:Depuis 2005, le consortium Boralex et Gaz Métro a entrepris le développement de l'énergie éolienne sur les terres du Séminaire, près de Baie-Saint-Paul.

Séminaire de Québec: le legs de la Côte-de-Beaupré

Le Séminaire de Québec célèbre ses 350 ans. L'institution située au coeur du Vieux-Québec est intimement liée au développement de la Nouvelle-France jusqu'au Québec d'aujourd'hui. Nous vous invitons à découvrir ou à redécouvrir ce témoin de l'histoire d'ici.
«Mgr François de Laval était un visionnaire qui s'est donné les moyens pour assurer sa mission»
Pour Jacques Roberge, le supérieur général du Séminaire, il ne fait aucun doute que le premier évêque de Québec avait une vision à long terme et savait comment mener à terme ses projets et assurer la longévité et la santé financière de son institution religieuse.
Dès l'arrivée de Mgr de Laval en Nouvelle-France, tout est à bâtir, mais le territoire est trop vaste et les gens, trop peu nombreux pour créer des paroisses. Et encore moins riches pour bâtir des églises. Il décide donc d'organiser son diocèse autour d'un séminaire où habiteraient les prêtres missionnaires et où serait formée la relève ecclésiastique. Le Séminaire de Québec venait d'être fondé et les premières missions des séminaristes, organisées en terres lointaines, le long du Saint-Laurent, de la Côte-de-Beaupré jusqu'en Gaspésie.
Ressources naturelles
Cet homme au «coeur de pasteur», comme se plaît à le dire M. Roberge, avait certainement un côté entrepreneurial et une motivation à faire fructifier son oeuvre. Entre 1662 et 1668, Mgr de Laval négocie avec les associés de la Compagnie de la Nouvelle-France l'achat des seigneuries de Beaupré et de l'île d'Orléans. Il en devient propriétaire pour quelque 9000 livres. Il hérite ainsi d'un vaste lopin de terre, mais aussi - et surtout - des obligations de la Compagnie de continuer le développement.
En 1668, près de 650 fermiers et leurs familles s'étaient installés sur la Côte-de-Beaupré. On comptait aussi un moulin, beaucoup de bois et du charbon. Des ressources naturelles et alimentaires nécessaires à Mgr de Laval pour approvisionner le Séminaire et assurer la pérennité de son oeuvre, en plus de la dîme qu'il perçoit en tant que propriétaire. Or, conscient de la pauvreté de bon nombre de familles, Mgr de Laval, n'hésite pas à donner congé de paiement.
En 1675, en raison des revenus insuffisants, explique M. Roberge, «Mgr de Laval entre en contact avec [François Berthelot], le propriétaire de l'île Jésus, qui est intéressé à faire un échange. Le résultat sera avantageux pour Mgr de Laval, qui obtiendra l'Île [maintenant la ville de Laval] et 25 000 livres contre l'île d'Orléans.» Grâce à cet argent, il entreprend l'agrandissement des infrastructures du Séminaire et les revenus tirés des seigneuries de l'île Jésus et de Beaupré serviront principalement au soutien du Petit Séminaire, dont il s'est chargé volontairement depuis la Conquête et où les écoliers sont plus nombreux chaque année.
En 1680, Mgr de Laval lègue tous ses biens et toutes ses terres au Séminaire de Québec et laisse sa place sept ans plus tard à Mgr de Saint-Vallier, qui modifie considérablement le lien entre le Séminaire et les curés des paroisses de la Côte-de-Beaupré, une décision qui «a fait grande peine à Mgr de Laval, qui voyait son oeuvre comme désavouée». Concession, séparation, procès, peu à peu, le Séminaire se départit des fermes et des villages de la Côte-de-Beaupré.
D'hier à aujourd'hui
De son immense territoire, le Séminaire conserve la seigneurie de Beaupré, 1600 km2 de terres et de forêts, de Stoneham jusqu'à la rivière du Gouffre à Saint-Urbain, le long du fleuve Saint-Laurent. Malgré le temps et les changements de garde au Séminaire, la seigneurie sert encore aujourd'hui la communauté des prêtres, tel qu'imaginé parMgr François de Laval il y a 350 ans. Devenu producteur forestier, le Séminaire tire aussi un revenu des 201 clubs de chasse et de pêche qui utilisent sa forêt.
Depuis 2005, le consortium Boralex et Gaz Métro a entrepris le développement de l'énergie éolienne sur les terres du Séminaire, près de Baie-Saint-Paul. Près de 200 éoliennes s'élèveront, créant ainsi le plus grand parc éolien au Canada. Ces gains, toujours utilisés pour le bien du Séminaire, sont également partagés avec le diocèse de Québec pour la continuité d'une oeuvre qui ne s'est jamais éteinte.
Autres sources:
Gilles Bureau, François de Laval et son époque, Le Séminaire de Québec, 2011
Noël Baillargeon, Le Séminaire de Québec de 1800 à 1850, Les Presses de l'Université Laval, 1994