La marche annuelle organisée par la Fondation canadienne du rein, comme bien d'autres du même genre, pourrait subir les contrecoups de la vaste révision des services d'encadrement de la Sûreté du Québec.

Service de sécurité payant: la charité ne serait pas épargnée

La Sûreté du Québec envisage bien plus que de faire payer les compétitions cyclistes pour les services d'encadrement, a appris Le Soleil. Tous les événements, à pied, à vélo ou autres, seront scrutés à la loupe et pourraient faire l'objet d'une facturation - y compris les randonnées caritatives et les oeuvres de bienfaisance.
Le Québec bouge. Beaucoup. Et un peu trop au goût des comptables de la Sûreté du Québec. 
Le nombre de marches caritatives ou de randonnées cyclistes récoltant des fonds a explosé ces dernières années dans la province. Les citoyens sont au rendez-vous, et les organisateurs voient grand. Résultat : ils demandent une protection policière toujours plus grande dans des artères toujours plus larges et passantes.
La Sûreté du Québec ne fournit plus à la demande. «Le nombre d'événements a augmenté grandement», confirme au Soleil Benoît Richard, porte-parole de la Sûreté du Québec pour la surveillance du territoire. «On se doit comme organisme responsable des fonds publics de faire aussi nous-mêmes une vérification de tout ce qui se fait sur notre territoire», dit-il.
La réflexion en cours touchera tous les événements nécessitant un encadrement sécuritaire, qu'ils accueillent les meilleurs sportifs au monde ou les marcheurs du dimanche au grand coeur. «L'encadrement, c'est autant au niveau sportif que culturel. Tout ce qui regarde les événements qui sont tenus sur le réseau routier supérieur», avance Benoît Richard. «Car il ne faut pas se le cacher. Ces activités-là, elles se font sur des lieux plus problématiques.»
Les lieux problématiques - les routes à haut débit - requièrent toujours plus d'effectifs. La SQ manque désormais de policiers pour accommoder tout le monde. «Notre mission première, c'est de prévenir le crime», rappelle Benoît Richard. «Si je décide de prendre 50 millions $ et de le mettre quelque part pour faire de l'encadrement d'activité, eh bien ce 50 millions $ là n'est pas disponible pour faire de la prévention du crime ou de la répression des comportements délinquants sur le réseau routier», illustre le porte-parole.
Le corps policier provincial est fort heureux de la prolifération des randonnées caritatives. «On n'est pas contre la tenue des activités. Tout le monde est d'accord avec l'ensemble des événements; ces causes-là sont louables. Tous ces événements-là sont bons. Mais il faut réfléchir à l'ultime nécessité, à savoir : est-ce qu'ils doivent se tenir aux endroits où ils sont déjà?»
Parcours à revoir
Benoît Richard estime que certaines activités devront revoir leur parcours ou payer une partie de la facture. «Est-ce qu'il y a moyen pour les organisateurs, la Sûreté et les autres participants, de revoir un peu les façons que c'est organisé? Peut-être de les organiser encore, mais de trouver une façon différente pour avoir un encadrement beaucoup plus petit.»
Un comité réunissant la Sûreté du Québec, le ministère de la Sécurité publique et le ministère des Transports du Québec se penche actuellement sur les balises à adopter pour la facturation des services policiers.
L'attaché de presse de la ministre de la Sécurité publique Lise Thériault insiste pour dire que le but n'est pas de mettre en péril les activités cyclistes ou autres. «C'est sûr qu'on va changer les façons de faire», reconnaît Jean-Philippe Guay. «Le nombre d'événements récréotouristiques au Québec a proliféré dans toutes les régions. Et là, pour la SQ, ça devient problématique. On réfléchit sur une manière de ne pas mettre en péril ces événements-là, mais en même temps, qu'on trouve une façon équitable pour répartir les coûts entre ces événements-là et l'ensemble des contribuables.»
<p>Les coûts de sécurité associés au Grand Défi Pierre Lavoie sont énormes vu la longue durée de l'activité et l'utilisation supérieure du réseau routier.  </p>
Le Grand Défi Pierre Lavoie touché
Une des plus grandes randonnées cyclistes au monde consacrées aux saines habitudes de vie, le Grand Défi Pierre Lavoie, ne sera pas épargnée par la vaste révision de la Sûreté du Québec en raison des énormes coûts de sécurité associés au 1000 km, a appris Le Soleil. 
Pendant quelques jours de juin, le Québec entier n'en a que pour le gourou des saines habitudes de vie Pierre Lavoie et ses 1000 cyclistes traversant la province.
Mais derrière les images spectaculaires, un nombre toujours grandissant de policiers de la Sûreté du Québec assure la sécurité des cyclistes entre La Baie et Montréal.
La facture gonfle d'année en année, suivant l'engouement et l'expansion du Grand Défi. «C'est une activité qui se déroule sur 1000 km. C'est une logistique qui est majeure et qui coûte une fortune», indique l'attaché de presse de la ministre de la Sécurité publique Lise Thériault, Jean-Philippe Guay. «On va essayer de voir comment il peut y avoir un partage des coûts.»
La Sûreté du Québec confirme que la randonnée épique de Pierre Lavoie sera étudiée et devra débourser davantage, même si elle amasse des fonds pour la recherche contre les maladies orphelines. «Le Grand Défi Pierre Lavoie, on parle de quelque chose qui se déplace dans plusieurs secteurs, sur une très longue période, et en utilisant le réseau routier supérieur. Il est évident qu'un événement comme ça va nécessiter beaucoup plus d'encadrement et d'équipement policier qu'un événement qui se tient dans un endroit spécifique», détaille le porte-parole de la SQ Benoît Richard.
Le Grand Défi a aussi depuis quelque temps des activités nocturnes, augmentant encore plus la facture. «Comme organisation, ça amène beaucoup de gens à travailler. Le Grand Défi Pierre Lavoie, c'est un des événements qui nécessitent un très grand encadrement», ajoute Benoît Richard.
Facture plus salée
L'organisation du Grand Défi s'attend quant à elle à payer éventuellement une note plus salée. «On ne sait pas encore comment ça va nous affecter, mais c'est sûr qu'on risque de l'être. Déjà, on payait une partie des frais de la Sûreté du Québec. Oui, on est affectés. C'est fort probable», répond la directrice des communications, Stéphanie Charette.
L'organisme n'a toutefois pas l'intention de partir en cavale contre la SQ, sans qui le Grand Défi serait impensable. «Pour le moment, on se garde une réserve. On a toujours eu une super collaboration de la Sûreté du Québec. La sécurité, c'est la priorité pour nous avec le nombre de participants qu'on met sur les routes toutes les années. C'est sûr qu'on va trouver une façon de collaborer avec eux en assurant un maximum de sécurité», conclut Stéphanie Charette.