Le metteur en scène Bertrand Alain

Six questions à Bertrand Alain

Près de 350 ans après sa création, L'Avare de Molière continue de protéger son or et de donner du fil à retordre aux siens. Avec le comédien Jacques Leblanc en tête, il reprendra du service sous la direction du metteur en scène Bertrand Alain, qui teinte le classique d'une aura de jeunesse et de haute couture. Discussion autour d'un auteur «intouchable» et de son ancrage dans l'actualité.
Dans quel genre d'esthétique placez-vous votre Avare?
Ce qui est frappant dans cette pièce-là, c'est qu'il est beaucoup question de costumes. On ne s'en sort pas, il faut qu'ils aient une importance. [...] On a choisi des vêtements contemporains, mais qui ont une touche XVIIe. Notre costumière, Élyane Martel, a trouvé des images de défilés de haute couture avec ces touches-là et c'est de ça qu'elle est partie pour créer. On s'est retrouvé à laisser l'idée du défilé de mode prendre beaucoup de place. Le décor que Vano Hotton a conçu rappelle un catwalk. On l'utilise vraiment comme ça. 
2 Où situez-vous l'actualité de cette oeuvre? 
C'est une pièce qui est orientée autour de la phrase : «Dis-moi ce que tu possèdes et je te dirai qui tu es». C'est comme ça qu'on s'évalue beaucoup en société et c'était comme ça aussi à l'époque de Molière. Pour le personnage d'Harpagon, c'est une obsession. Il veut enfermer l'argent, il veut l'accumuler. Son fils, lui, veut le dépenser, il veut que ça paraisse. C'est un propos très actuel. Il y a beaucoup d'adolescents qui reprochent à leurs parents de ne pas dépenser assez. C'est bien dans le texte. On voit un jeune homme qui s'oppose à son père. Et on voit le père qui dit : «On ne fait pas tout ce qu'on veut dans la vie et l'argent ne pousse pas dans les arbres». Tous les parents font ça avec leurs enfants. 
3 La mécanique de la comédie s'impose-t-elle dans le texte?
Il faut la trouver. C'est une question d'huilage, de rodage. Mais c'est important de ne pas se laisser envahir par la mécanique. Il faut que les sentiments viennent avec, il faut que le personnage nous tienne en haleine. Il ne faut pas que ce soit juste quelqu'un qu'on hait. Avec Jacques Leblanc, on réussit à lui donner un petit côté attendrissant. 
4 Quelles libertés vous permettez-vous avec le texte?
Au Québec, on a un rapport particulier avec les textes classiques français. On a vu Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare [au Trident] récemment. Ils ont trituré des dialogues, coupé des bouts. On peut se le permettre quand on travaille avec une traduction. On n'est déjà plus dans la langue de Shakespeare. On ne fait pas ça avec Molière. Il y a un côté intouchable qui vient de la culture française, où les auteurs sont vénérés. 
5 Comme metteur en scène, où avez-vous trouvé votre marge de manoeuvre?
Il y a tout cet aspect lié à la mode. Et il y a aussi une volonté que les relations entre les jeunes soient plus physiques que juste éthérées. Je suis persuadé que c'est ce que Molière voulait, mais se toucher ou s'embrasser, ils ne pouvaient pas faire ça au théâtre à l'époque. C'est quand même de ça qu'il parlait. Cette flamme-là, quand tu vois quelqu'un et que tu deviens fou amoureux, ce n'est pas éthéré. C'est du désir! 
6 Qu'est-ce que vous dites aux gens qui sont intimidés devant des oeuvres classiques comme celles de Molière?
Nous, on n'a pas envie d'en faire un objet de musée. On veut faire une oeuvre qui colle avec aujourd'hui. On travaille beaucoup les mots pour qu'ils soient simples. On essaie d'enlever le côté pointu et des liaisons qui peuvent donner lieu à une gymnastique pas possible. On élide, on essaie d'en enlever le plus possible. Le texte reste beau, on ne veut pas le trahir. Mais on essaie de le simplifier. Et on veut qu'il soit proche des gens.
Vous voulez y aller?
Quoi: L'Avare
Quand: du 11 avril au 6 mai
: La Bordée
Billets: 38 $
Info.: bordee.qc.ca
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