Renouer avec Les aiguilles et l'opium a permis à Marc Labrèche d'approfondir sa «vraie» relation avec Robert Lepage. «C'était comme si on s'était vu la veille, et, l'âge aidant, on a travaillé avec encore plus d'abandon et de plaisir qu'il y a 20 ans.»

Robert Lepage vu par Marc Labrèche: retrouvailles avec un homme du monde

Marc Labrèche est avec Yves Jacques l'un des seuls acteurs à avoir pris le relais d'un solo de Robert Lepage. Dans son cas, la rencontre a eu lieu en 1993, alors que la création d'Ex Machina était en ébullition. Robert Lepage avait décidé de lui confier son rôle dans Les aiguilles et l'opium, que Labrèche a d'ailleurs repris l'an dernier dans une mise en scène rafraîchie pour une tournée mondiale.
«La première fois, j'ai repris le rôle à la volée. Robert était en train de le faire, il était en tournée, et il était très occupé partout. On n'a pas eu beaucoup de temps pour le travailler le spectacle», se remémore Marc Labrèche. C'était à Stockholm, pendant que Robert Lepage répétait lui-même pour un autre spectacle. Les choses ont roulé tellement vite que pour casser la glace avant la première, Labrèche a demandé au metteur en scène de lui préparer une répétition publique. «Robert a dit OK. Cet après-midi-là, il y avait dans la salle Max von Sydow, Bibi Andersson, tous les comédiens de Bergman étaient là!» s'esclaffe le comédien. S'il n'arrive plus à se rappeler s'il savait qu'ils étaient dans la salle avant de commencer la répétition, il se souvient quand même d'avoir été assez terrorisé. «Déjà, c'était en anglais, c'était un one-man show, et je ne voulais pas déplaire à Robert. Mais finalement, c'était très correct. La glace était cassée comme il faut», rigole aujourd'hui Marc Labrèche.
Plus en profondeur
N'empêche, reprendre le solo 20 ans plus tard a permis au comédien et au metteur en scène d'aller plus en profondeur dans la relecture de l'oeuvre. «On a eu l'occasion de le travailler en atelier, et de refaire la scénographie, on a retravaillé l'ordre de certaines scènes, on a rajouté des scènes. On a encore plus pris le temps de se rencontrer et de se connaître. C'était vraiment un plaisir de travailler avec Robert et d'être dans l'énergie de sa gang», relate Marc Labrèche, qui se trouve présentement à Adélaïde, en Australie, pour présenter Needles and Opium.
L'acteur note d'ailleurs que la réception de l'oeuvre de Lepage est sensiblement la même partout dans le monde. «Le spectacle est tellement visuel, d'une part, et il y a une certaine imagerie qui vient avec Cocteau et Miles Davis que la plupart des gens connaissent. En plus, depuis les années, les gens se sont habitués à l'oeuvre de Robert. Il y a une signature, une sensibilité et une singularité qu'ils reconnaissent d'un spectacle à l'autre», pense-t-il. À l'enseigne de ce qui est reconnaissable dans cette signature, Marc Labrèche parle d'un «jeu réaliste» duquel il a tenté de s'approcher.
Renouer avec Les aiguilles et l'opium lui a aussi permis d'approfondir sa «vraie» relation avec Robert Lepage. «Comme j'avais tourné la pièce pendant deux ans à l'époque, j'avais un peu l'impression d'avoir vécu avec lui. J'avais l'impression d'avoir été en relation avec lui d'une certaine façon, et d'avoir appris à le connaître à travers son texte», explique Marc Labrèche. «À travers le personnage, je suis resté avec cette impression d'avoir eu une relation de deux ans et demi avec Robert, tandis que lui en a eu une de deux semaines avec moi», poursuit le comédien, sourire en coin. «Mais lui, c'est un homme du monde, qui a une espèce de biorythme par rapport au monde extérieur, qui doit être en phase rapidement et efficacement avec la situation. C'était comme si on s'était vu la veille, et, l'âge aidant, on a travaillé avec encore plus d'abandon et de plaisir qu'il y a 20 ans», souligne le comédien.