Simon rêvait de danser, sa mère l'a inscrit au hockey.

Simon a toujours aimé danser: le strip-tease de l'homo

«Ecce homo ("voici l'homme")», disait Pilate à propos de Jésus. «Voici l'homo», dit Simon Boulerice à propos de Simon, le rôle-titre de son spectacle solo Simon a toujours aimé danser, présenté hier à Premier Acte. Cet étonnant strip-tease de l'âme livre à nu les tourments, mais aussi l'espoir, d'un enfant prisonnier d'un corps d'homme, incapable de combler ses immenses ambitions artistiques et mal à l'aise avec son identité sexuelle.
Il est presque impossible de ne pas ressentir de malaise quand ce grand naïf entre en scène, habillé d'un pyjama de hockey, pour interpréter en playback The Greatest Love of All de Whitney Houston avec force gestes et mimiques. Quand il se met à parler, c'est encore pire. Et il cause, il cause...
Il raconte en sept stations son chemin de croix de fils crucifié par accident par sa mère. Il rêvait de danser, sa mère l'a inscrit au hockey, cette religion bien québécoise. Le parallèle n'est pas fortuit puisque Simon perd la foi et la voix - il mue - alors qu'il interprète son solo de Si tu entends, un chant liturgique, à l'église...
Tout ça raconté avec ce sourire niais, cette candeur, cet amour du kitsch... Au point qu'on ne sait s'il faut prendre Simon en pitié ou lui donner une claque derrière la tête. C'est toute l'habileté de Simon Boulerice, qui habite tellement son alter ego qu'il est impossible au spectateur de démêler le vrai du faux.
Surtout qu'on se demande un peu où Simon nous mène dans cette autofiction où la culture populaire côtoie la culture classique, où se bousculent La petite sirène et les figures mythiques de Jason et Médée. Mais au fur et à mesure que tombent les couches de la superficialité, elles laissent apparaître le dra­me ordinaire mais universel de l'amour qui se brise, de la rupture qui s'ensuit, de la solitude, de la peur de ne pas avoir de descendant. D'autant que Simon est homosexuel.
Alors Simon danse - les plus beaux moments de cette performance qui amalgame aussi la poésie et le chant au jeu. Il danse malgré les humiliations, malgré la peine, malgré la douleur, malgré le rejet... La morale de tout ça? C'est qu'il n'y en a pas, comme dit Simon. C'est l'évocation de la condition humaine, magnifiée par le théâtre.
Qu'on aime ou pas la proposition de Simon Boulerice, la franchise brutale de celle-ci, en fait, et sa simplicité volontaire, il faut admirer le courage de l'interprète qui se livre à coeur ouvert sur un espace scénique réduit à trois murs noirs, aucun décor et peu d'accessoires. Pas d'artifices et presque pas de distance. Ceux qui osent se confronter à quelque chose de différent - et d'étonnant - risquent d'y trouver leur compte.
Simon a toujours aimé danser est à l'affiche de Premier Acte jusqu'au 10 avril.