À travers l'histoire d'Ila (Nimrat Kaur), femme au foyer qui entretient une relation épistolaire avec un étranger à la suite d'un malentendu, c'est la détresse et le poids culturel des femmes indiennes qu'illustre Saveurs indiennes.

Saveurs indiennes: relation épicée ***1/2

Ce n'est pas pour rien que Saveurs indiennes (Dabba) s'est retrouvé à la Semaine de la critique, à Cannes, l'an dernier. Le premier film de Ritesh Batra est un exquis moment de cinéma, touchant et drôle, à propos d'un amour inattendu et presque contre-nature dans l'Inde contemporaine. Malgré son immense succès au pays, on est loin des mélos outranciers à la Bollywood et de l'exotisme de pacotille de certains documentaires.
Le long métrage représente évidemment un immense dépaysement culturel, ne serait-ce que dans son prétexte. Il existe, à Bombay, un service complexe mais très bien organisé de livraison de boîtes à lunch (les dabba). Chaque jour, près de 200 000 gamelles sont livrées à vélo et en train par les dabbawallahs à autant d'employés de bureau.
Ila (Nimrat Kaur), une belle jeune hindoue, utilise ce système. Délaissée par son mari, la femme au foyer se met en tête de le reconquérir en lui cuisinant de savoureux petits plats. L'impensable se produit : un lunch est livré par erreur à Saajan (Irfan Khan, vu dans L'histoire de Pi), un veuf solitaire taciturne qui s'apprête à partir en préretraite. Attendant en vain des compliments de son mari, Ila se rend compte de la méprise et écrit un petit mot, qui sera le début d'une relation épistolaire de plus en plus épicée...
Le film écrit et réalisé par Ritesh Batra ne s'arrête pas à cet aspect anecdotique. La trame devient rapidement une façon d'illustrer la détresse et le poids culturel qui entravent la vie des femmes indiennes. Ila est enterrée vivante dans son logement, sans ressources, condamnée au rôle de boniche. Elle voit dans sa correspondance, qui devient le sel de sa vie, une façon de se libérer et d'aspirer à une vie meilleure.
Le récit se penche aussi sur la solitude et le vieillissement par l'entremise de Saajan. Le cadre évite par tous les moyens Shaikh (Nawazuddin Siddiqui), son jeune remplaçant dynamique mais achalant qu'il doit former. Les lettres (et la bouffe!) vont réchauffer son coeur et lui redonner le goût de vivre. Mais bientôt la réalité va s'immiscer dans cette relation fantasmée...
Au-delà de son décor étranger, Saveurs indiennes a une profonde résonance universelle. Le réalisateur démontre beaucoup de doigté avec ses longs plans qui laissent respirer les scènes et leur confère beaucoup de naturel, surtout au bureau de Saajan. Ce qui fait contraste avec les scènes de déplacements, saturées de gens. Il ne faut pas être agoraphobe...
Ritesh Batra fait aussi montre de petites touches de mise en scène fort originales qui traduisent bien la réalité indienne, comme cette vieille voisine avec qui Ila échange par la fenêtre et qu'on ne voit jamais (et qui représente son futur).
Cet amalgame de réflexions sociale et sentimentale, centrées sur les personnages, témoigne d'une belle humanité. L'histoire, montée comme un suspense, est aussi simple que savoureuse, servie par deux interprètes attachants avec beaucoup de bonheur.
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Saveurs indiennes
Genre : drame
Réalisateur : Ritesh Batra
Acteurs : Irfan Khan, Nimrat Kaur et Nawazuddin Siddiqui
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h42
On aime : le dépaysement, l'humanité, la grande qualité du scénario
On n'aime pas : -