«Quand tu es un acteur, tu as vraiment besoin de montrer au monde que tu es capable de la faire, la scène. Avec Robert, il fallait avoir l'humilité de tout laisser tomber cette façon de faire et embarquer dans un nouvel univers, avec quelqu'un qui a une lecture technique complètement originale», raconte Lothaire Bluteau, qui a été la vedette du Confessionnal, le premier long-métrage de Lepage.

Robert Lepage vu par Lothaire Bluteau: un artiste visuel au cinéma

«Travailler avec Robert Lepage, c'était vraiment travailler avec un artiste visuel, qui arrivait avec tout son métier et sa façon de penser», lance Lothaire Bluteau, joint à Los Angeles, où il réside depuis de nombreuses années. La tête d'affiche du premier film réalisé par Robert Lepage, Le confessionnal, assure que l'approche de l'homme de théâtre est unique.
Lepage s'est peu commis au cinéma, «un hobby» de son propre aveu. Mais le succès retentissant de son premier long-métrage, sorti en 1995, il y a près de 20 ans, porte la marque de sa méthode de travail développée avec Ex Machina, pense Lothaire Bluteau.  
«Quand j'ai fait Le confessionnal, j'avais 20 ans de cinéma derrière moi», raconte l'acteur d'origine québécoise qu'on voit dans de nombreuses séries américaines. «Quand tu es un acteur, tu as vraiment besoin de montrer au monde que tu es capable de la faire, la scène. Avec Robert, il fallait avoir l'humilité de tout laisser tomber cette façon de faire et embarquer dans un nouvel univers, avec quelqu'un qui a une lecture technique complètement originale. Peut-être que je n'aurais pas eu la souplesse de le faire au début de ma carrière. Avec lui, c'était un autre langage», raconte Lothaire Bluteau.
Sur les plateaux de tournage, l'acteur était habitué à ce que l'émotion soit incarnée dans les répliques plus que dans le montage. «Robert, ce n'est pas du tout son genre de film. Moi, j'étais un peu ankylosé dans une façon de raconter une émotion, de raconter un moment dans l'histoire. Lui, ce n'est pas dans l'écriture, il raconte vraiment comme un artiste visuel. Au bout du compte, ça donne le même résultat et souvent, c'est même plus touchant, pense l'acteur. C'est comme dans un musée. Je me rappelle un tableau de Picasso que je ne comprenais pas, Guernica. Une fois, je me suis retrouvé devant cette oeuvre-là, et d'un coup sec, après avoir parcouru tout le chemin de l'exposition dans le musée, son sens m'a frappé en plein visage», compare-t-il.
Du fun
À l'époque du tournage du Confessionnal, le comédien arrivait comme un étranger dans une équipe déjà bien huilée. «Ils m'ont accueilli comme si j'avais été avec eux autres depuis 10 ans. [...] On sentait l'affection d'une équipe de créateurs qui savent se servir des nouveaux intervenants, s'en servir pour rafraîchir leur façon de voir, écouter un nouveau ton, une nouvelle couleur. J'ai eu du fun, dans ce projet-là!» s'exclame Bluteau, visiblement heureux de replonger dans ces souvenirs de tournage.
Il se rappelle particulièrement l'humour de Lepage et sa faculté de transmettre naturellement sa culture. «Il connaît bien l'Asie, alors quand il m'expliquait toute la symbolique de l'écriture, et pourquoi il voulait tant qu'on se serve d'un calligraphe comme tatouage, je n'avais pas l'impression de me faire donner un cours, d'être un épais de pas le savoir. Il le dit d'une façon tellement simple que tu sens qu'il a un plaisir à te le montrer. C'est rare, souligne le comédien. En tout cas, je me souhaite de pouvoir travailler à nouveau avec lui dans ma vie, avant de lâcher le métier. C'est vraiment un génie, ce gars-là», conclut Lothaire Bluteau.