Sommet des Amériques: solidarité sans pareille

Le contexte particulier dans lequel s'est tenu le Sommet des Amériques a fait en sorte que pour la première fois lors de ce genre de rencontre, une partie de la population locale s'est montrée solidaire des manifestants, observe Maxime Fortin, enseignant en science politique au collégial.
«Les gens des quartiers Saint-Jean-Baptiste et Saint-Roch subissaient déjà les inconvénients des mesures de sécurité imposantes, avec la clôture entre autres. De nombreux activistes qui ont pris part aux manifestations vivaient aussi dans ces quartiers et avaient des liens forts avec les résidants, les commerçants et les groupes communautaires. Alors, quand ils ont été incommodés par les gaz lacrymogènes ou les bal­les de caoutchouc lancés par les policiers, des résidants les ont spontanément aidés en leur donnant de l'eau ou mê­me en les applaudissant.
Les ma­nifestants qui étaient là sont restés marqués par ces petites marques de solidarité, qu'on n'avait pas observées auparavant lors des rencontres de Seattle, de Prague ou de Washington.»
Maxime Fortin s'exprimait hier à l'occasion d'une jour­née de commémoration soulignant les 10 ans du Sommet qui se tenait à l'école Joseph-François-Perrault.
Dans les semaines qui ont précédé le Sommet, les activistes sont allés à la rencontre des commerçants pour leur expliquer qu'ils étaient avant tout leurs clients et qu'ils n'avaient pas l'intention de commettre des actes de vandalis­me à leur endroit, continue l'auteur d'un mémoire de maîtrise sur les mouvements de contestation de la mondialisation. «Cela a fait en sor­te d'apaiser les choses et de ras­surer les commerçants. Les activis­tes leur ont rappelé qu'ils n'étaient pas menacés. Dans cette optique, je crois que le Sommet de Québec a marqué une brisure au sens où, pour la première fois, on a observé non pas seulement de l'hostilité ou de la méfiance envers les activis­tes, mais même un rapprochement avec une partie de la population.»
Activistes à adopter
La campagne «adopter un activiste», qui incitait les résidants des quartiers centraux à héberger des manifestants venus de l'extérieur, est un autre bel exemple de cette ouverture dont a fait preuve une partie de la population de Québec, poursuit M. Fortin. «Ça a très bien marché. Beaucoup gens ont accepté d'ouvrir leur porte.»
Comme plusieurs, Maxime Fortin estime que le mouvement altermondialiste tel qu'il s'exprimait au début des années 2000 est peu dans un creux de vague. «Mais on a vu émerger au cours des dernières années plusieurs collectifs qui pour­suivent des luttes qui ne sont pas directement liées à la mondialisation, mais qui ont tiré profit de l'expérience du Sommet en matière d'organisation et de mobilisation.
Le meilleur exemple est peut-être la Coalition Québec-Irak qui a eu un effet mobilisateur très fort en mars 2003 au moment de la guer­re en Irak. On pense aussi aux grou­pes pour le logement social ou en fa­veur des droits des immigrants qui avait défendu Mohamed Cherfi à Québec.»