ROBERT FLEURY : L'âme de Québec

Il fallait être visionnaire, il y a 400 ans, pour implanter une colonie française au pied du Cap Diamant. Il fallait l'être un peu aussi, il y a huit ans, pour lancer l'organisation des Fêtes du 400e — merci Jean-Paul L'Allier, Roland Arpin et Lucien Bouchard!
Bien des esprits chagrins con­sidéraient alors Québec née pour un petit pain, incapable d'or­ganiser des événements d'envergure. Comme si la ville devait traîner à jamais le boulet des prévisions d'achalandage trop optimistes de 1984, l'année des grands voiliers, la déception du départ des Nordiques ou de l'échec de la candidature de Québec pour l'obtention des Jeux de 2002 et de 2010 — échec et départ qui n'avaient rien à voir avec ses capacités d'attraction ou d'organisation, ni avec l'absence d'un nouveau Colisée, faut-il le rappeler! Des années durant, tous les prétextes étaient bons pour casser du sucre sur Québec, sur son magistrat et ses élites.
Le succès éclatant des festivités démontre que les Fêtes du 400e sont maintenant rodées, à l'image du Festival d'été : elles n'ont rien à envier aux grandes organisations. Malgré quelques ratés lors du coup d'envoi du 31 décembre — des critiques qui portaient sur le site trop petit, le choix des artistes et le transport en commun — ses organisateurs et artisans se sont repris de façon admirable. Ils peuvent être fiers des résultats accomplis.
Le maire Régis Labeaume a eu raison de réorienter la Société du 400e en confiant la direction des Fêtes à Daniel Gélinas. Celui-ci en fait un grand succès. Pour sa part, le maire assume fort bien son rôle de représentation à l'étranger et auprès de
ses invités.
Robert Lepage, Pierre Boileau, Marcel Dallaire et tant d'autres ont fait montre d'un grand savoir-faire. Ne sous-estimons pas non plus la force de persuasion et la crédibilité qui furent nécessaires pour amener un Paul McCartney ou une Céline Dion sur les Plai­nes, le temps d'un spectacle. Il fallait aussi beaucoup d'argent!
Était-ce trop payé, ces millions de dollars consentis aux gran­des vedettes du show-business? La visibilité qu'en retire la capitale vaut la meilleure des campagnes publicitaires.
Il nous appartient maintenant de faire découvrir les charmes de nos quatre saisons à ces centaines de milliers de visiteurs pour qu'ils deviennent nos ambassadeurs. Pour ce faire, les citoyens et les gens d'affaires ont un rôle essentiel à jouer : leur prodiguer mille attentions, agir avec courtoisie et civisme. Il faut d'ailleurs savoir gré aux employés municipaux d'avoir agi de façon responsable en évitant de perturber les festivités sans pour autant renoncer à leurs revendications.
Malgré des pluies abondantes qui ont éprouvé la patience des organisateurs et des festivaliers, ces derniers ne s'empêchent nullement de participer. Il fallait voir ces marées humaines prendre les rues d'assaut, après le feu d'artifice, à minuit, pour réaliser à quel point le centre-ville, le Vieux-Port et le Vieux-Québec doivent être rendus aux piétons lors de grands spectacles. Même la police était débordée!
La Ville doit revoir sa gestion de la circulation lors de pareils événements pour laisser toute la place au RTC — qui a fait du bon boulot, soit dit en passant! — et aux véhicules d'urgence, en laissant les automobilistes à l'extérieur de tels périmètres.
Quant aux touristes, leur enthousiasme est réjouissant. Ils renouent avec émotion avec leurs racines, foulant les mêmes rues que leurs ancêtres. Québec fait partie de leur imaginaire.
C'est un peu ça, cette âme de Québec qu'évoquait le cardinal Marc Ouellet en parlant de Samuel de Champlain, le 3 juillet. Il appartient maintenant à ses citoyens et à ses élus d'en préserver la qualité de vie et l'harmonie, et de l'orienter vers l'avenir.