L'Autrichien Marcel Hirscher a continué à écrire sa légende, samedi, en remportant le géant de Kranjska Gora pour s'assurer un sixième titre de suite au classement général.

Sixième gros Globe d'affilée pour Hirscher

Toujours plus haut. Marcel Hirscher, vainqueur samedi du géant de Kranjska Gora (Slovénie), a marqué de façon indélébile l'histoire de son sport en remportant samedi son sixième gros Globe d'affilée, nouvel Everest de la Coupe du monde de ski alpin.
«C'est une grande sensation, incroyable», a dit l'Autrichien, qui a eu 28 ans le 2 mars. «Ce qui était impossible ne l'est plus. Ça va me prendre plusieurs mois à réaliser ce qui est arrivé.» 
Hirscher était déjà entré dans l'histoire en rejoignant Marc Girardelli, quintuple lauréat du trophée majeur. L'Autrichien n'a plus quitté la sphère en cristal depuis son premier sacre en mars 2012, tandis que le Luxembourgeois a eu besoin de neuf saisons pour établir son record, longtemps la référence de la Coupe du monde. 
Il se retrouve désormais tout seul, au sommet d'un sport qu'il domine outrageusement depuis six saisons. Et son histoire n'est pourtant pas terminée. «Il n'a pas encore exploré ses limites. Finalement, il n'a que 28 ans», a remarqué un entraîneur. 
Samedi, Hirscher (2:24,31) a devancé par 46 centièmes de seconde le Norvégien Leif Kristian Haugen et par 67 centièmes le Suédois Matts Olsson. Dans le domaine de la régularité au haut niveau, l'Autrichien a mis le curseur très haut, avec 106 podiums pour 199 départs.
Depuis le début de sa carrière, il a échappé aux blessures et interventions chirurgicales, le lot commun des skieurs, qui transforment les courtes saisons du calendrier en années blanches. Chance ou pas?
Hirscher, plutôt du genre sérieux pour ce qui est de la préparation physique, laisse peu d'espace à l'imprévu. Son petit gabarit (5'8", 166 lb), tonique, cache un moteur exceptionnel au service d'une technique pointue, selon le directeur de l'équipe autrichienne.
Escalade et motocross
Le skieur d'Annaberg est un pur produit de la montagne salzbourgeoise, cadre de son enfance qu'il ne se voit pas quitter. Amateur aux beaux jours d'escalade, «pour la maîtrise de soi» et de motocross toujours - «une bonne école, dit-il, pour les portes serrées (slalom) et larges (géant)» -, Marcel Hirscher est surtout le fils de Ferdinand.
L'homme à la grosse moustache blanche n'est jamais très loin. C'est lui le premier entraîneur qui lui a inculqué l'art du travail bien fait, des gammes sans cesse répétées, de la précision dans la mise au point monacale du matériel. «Ne rien laisser au hasard et remettre l'ouvrage sur le métier», telle est la devise de Ferdinand Hirscher.
De sa mère néerlandaise, monitrice de ski, Marcel Hirscher a hérité d'une culture alternative, d'une légèreté et d'une liberté de ton qui le différencient de ses partenaires de la Wunderteam.
Sacré plusieurs fois champion de l'année dans son pays, il n'a qu'une seule limite, mais rédhibitoire aux yeux de certains de ses compatriotes : technicien hors pair, il délaisse la descente. Or, dans la république du ski, c'est la vitesse qui fait les légendes. De Toni Sailer à Hermann Maier, en passant par Franz Klammer.
Alors Hirscher le plus grand skieur de l'histoire, sur la seule foi d'un sixième gros Globe? L'intéressé lui-même s'offusque de ce titre officieux, parce que déjà, bonne éducation oblige, il n'est jamais cassant et rend toujours hommage aux adversaires vaincus.
Il rappelle à l'évidence que le Suédois Ingemar Stenmark est le premier de cordée avec 86 succès en Coupe du monde entre slaloms et géants, quand il n'en totalise encore que 44. «Et puis il est difficile de comparer des champions de différentes époques dans un sport spécifique comme le ski alpin, tant les évolutions du matériel ont été importantes à travers les décennies», explique Marcel Hirscher.
D'ailleurs, il reporte toutes ces considérations à la fin de sa carrière, qu'il entrevoit après les JO de 2018. Sa dernière quête, c'est bien l'or olympique en Corée du Sud, le seul qui manque à son palmarès.
Ce qu'ils ont dit...
«Il est le plus grand skieur de sa génération.»
- Annemarie Moser-Proell. Comme son compatriote Marcel Hirscher, elle a remporté six gros Globes au fil des années 1970, mais pas de façon consécutive
«Il a une condition physique et une attention aux détails qui sont admirables. Il fait tout de la façon la plus professionnelle. Il veut toujours que tout soit parfait.»
- Karrl Schranz, le premier skieur autrichien a remporté le gros Globe en 1969
«Je suis impressionné par sa constance et sa volonté de vaincre, année après année. Il est plus rapide, plus solide et plus en forme que tous ses rivaux.»
- Franz Klammer. L'Autrichien a été champion olympique de la descente, en 1976