Pendant une année scolaire, Guillaume Sylvestre a suivi les élèves d'une école publique d'Outremont, qui se livrent à la caméra avec une franchise décapante.

Secondaire V: exercice fascinant

La sortie du documentaire Secondaire V, en janvier, à Montréal, a fait grand bruit dans les médias. Certains se sont horrifiés de ce qu'ils ont vu : le portrait sans fard de finissants, du début des cours jusqu'à la graduation. D'autant qu'ils évoluent dans une école publique d'Outremont. Mais le biais de Guillaume Sylvestre, sous des apparences objectives, y est certainement pour beaucoup.
Le réalisateur de 36 ans a passé l'année 2011-2012 dans les classes, les corridors et la cour de l'école Paul-Gérin-Lajoie (notez le symbolisme du nom du premier ministre de l'Éducation québécois). Surtout dans les classes, en fait, où les élèves abordent avec beaucoup d'aplomb des thèmes qui leur tiennent à coeur : intimidation, violence, identité, intégration, suicide, sexualité, démocratie, liberté de presse...
L'exercice est fascinant. Et brutal. Les jeunes sont souvent très articulés, critiques et s'expriment avec une franchise décapante. Mal, souvent. Mais ce sont des ados : ils ont des opinions tranchées sur tout. Ils sont turbulents, dissipés, impertinents, un brin baveux... Ils confrontent aussi l'autorité (incarnée par les professeurs et la direction). Mais guère plus qu'à mon époque, si je me souviens bien.
Sans parler du fait qu'il y a la caméra pour les exciter (on le voit bien dans les séquences sur la grève étudiante de 2012, où les élèves se servent du prétexte pour chahuter). Ils ne l'oublient guère, celle-là, même si Sylvestre a choisi la discrétion, filmant la plupart du temps de côté plutôt que frontalement.
Le cinéaste s'est établi une bonne réputation de documentaliste avec Durs à cuire (2007) et Sauvage (2011), respectivement sur les chefs de restaurant et les Amérindiens (on n'en dira pas tant de 1er amour, en 2013, un ratage de première en fiction). Il applique d'ailleurs la même recette : il filme sans poser de questions, sans voix off, en témoignant de la réalité. Qu'en est-il vraiment?
Certains diront qu'il opte pour une approche de cinéma-vérité qui témoigne objectivement. Ce serait faire l'impasse sur le fait que Sylvestre s'est servi du montage pour présenter la réalité qu'il voulait bien montrer. C'est pourquoi le film a déclenché l'ire de la direction et de certains élèves qui l'ont accusé de mauvaise foi. Secondaire V, disent-ils, présente les élèves qui ont le plus de difficultés scolaires et ignore les studieux. Remarquez, il s'agit de leur perception, tout aussi biaisée, et ça ne ferait pas un film très pertinent et intéressant...
Bien sûr, il s'agit d'un microcosme et il faut en prendre et en laisser. Mais le manque de recul, de réflexion et de perspective, surtout, nuisent aux réflexions et aux discussions que le documentaire aurait pu alimenter sur l'état de l'éducation à l'heure des enfants-rois et des réseaux sociaux.
N'empêche. Secondaire V a tout de même le mérite de nous montrer les efforts importants que les profs déploient pour enseigner à ces jeunes. Leur énorme patience. Leur désarroi aussi. Rendu là, il faut la vocation. Car l'école PGL est aussi très multiculturelle, avec ce que ça suppose de différends à arbitrer.
C'est aussi un regard sans préjugés sur le bouillonnement et la saine révolte contre l'ordre établi à cet âge où on se prépare à entrer dans l'âge adulte. De toute façon, la jeunesse se guérit avec le temps...
Au générique
Cote : ***
Titre : Secondaire V
Genre : documentaire
Réalis. : Guillaume Sylvestre
Salle : Clap
Classement : 13 ans et plus
Durée : 1h32
On aime : le portrait d'ensemble, la proximité
On n'aime pas : le manque de perspective