais vraiment adopté cette étiquette même si elle continue de lui coller à la peau.
«Nous ne nous sommes jamais considéré comme un groupe "grunge", même si nous comprenons qu'il s'agit d'un terme qui permet une référence facile lorsqu'il est question de la scène musicale de Seattle, de groupes comme nous et Mudhoney. Mais à Seattle, on trouvait aussi des groupes différents comme les Melvins ou Malfunkshun», a déclaré en entrevue au Soleil le guitariste Kim Thayil, l'un des membres fondateurs de Soundgarden.
«En fait, il n'y a pas beaucoup de groupes qui acceptaient l'étiquette "grunge". Les gens ont souvent des références personnelles intéressantes même si elles ne sont pas exactes. Personnellement, les gens peuvent appeler notre style comme ils le veulent, c'est correct pour moi», reprend-il.
Scène différente
Pour le guitariste, la scène musicale de Seattle est très différente aujourd'hui de ce qu'elle était en 1984, quand il a lancé Soundgarden avec le chanteur Chris Cornell. «Tout d'abord, géographiquement, c'est difficile de référer à une seule scène parce que la ville est beaucoup plus grande qu'il y a 30 ans», explique-t-il.
«Ensuite, il y a vraiment plusieurs groupes très différents les uns des autres aujourd'hui à Seattle. Tu en as qui sonnent comme nous, mais il y a aussi des groupes punk, des groupes expérimentaux, des groupes pop, des groupes dance. Même Sub-Pop (l'étiquette de disques indépendante qui a fait paraître le premier 45 tours de Soundgarden et de plusieurs autres groupes de la scène de Seattle) a un effectif beaucoup plus varié, avec par exemple un très beau groupe vocal un peu folk comme Fleet Foxes.»
Thayil se réjouit aussi d'avoir vu ses compatriotes de Nirvana être admis au Temple de la renommée du rock 'n roll cette année. «C'est quelque chose qui rejaillit sur tous les groupes de Seattle et, bien honnêtement, je ne vois pas comment un autre groupe que Nirvana aurait pu être le premier admis. Peut-être qu'éventuellement Pearl Jam ou Alice in Chains seront aussi admis, et peut-être même nous! Mais je ne retiens pas mon souffle avec ça, nous ne courons pas après les récompenses.»
L'industrie
Kim Thayil se préoccupe d'ailleurs davantage de voir les artistes obtenir leur dû que des récompenses. «Pourquoi on ne paie pas ces groupes convenablement au lieu de les introniser dans un musée? Les artistes aujourd'hui ne peuvent presque plus faire un disque en raison de l'état de l'industrie.»
Soundgarden étant le premier groupe de la scène de Seattle à signer un contrat avec une étiquette majeure, Thayil estime par ailleurs que celles-ci ne sont ni meilleures ni pires que les étiquettes indépendantes.
«Il y a des artistes qui se sont fait avoir autant par les majeurs que les indépendants! La différence, c'est que dans le cas des étiquettes indépendantes, ce n'est généralement pas malicieux, mais plutôt en raison de l'incompétence et de la mauvaise gestion», explique-t-il, citant entre autres les conflits entre les Dead Kennedys et l'étiquette Alternative Tentacles et entre Black Flag et Unicorn Records.
«Par contre, les indépendants sont excellents pour identifier des grappes de talent dans certains secteurs géographiques, comme Sub-Pop l'a fait à Seattle et SST Records, à Long Beach. Les étiquettes majeures n'ont jamais eu cette possibilité», conclut-il.
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Vous voulez y aller?
Quoi : Soundgarden
Où : plaines d'Abraham
Quand : samedi 12 juillet 2014, 21h30
Billets : laissez-passer du FEQ
Téléphone : 418 523-4540
L'absence de Cameron
Ne cherchez pas Matt Cameron derrière ses fûts lors du spectacle de Soundgarden demain soir sur les plaines d'Abraham. Il sera au Royaume-Uni, au lendemain d'un spectacle donné avec Pearl Jam, le groupe qu'il a rejoint peu après la dissolution de Soundgarden en 1997.
Depuis que Soundgarden a repris du service en 2010, Cameron essaie de concilier ses obligations au sein des deux groupes légendaires de la scène de Seattle, ce qui n'est cependant pas toujours possible quand les deux formations sont en tournée au même moment.
«Matt Cameron demeure un membre de Soundgarden à 100 %», assure le guitariste Kim Thayil. «Il est un partenaire à parts égales avec moi, Chris [Cornell, chanteur] et Ben [Shepherd, bassiste]. C'est d'ailleurs lui qui avait été l'instigateur de notre retour en 2010. C'est seulement un conflit d'horaire qui fait qu'il ne sera pas là.»
Matt Chamberlain
C'est Matt Chamberlain, qui a brièvement fait partie de Pearl Jam en 1991 en plus d'avoir joué dans les groupes des chanteuses Tori Amos et Edie Brickell, qui prend la relève aux baguettes en l'absence de Cameron.
Le dernier spectacle donné par Soundgarden avec Cameron était le 4 juillet à Hyde Park, à Londres, et le groupe avait alors interprété l'intégrale de l'album Superunknown, qui fête ses 20 ans cette année.
Le public de Québec aura cependant droit à des pièces tirées de tous les albums du groupe. «L'intégrale de Superunknown, on fait ça avec Matt Cameron. Vous entendrez des chansons de toutes les époques de Soundgarden», assure Kim Thayil.
Tout juste de retour d'une tournée au Royaume-Uni avec Black Sabbath, Soundgarden lancera sa grande tournée nord-américaine avec Nine Inch Nails une semaine après le spectacle de Québec après des arrêts à Montréal et en Colombie-Britannique.