Annie Fortin a conduit des autobus d'écoliers avant de prendre le volant d'un autobus urbain.

Rouler des centaines de kilomètres chaque jour

Avant de conduire un autobus du Réseau de transport de la capitale (RTC), Annie Fortin a conduit des autobus d'écoliers dans la région d'Issoudun, même un camion 10 roues en plus de s'occuper de son salon de coiffure.
Annie Fortin se sent bien derrière le volant d'un véhicule du RTC, poste qu'elle occupe depuis sept ans.
Avaler des kilomètres de route tous les jours, elle s'y connaît. Encore aujourd'hui, elle parcourt environ 120 km pour l'aller-retour entre la maison et le travail.
En 2010, le RTC lance un appel pour dénicher de nouveaux chauffeurs. Elle pose sa candidature et elle sera retenue, comme plusieurs autres candidats, parmi les quelque 2500 autres qui voulaient un tel emploi.
Même si elle possédait la classe 2 pour la conduite de véhicule lourd, le RTC exigeait qu'elle suive une formation d'un mois au Centre de formation en transport de Charlesbourg et un autre mois avec les formateurs du transporteur urbain.
«Je suis habituée d'avoir une certaine autonomie. Même si j'ai des superviseurs, des inspecteurs et d'autres patrons, dans l'autobus, je reste seul maître à bord», explique Mme Fortin. Elle doit s'occuper de la route, du confort et de la sécurité des passagers, des horaires. Mais l'on comprend rapidement que le sourire et l'accueil des clients fait aussi partie de la tâche.
Contact avec les clients
«Ce que j'aime le plus, c'est le contact avec la clientèle», illustre-t-elle en parlant du parcours express qu'elle fait le matin entre la banlieue et la colline parlementaire. «On finit par reconnaître les gens. Ce sont les mêmes tous les matins. Ça permet un peu plus de connivence que sur un parcours où la clientèle n'est jamais la même.»
Parfois sur certains parcours, le soir surtout, «les oreilles virent au mauve». Il faut s'adapter, garder son calme et choisir ses combats, ajoute-t-elle. «On ne peut pas consommer d'alcool dans l'autobus», raconte-t-elle en parlant de ce qui se passe parfois. «J'entends très bien le pschitt lorsqu'un passager débouche sa bière au fond de l'autobus. Avec la circulation de l'air dans le véhicule, je sens l'odeur quelques secondes plus tard. Si la personne est discrète, que personne ne fait le party, mieux vaut laisser passer pour cette fois. Il faut choisir ses combats», confie-t-elle.
Une fois, ce fut plus inquiétant. En roulant vers l'arrêt tard le soir sur un parcours du Métrobus, elle voit un attroupement. Ça semble brasser. Un groupe bouscule un jeune homme. Les belligérants entre les premiers, alors que le jeune homme en panique le dernier. «Il devait être légèrement déficient et il avait peur. Il me demande d'appeler la police parce que le groupe de jeunes ne cesse de le harceler. Je lui conseille de rester derrière moi. Peu de temps après, les groupes viennent le voir. Les jeunes le bousculent. Ils veulent attraper sa boîte à lunch et son portefeuille. Discrètement, j'ai fait un appel d'urgence. Je ne voulais pas les voir descendre sans faire quelque chose. Trois auto-patrouilles de police s'en viennent. Elle stoppe le véhicule et les policiers viennent s'occuper du problème.
Même les parcours en apparence répétitifs comportent un lot de surprises. Sur le parcours 1 composé majoritairement de passagers assez âgés, il se glisse ces jours-ci des croisiéristes. «Alors je dois me débrouiller avec mon anglais», explique-t-elle en souriant.
Et parfois, il y a des faits cocasses. Comme cette fois où un jeune homme s'inquiète de ne plus voir la chauffeuse avec qui il échange des sourires tous les soirs sur le parcours 80. «C'était visiblement un travailleur de nuit. Il était très gêné, mais il me saluait toutes les fois.» Or, ne voyant plus Annie Fortin, il envoie une lettre au RTC. Une forme de déclaration d'amour, car il veut son numéro de téléphone pour lui parler. «Ce serait mon plus beau Noël,» écrivait-il. 
«Ça fait un petit velours», souligne Mme Fortin. Il ne s'est rien passé. La lettre n'a pas eu de suite, car «j'ai ma vie et ma famille», continue-t-elle.
Malgré les changements d'horaires au gré des saisons, les heures de route pour venir travailler soir et matin, qu'elle doit avoir des yeux tout le tout de la tête pour anticiper ce qui se passe sur la route en s'assurant du bien-être de ses passagers, Mme Fortin adore son travail et ne changerait pas d'emploi pour rien au monde. Rouler kilomètre après kilomètre, ça fait partie de sa nature.