Le film de Kim Nguyen, Two Lovers and a Bear, a été retenu à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes.

Séjour chargé pour Kim Nguyen

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Lorsque Kim Nguyen est arrivé à Cannes, où il séjourne pour la première fois, le réalisateur québécois prévoyait voir plein de films et faire la fête un peu. Rien de tout ça n'est arrivé. Son calendrier est «cordé aux 15 minutes» jusqu'à la première mondiale de Two Lovers and a Bear. Le Soleil a réussi à s'entretenir avec lui lundi après-midi.
Kim Nguyen était passablement détendu, 48 heures après son arrivée, veston gris sur chemise bleue, mais espadrilles bleu foncé aux pieds. Il était fébrile au départ, mais «ça s'est vite placé». Il enfile les rencontres professionnelles pour ses projets - «j'ai un beau calendrier pour les trois prochaines années».
En attendant, il savoure le moment. Mardi matin, il fera une projection-test au Théâtre Croisette, où se déroulent les représentations de la Quinzaine des réalisateurs. La «vraie» projection aura lieu mercredi «dans des conditions idéales et devant un parterre de cinéphiles». On ne peut «rêver de mieux pour une première mondiale».
Il ne fait pas de fixation sur un éventuel prix. «À un certain moment, quand on est sélectionné [pour un festival], la compétition est presque un non-sens. Qu'on gagne ou pas, c'est dans 20 ans qu'on verra si l'oeuvre passe l'épreuve du temps.» De toute façon, «faire des films, c'est comme les enfants. Il faut que tu acceptes la possibilité d'échec».
Rebelle (2012), son film précédent, a tout de même remporté plus de 20 prix à l'international, en plus d'une nomination aux Oscars...
Parlant des Academy Awards, il est convaincu que Tatiana Maslany a une chance pour la statuette d'interprète féminine... L'actrice canadienne de 30 ans joue le rôle de Lucy, une femme hantée par son passé qui prend la fuite avec son amant Roman (Dane DeHaan), dans le Grand Nord. Le couple partage brièvement la vedette, comme le titre l'indique, avec un ours polaire...
Curieusement, c'est l'ursidé qui a le plus souffert du froid : la bête ne voulait pas sortir de sa roulotte... Haggie demeure à Vancouver et nage dans une piscine. Mais, finalement, l'ours a bien voulu jouer ses scènes. Et ça s'est plutôt bien déroulé, vu les circonstances. «Il y avait beaucoup de stress. On a été très chanceux.» Elle a une relation presque amoureuse avec son entraîneur. «À part ça, les autres humains, elle ne nous aime pas vraiment.»
On s'en doute, les conditions de tournage ont été très éprouvantes. Le gros avantage, dit Nguyen en rigolant, c'est que les acteurs avaient «froid pour vrai. Genre, beaucoup.» Mais les magnifiques paysages ont fourni une riche matière visuelle. «La géographie de l'Arctique était indispensable pour capturer l'essence du film comme on le voulait.»
Comme souvent dans le milieu du cinéma, Kim Nguyen est sur la Croisette pour présenter Two Lovers..., mais il est déjà ailleurs, soit dans le tournage d'Eye on Juliet. Une première moitié du film, qui se déroule au Moyen-Orient (mais filmée au Maroc), est déjà en boîte. La deuxième sera produite à Montréal avec Joe Cole (Green Room), qui joue le rôle d'un opérateur de drones qui tombe amoureux d'une Arabe, la jeune Française Lina El Arabi (Ne m'abandonne pas).
L'homme de 42 ans ne veut pas trop parler de ses autres projets («il est trop tôt»), mais il consent à dire qu'il a une option sur un scénario dont l'action se déroule dans les abattoirs de Chicago, au début du XXe siècle.
Ha! et pour ceux qui veulent vraiment le savoir, il a prévu voir le soleil se lever, un verre à la main, vendredi... Ses relationnistes sont prévenus : pas d'entrevue en avant-midi!