Antoine Olivier Pilon, Anne Dorval et Xavier Dolan du film Mommy

Soirée des Jutra: le triomphe prévisible de Mommy

Xavier Dolan n'a pas obtenu son Oscar pour Mommy. Mais il peut se consoler avec son Prix du jury à Cannes, son César, ses neuf prix Écrans et la razzia qu'il va réaliser dimanche à la 17e remise des prix Jutra. L'affaire est tellement entendue que le seul suspense est de savoir s'il fera aussi bien qu'Incendies et Louis Cyr, avec neuf statuettes. Un succès mérité, qui a grandement aidé le cinéma québécois à maintenir son audience en 2014 : Mommy, 1987 et La petite reine ont récolté 60 % de l'assistance en salle...
<p>Assistances en salle des films en nomination</p>
<p>En nomination: Laurence Leboeuf (meilleure actrice) et Patrice Robitaille (meilleur acteur) dans <i>La petite reine </i></p>
La fréquentation des salles obscures ne fait pas foi de tout - de plus en plus de gens consomment le cinéma à la maison -, mais c'est un bon baromètre. La situation était pratiquement la même ces dernières années : deux, trois films très populaires, quelques autres qui réussissent à trouver un public (Miraculum, Henri Henri, Tu dors Nicole) et une majorité qui passent dans le beurre (voir le tableau).
Si bien que le cinéma québécois semble avoir atteint un plateau où la part de marché de notre cinématographie atteint 6 % des représentations depuis trois ans, loin des 18 % de 2005. On ne refera pas ici l'éternel débat entre les films que le peuple appelle de son désir selon Vincent Guzzo et les longs métrages destinés aux festivals internationaux. Même si Mommy est un beau cas d'espèce qui rallie les deux. 
Il demeure néanmoins une exception : Tom à la ferme, l'adaptation de l'excellente pièce de Michel Marc Bouchard réalisée par le même Xavier Dolan, n'a pas fait courir les foules - 10 fois moins que Mommy, en fait, même avec la quatrième position du box-office 2014 des films québécois! En passant, Tom va pâtir du succès de Mommy - ce qui est quand même un comble, puisque Xavier Dolan est en compétition contre lui-même...
Contrairement aux Oscars, où les principaux films en nomination comme Birdman ou Jeunesse n'avaient pas attiré les foules, Mommy, 1987 et La petite reine sont tous en nomination dans les catégories de pointe. Est-ce que ce sera suffisant pour river les téléspectateurs au petit écran? Pas sûr.
Les Jutra ont une longue tradition de longs métrages qui raflent tout. C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée en étant le meilleur exemple, en 2006, avec ses 14 statuettes (un record) et le Billet d'or. En 2011, Incendies (Denis Villeneuve) a remporté neuf prix; en 2012, Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau) sept Jutra; et, en 2013, Rebelle (Kim Nguyen), huit statuettes. L'an passé, Louis Cyr (Daniel Roby) a soulevé neuf Jutra, même si Gabrielle (Louise Archambault) a gagné cinq prix, dont la meilleure réalisation. Pas besoin de dire qu'il restait des miettes pour les autres...
<p>Jean-Carl Boucher (à droite, en avant), de <i>1987</i>, est en nomination comme meilleur acteur.</p>
Prédictions
Si vous faites un pool avec des amis, vous pouvez parier que Mommy et Xavier Dolan vont régner dans les catégories suivantes : film, réalisation et scénario. Les superbes performances d'Anne Dorval (meilleure actrice), d'Antoine Olivier Pilon (meilleur acteur) et de Suzanne Clément (actrice de soutien) seront aussi soulignées. Et je ne serais pas surpris du tout si le talent du surdoué Dolan est récompensé également dans les catégories du montage et des costumes.
Ce qui mettra fin à une courte disette pour Dolan. Son premier long métrage, J'ai tué ma mère, lui avait permis d'obtenir en 2010 les Jutra des meilleurs film et scénario. Anne Dorval avait raflé le prix de la meilleure actrice. Laurence Anyways a obtenu trois Jutra, mais dans des catégories techniques.
Bref, ce n'est pas encore cette année qu'on va célébrer la diversité de notre cinéma en remettant les Jutra. Même si 21 longs métrages de fiction sur les 40 films admissibles ont obtenu au moins une nomination. Rappelons que les gagnants de la quinzaine de catégories sont élus lus au «scrutin universel» par les quelque 7000 membres des différentes associations professionnelles du cinéma québécois. Pour les films documentaires, d'animation et les courts métrages, c'est un jury composé d'artisans et de professionnels qui déterminent le gagnant.
Soyons honnête, il n'y a pas vraiment d'oubli cette année si ce n'est Ceci n'est pas un polar de Patrick Gazé, dont le jeu de Roy Dupuis et de Christine Beaulieu, dans les rôles-titres, aurait au moins dû leur valoir une nomination. Et on peut se poser des questions sur la présence de l'expérimental (et bancal) 3 histoires d'Indiens de Robert Morin dans les catégories principales. Mais l'absence du Règne de la beauté de Denis Arcand est tout à fait justifiée, sans parler du pitoyable Vrai du faux d'Émile Gaudreault.
Pénélope McQuade est de retour à l'animation, mais Laurent Paquin a cédé sa place à Stéphane Bellavance - personne ne va s'en plaindre, d'autant que Bellavance est à l'aise dans ce rôle comme on peut le voir dans l'émission Génial! Mais la diffusion du gala, dimanche à 20h à ICI Radio-Canada Télé, aura encore une fois dans les pattes La voix. Vrai que l'émission de variétés s'adresse à un auditoire totalement différent... 318