Les citoyens de Shannon ont été éprouvés par une vague de cancers du cerveau, causée selon eux par la contamination de la nappe phréatique au TCE.

Shannon: les analyses retardées à 2015

La Santé publique de Québec a pris du retard dans l'analyse des cas de cancers du cerveau recensés à Shannon. Les citoyens ne sauront pas avant 2015 si les scientifiques confirment ou infirment que le mal s'acharne sur leur municipalité, dont la nappe phréatique est souillée au TCE, un puissant dégraissant cancérogène rejeté dans la nature par la Défense nationale et un de ses sous-traitants.
Le printemps dernier, Le Soleil révélait que le Regroupement des citoyens de Shannon avait finalement convaincu la Direction régionale de santé publique (DRSP) de la Capitale-Nationale que le nombre de cancers observés était «préoccupant». La DRSP avait constitué un comité d'experts internationaux pour y voir plus clair.
«Quand on regarde les données brutes [...], je pense que les citoyens ont raison d'être préoccupés par les cancers du cerveau. [...] Juste en regardant les données, est-ce qu'on a l'impression qu'il se passe quelque chose? Je vais vous répondre : oui», déclarait la Dre Isabelle Goupil-Sormany, médecin-conseil en santé et environnement.
Tout un rebondissement. Devant le magistrat de première instance qui a arbitré le recours collectif intenté par les citoyens contre les militaires, les autorités sanitaires avaient plutôt affirmé qu'il n'y a pas plus de cancers à Shannon qu'ailleurs. Au grand désespoir des résidents qui imputent leurs maux à l'eau polluée par le trichloroéthylène (TCE) qu'ils ont bue durant des années. Ils ont porté leur cause en appel après que le juge eut conclu, en se fondant sur le témoignage de la Santé publique, que la corrélation entre la contamination et les cancers des habitants du coin n'a pas été démontrée.
Délai supplémentaire
Beaucoup d'espoirs sont donc fondés sur les travaux des scientifiques réunis par la DRSP. Ceux-ci accusent cependant un certain retard : «On a un délai supplémentaire d'à peu près un an. Donc, on devrait livrer ça d'ici un an.» En 2015? «Oui, exactement», indique Marianne Potvin, agente d'information.
Pourquoi un si long report? «Parce que l'équipe qui était dédiée à ce projet a également travaillé sur la légionellose. Donc, ça a occupé beaucoup les gens pendant cette période. Et, évidemment, la légionellose devait être traitée en urgence.» Souvenez-vous de cette crise débutée durant l'été 2012, alors que la maladie du légionnaire avait attaqué 180 personnes au centre-ville de la capitale, dont 13 étaient décédées.
Étude complexe
Le comité-conseil s'est récemment remis le nez dans la filière TCE. Le boulot s'annonce ardu. «C'est une étude qui est complexe. C'est complexe et on n'a pas droit à l'erreur», ajoute Mme Potvin. «Il faut étudier des dossiers de la RAMQ [Régie de l'assurance maladie du Québec], les dossiers des gens qui ont demeuré à Shannon depuis 1987. Et il faut faire un comparatif avec une population donnée pour voir si on a un excès [de cas de cancer] dans la population de Shannon par rapport à la population en général.»
«C'est une étude de longue haleine.» Huit scientifiques spécialisés en santé publique, en neurologie, en écotoxicologie, en toxicologie, en épidémiologie et en oncologie y participent. Un vient de la Colombie-Britannique, une de la France, plusieurs du Québec. Les Centers for Disease Control and Prevention états-uniens sont aussi de la partie. «C'est pour vraiment être sûr que, quand on arrivera à un résultat, il soit vraiment probant, qu'il soit vraiment rigoureux.»