Le Navet nous «apprenait» il y a quelques jours que Philippe Couillard avait craché du feu en conférence de presse dans l'espoir de passer aux nouvelles.

Sites de nouvelles satiriques: l'actualité trempée dans la fiction

«Philippe Couillard crache du feu en conférence de presse dans l'espoir de passer aux nouvelles», nous «apprenait» ces derniers jours Le Navet. Pas trop loin, on pouvait lire que PKP devenait «actionnaire majoritaire de l'âme et de la conscience du PQ». Et aux amateurs de hockey, on assurait que le dg du Canadien, Marc Bergevin, avait échangé les partisans de son équipe contre ceux des Coyotes «pour avoir la criss de paix». Si les vraies actualités vous dépriment, il reste toujours celles des sites satiriques...
Se réclamant de la riche tradition de The Onion, assis sur un quart de siècle de fausses nouvelles, Le Navet «sévit» en ligne depuis un an et attire un nombre grandissant de lecteurs. Aucun texte n'est signé, ses auteurs et ses administrateurs préservent jalousement leur anonymat, mais l'un d'eux - qui s'est présenté sous le nom de Trevor Worcestershire of Kingsbury - a dressé pour Le Soleil le portrait de ce site qui se dit «satirique, mais poli».
Fans des médias
Le Navet a été fondé par deux jeunes hommes travaillant en relations publiques, auxquels se sont greffés des collaborateurs, dont un associé à Mauvais OEil, autre site satirique cité comme une «inspiration» par M. Trevor. «Pour rigoler, on écrivait de faux communiqués de presse et on les faisait lire à nos patrons, raconte-t-il. De fil en aiguille, on s'est mis à écrire des nouvelles et on s'est dit qu'on les mettrait sur un blogue. Ç'a commencé comme ça, tout simplement.»
Les rédacteurs du Navet, qui se décrivent comme de «grands fans des médias», refusent l'étiquette d'humoristes. «On n'a pas un background d'humour, on ne fait pas de stand-up dans les bars, on ne gagne pas notre vie avec ça. On trace vraiment la ligne entre satiriste et humoriste. Dans la satire, il y a un propos. On essaie souvent de souligner une contradiction dans une nouvelle ou un travers des médias. Mais le premier objectif est de faire rire les gens, il faut que ce soit clair que c'est une blague. On n'essaie pas de piéger les lecteurs.»
Pourtant, quand ils ont écrit en mai que les tatouages seraient désormais soumis à la loi 101, plusieurs internautes les ont crus. Tout comme cette journaliste de Rimouski qui a repris, l'été dernier, la fausse nouvelle publiée sur le site Axe du Mad annonçant la dissolution imminente du groupe Kaïn. Dans la dépêche satirique, on pouvait lire la citation suivante, attribuée au chanteur de la formation : «C'est con à dire, mais j'avais jamais vraiment pris le temps d'écouter notre musique et nos paroles en même temps. Laissez-moi vous dire que ça fesse de se rendre compte, 12 ans trop tard, que notre stock est vraiment à chier.»
«On a des démarches différentes. Ils sont plus trash que nous... Mais on les trouve drôles!» observe celui qui se fait appeler Trevor. Au Navet, on dit toutefois vouloir éviter ce genre de méprise. «Ça paraît dans la façon dont on écrit nos textes, résume-t-il. Très souvent, la blague est dans le titre. Si la personne pense que c'est une vraie nouvelle en lisant le titre, elle a peut-être un petit entraînement de lecture à faire.»
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