Le tango de Sidi Larbi Cherkaoui se danse à trois, entre hommes, voire en solo.

Sidi Larbi Cherkaoui: cosmique tango

«Pour moi, le tango, ça commence par cette idée d'être dans les bras de quelqu'un. Un geste dont on sous-estime la force de guérison. Lorsqu'on prend quelqu'un dans ses bras, on l'embrasse pour lui dire que ça va aller, on le tient debout», illustre Sidi Larbi Cherkaoui.
<p>Une scène de <em>milonga</em></p>
Après Sutra en 2009, avec les moines Shaolin, et Babel(words) en 2011, créé de concert avec Damien Jalet, le chorégraphe flamand-marocain vient nous présenter m¡longa, une vision contemporaine, chargée d'humanité, du tango argentin. La pièce a été créée il y a deux ans par la compagnie londonienne Sadler's Well, où Cherkaoui est artiste associé.
Au déchaînement de passions qu'on associe habituellement au tango, le chorégraphe jumelle la part de mélancolie et de tendresse qui fait partie de sa signature. À partir de traditions et de styles de danse différents, il construit l'image d'un monde où tous ne feraient qu'un, porteurs de leurs singularités mais unis dans une riche harmonie.
«Parfois, lorsqu'on va aux milonga, ces soirées où on danse le tango, on est invité à danser par quelqu'un qu'on ne connaît pas. On communique avec le langage du tango, par nos corps», indique-t-il. Cette intimité sensorielle, qui peut être dénuée de toute notion de sexualité, lui a inspiré un ballet complexe, où les couples sont en orbite les uns autour des autres, «comme une galaxie» composée de corps dansant un tango cosmique.
Dans M¡longa, on suit l'entrée d'un couple de danseurs contemporains, Silvina Cortés et Damien Fournier, dans une communauté de danseurs de tango de Buenos Aires. «Puis on dépasse le binôme homme-femme pour tomber dans des constellations plus compliquées», raconte Cherkaoui.
Son tango contemporain se danse à trois, entre hommes et même, lors d'une scène, en solo. «Un tango solitaire est très tragique à regarder, note-t-il. Je me sentais parfois comme ça à Buenos Aires, seul devant tous ses couples, détaché de cette vision idyllique, ce qui peut être très oppressant.»
Le chorégraphe a fait plusieurs séjours dans la capitale argentine depuis 1999. Il y a notamment rencontré Nélida Rodríguez Aure, qui l'a aidé à amener les danseurs de tango dans des espaces nouveaux. «Il y a des moments où les bras s'entrelacent, comme les jambes, et des moments où le tango se danse dos à dos. C'est un peu comme si on leur demandait de parler à l'envers», illustre-t-il.
L'entrelacs se reflète aussi dans la musique du spectacle, qui amalgame des compositions de Szymon Brzóska (Sutra) et de l'Argentin Fernando Marzan qui seront jouées sur scène par cinq musiciens.
Danseuses enceintes
Comme une jolie transposition de la «fertilité» de la proposition artistique, trois danseuses sont tombées enceintes depuis les débuts de m¡longa. Damien Fournier est devenu papa l'an dernier, alors que Sylviana Cortès en est à son quatrième mois de grossesse. La représentation de Québec et les trois premières représentations à Montréal, du 17 au 19 février, seront ses dernières avant un retrait préventif.
«C'est une magnifique images de ses rencontres humaines qui parfois se prolongent par la création d'une nouvelle vie», commente Cherkaoui, ému par cette réponse que semble lui donner le destin.
Vous voulez y aller?
Quoi : m¡longa
Qui : compagnie Sadler's Wells, chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui
Quand : mardi 10 février à 20h
Où : salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre
Billet : de 59,10 $ à 84 $
Tél. : 418 643-8131