Denis Rondeau (François Létourneau) et Patrick Bouchard (Vincent-Guillaume Otis), les antihéros de Série noire

Série noire: une série dans la série

Il existe des auteurs de séries dégoûtés par ce qu'on a fait de leur oeuvre à l'écran, embarrassés que leurs noms soient associés à un projet à mille lieues de ce qu'ils avaient imaginé. C'est le cas de Denis Rondeau et Patrick Bouchard, les antihéros de Série noire, la nouveauté des auteurs des Invincibles, Jean-François Rivard et François Létourneau. Départ lundi à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, directement contre Les jeunes loups de TVA.
<p>Marc Beaupré est l'intrigant Marc Arcand, adepte de nunchaku, une arme japonaise que le comédien maîtrise à merveille.</p>
<p>Guy Nadon excelle dans un rôle d'acteur mal dégrossi, vulgaire, qui fréquente les salons de massage érotique.</p>
L'objet de leur honte s'intitule La loi de la justice, une série B juridico-policière, conspuée par la critique, mais qui a récolté de fortes cotes d'écoute. À un point tel que le diffuseur en commande une deuxième saison, au désespoir des auteurs. Le premier épisode de Série noire commence d'ailleurs avec un long extrait de la finale de La loi de la justice, une poursuite en forêt à l'issue invraisemblable. Grosse musique, jeu peu subtil, cliché après cliché, on saisit aussitôt qu'on a affaire à une mauvaise série. À vous d'y associer les vraies séries dont se sont inspirés les auteurs pour créer celle-ci.
Dans l'esprit de Patrick (Vincent-Guillaume Otis), c'est réglé, pas question de poursuivre la série; il se débarrasse de Denis (François Létourneau), retourne comme prof au cégep dans l'espoir de reconquérir son ex (Caroline Bouchard). Mais Denis, qui voit son ménage prendre l'eau et surprend sa femme (Edith Cochrane) en pleins ébats avec une amie de la famille, veut donner un sens à sa vie. Il convainc non sans difficulté Patrick de rembarquer dans l'aventure, mais cette fois, en commettant des délits et en «vivant» leurs intrigues sur le terrain.
Jusqu'où iront-ils? Seulement dans les deux premiers épisodes, on les voit au bord de la noyade, simuler un suicide et foncer dans un poteau avec une voiture. On s'inspire ici un peu de l'Actor's Studio, où il faut avoir vécu une douleur pour pouvoir mieux la jouer.
Après Les invincibles, Rivard et Létourneau souhaitaient aller complètement ailleurs. Reste qu'il y a des similitudes entre les deux oeuvres. Le personnage de François Létourneau, Denis, est un P-A tout craché, son rôle des Invincibles; égocentrique et envahissant, même obsession d'aller au bout des idées les plus farfelues, d'être toujours là où il ne faut pas. On retrouve aussi cette idée de «pacte» et l'amitié indéfectible entre deux gars, un peu losers.
Guy Nadon excelle dans un rôle d'acteur mal dégrossi, vulgaire, qui fréquente les salons de massage érotique, et qui sortira quelques obscénités du genre : «Y'é jamais trop tôt pour s'faire crosser mon ti-gars!» Réjouissant de revoir Francine Ruel dans le rôle de la mère de Patrick, qui a bien essayé de suivre la série de son fils sans jamais y parvenir, et Louise Bombardier, la belle-mère de P-A dans Les invincibles, cette fois productrice de La loi de la justice, toujours aussi drôle.
Les auteurs auraient pu se payer la traite en peignant une critique de télévision incompétente, bitch et de mauvaise foi; celle de Série noire, Anne-Sophie Laverdière (Karen Elkin), est au contraire intelligente, néanmoins cruelle, mais les gars tiendront compte de ses commentaires, notamment celui de s'adjoindre un conseiller juridique pour écrire leur deuxième saison. Reste à trouver un avocat qui daignera travailler avec eux; la première rencontrée les envoie promener, outrée par la façon dont on a décrit sa profession. «On est barrés du Barreau», s'exclamera Denis.
On retrouve Marc Beaupré, le petit bum de 2 frères, dans le rôle intrigant de Marc Arcand, adepte de nunchaku, une arme japonaise que le comédien maîtrise à merveille. Fan de la série, Arcand peut aussi se montrer d'une grande cruauté, ce qui n'est pas sans rappeler une Line-la-pas-fine ou un Ritch the Bitch dans Les invincibles. Alain Zouvi joue le directeur des programmes de la station, Anne Élisabeth Bossé, une masseuse que croisera Patrick, et Martin Drainville, son patron.
Bonne idée de confier la narration à Bernard Derome, qui commente l'arrivée de chaque personnage. Des paroles, souvent, qu'on n'aurait jamais cru entendre de la bouche de l'ancien chef d'antenne. La série démarre un peu trop lentement, ce qui en rebutera quelques-uns, mais rien pour gâcher mon envie de connaître la suite. Douze épisodes sont prévus, une deuxième saison est en écriture.
La série a été tournée en hiver, une rareté à la télé, où tout se passe toujours en été. L'entreprise a dû relever bien des défis et compliqué le travail de Jean-François Rivard, toujours aussi fort à la réalisation