Philippe Marquis (à gauche) et son compatriote bosseur Mikaël Kingsbury ont assisté aux descentes féminines, samedi, à la station de ski Krasnaïa Poliana. Ils entrent en scène aujourd'hui sur la piste de bosses.

Ski de bosses: la marque des frères Marquis

Connaissez-vous l'histoire du sofa blanc installé dans le cercle d'arrivée des bosses, à Vancouver? Vincent Marquis l'avait occupé jusqu'à la descente historique d'Alexandre Bilodeau. Aujourd'hui, ce fameux divan repose dans son salon, à Québec. Reste à voir le souvenir que rapportera son frère Philippe, inscrit dans la même épreuve aux Jeux de Sotchi.
Les montagnes russes d'émotions se poursuivent pour cette famille de Québec. Les parents de Philippe (et Vincent) sont dans le coin pour savourer la participation olympique du plus jeune, dont la présence en Russie n'a rien de banale.
«Ça fait 20 ans qu'on est là-dedans, on se disait l'autre jour qu'on avait hâte que ça finisse... D'un autre côté, nous avions tous pleuré quand Vincent avait annoncé sa retraite», raconte François, un orthopédiste bien connu des sportifs pour avoir reconstruit les genoux de plusieurs d'entre eux.
Son implication dépasse les limites de la salle d'opération. Depuis que leurs fils pratiquent le ski acrobatique, sa femme et lui passent leurs fins de semaine dans les pentes, le pic et la pelle à la main, à titre de bénévole. Encore aujourd'hui, même si les enfants sont devenus grands, on les voit toujours donner un coup de main aux parents des jeunes qui aimeraient bien suivre le même parcours.
«La journée où ça finira, ça va faire un trou. Nous avons développé des liens d'amitié avec plusieurs familles, depuis l'automne qu'on planifie le voyage à Sotchi avec la famille de Marc-Antoine Gagnon [un autre bosseur]. Laisse-moi te dire que c'était triste, à Val-Saint-Côme [il y a trois semaines], quand Philippe a fini huitième pour rater sa sélection.»
Deux jours plus tard, une blessure à une «qualifiée» permettait au plus jeune d'obtenir son billet pour les Jeux. Mais avant l'annonce de la bonne nouvelle, tout le clan serrait les rangs.
«Sur le plan familial, ça vient chercher le petit coeur de papa de voir ses deux grands gars de 24 et 29 ans qui se braillent dans les bras. Autant quand Vincent a fini quatrième qu'au moment où Philippe a été écarté de l'équipe olympique, ils ont été bons l'un pour l'autre. Nous n'avons pas eu à jouer les psychologues, ils se sont remontés le moral mutuellement. J'ai souvent dit que le plus beau cadeau qu'on avait donné à Vincent, c'était son petit frère Philippe. Ils se sont suivis toutes leur vie, ont pratiqué le même sport sans se comparer, ont été l'idole de chacun et ne sont jamais tombés sur les nerfs, même quand Vincent a commencé à avoir des blondes et que Phil s'assoyait quasiment toujours entre les deux...»
François Marquis et tous les parents des bosseurs ne feront qu'un, aujourd'hui, comme ce fut le cas avec le groupe, samedi, à l'occasion de la soirée des soeurs Dufour-Lapointe. Il connaît Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury, les a vus grandir et devenir les meilleurs au monde.
Quand Bilodeau - qui avait sorti Vincent du podium à Vancouver avec sa descente dorée - se préparait à conquérir la Coupe du monde de Val-Saint-Côme, il lui était venu à l'idée qu'une victoire empêcherait Philippe d'aller aux Jeux. «Il a même demandé à son entraîneur ce qu'il devait faire, mais c'était clair qu'il était là pour gagner [ce qu'il a fait] afin d'arriver ici sur un erre d'aller.»
À son retour de Vancouver, le doc avait fait des recherches pour trouver le fabriquant du fameux sofa blanc. Il en a commandé un identique pour son fils. L'histoire ne dit pas encore ce que Philippe rapportera de Sotchi.
«Je suis peut-être chauvin de parler ainsi, mais ils ont été des jeunes appréciés dans leur sport. Sans avoir été de grandes vedettes, ils ont bien performé et laissé de bons souvenirs. Les frères Marquis ont vécu plusieurs choses intéressantes, Philippe veut écrire le dernier chapitre», lance le paternel, qui remise son bistouri et son oeil de spécialiste, cette semaine.