Les propriétaires de la résidence du Havre estiment que sans les différends entre les deux municipalités, le bilan du brasier ayant fait 32 morts aurait été moins dramatique.

Rivière-du-Loup nie une rivalité entre ses pompiers et ceux de L'Isle-Verte

La municipalité de Rivière-du-Loup nie toute tension entre son service d'incendie et celui de L'Isle-Verte. Une situation pourtant décriée dans la poursuite de 3,8 millions $ intentée par les propriétaires de la résidence du Havre contre l'administration municipale de L'Isle-Verte.
Dans un document déposé devant la Cour supérieure le 22 juillet, Roch Bernier et Irène Plante, propriétaires de la résidence pour personnes âgées du Havre, ainsi que leur assureur, réclament 3,8 millions $ en dommages-intérêts à la municipalité de L'Isle-Verte.
Dans le document, ils évoquent des «tensions connues et non résolues» entre L'Isle-Verte, ses pompiers et leurs homologues de Rivière-du-Loup. Des tensions qui selon eux auraient «contribué à [un] manque de planification» de l'opération d'urgence, le soir du 23 janvier. Les poursuivants estiment que sans ce genre de «fautes lourdes et grossières», le bilan du brasier ayant fait 32 morts aurait été moins dramatique.
Or, la Ville de Rivière-du-Loup a nié toute tension, lorsque questionnée par Le Soleil à la suite du dépôt de la poursuite. «Il n'y a pas de tension comme telle», tranche Monique Bouchard, porte-parole de la municipalité. Cette dernière, après consultation avec la direction du service incendie, affirme que si Rivière-du-Loup avait été demandée en assistance, elle se serait portée au secours de L'Isle-Verte. «Mais la Ville n'a pas été impliquée. Ni avant, ni pendant, ni après autrement qu'à l'étape de la recherche des victimes.» Des tensions, répète-t-elle, «il n'y en a pas».
Christian Chenard-Guay, chef de la prévention incendie à la MRC de Rivière-du-Loup, est demeuré distant par rapport à la poursuite.
Travailler ensemble
Interrogé sur les allégations de tensions entre municipalités, il a lancé le même message qu'à Rivière-du-Loup. «On ne peut pas parler de rivalité en ce moment. Les gens sont plus fervents [qu'avant] à collaborer entre eux autres. On est plus dans ce mode de fonctionnement là. [...] C'était peut-être vrai il y a vingt ans...» soutient-il, ajoutant que la base même des schémas de couverture de risques reposait sur l'entraide.
Selon lui, depuis l'application de ces schémas, les municipalités n'ont plus le choix de travailler ensemble même si des guerres de clochers pouvaient subsister. «Quand on arrive, on met ça de côté et on travaille ensemble.»
Selon le schéma de couverture de risques de la MRC de Rivière-du-Loup, le premier de l'histoire de la MRC, il n'existe aucune entente d'entraide mutuelle entre Rivière-du-Loup, municipalité la mieux équipée de la MRC, et L'Isle-Verte. Une information confirmée par M. Chenard-Guay. Il rappelle cependant que la Loi sur la sécurité incendie oblige les pompiers d'une municipalité à se déplacer si une demande d'aide est formulée. Et ces ententes «encadrent surtout l'aspect financier» d'une demande d'aide, explique-t-il. Sans ces partenariats, les coûts de mobilisation du renfort peuvent être plus élevés ou plus difficiles à déterminer. Mais «entente ou non, ils [les pompiers] vont venir quand même». 
Dans la poursuite déposée contre L'Isle-Verte, les avocats déplorent que le service incendie de la municipalité ait plutôt demandé de l'aide de Saint-Éloi, de Trois-Pistoles, de Cacouna, de Saint-Paul-de-la-Croix et de Saint-Arsène. Or, ces villes figurent toutes dans le schéma de couverture de risques parmi les municipalités les plus aptes à réagir rapidement pour soutenir L'Isle-Verte. Certaines d'entre elles sont situées dans la MRC voisine, celle des Basques.
L'absence de camion-échelle
Dans les jours suivant la tragédie de L'Isle-Verte, plusieurs observateurs se sont indignés qu'aucun camion-échelle n'ait été demandé pour secourir les locataires de la résidence du Havre. La poursuite des propriétaires de la résidence du Havre va dans le même sens et déplore que L'Isle-Verte ait fait appel à des municipalités «moins bien équipées» que Rivière-du-Loup.
Après vérification, tous les intervenants interrogés par Le Soleil ont assuré que seule la municipalité de Rivière-du-Loup possédait ce genre d'équipement dans la MRC. Mais selon une source bien informée et digne de foi, il aurait fallu au moins 30 minutes à un camion-échelle pour se rendre sur les lieux de l'incendie de L'Isle-Verte depuis Rivière-du-Loup. Cet intervenant en sécurité incendie explique que ces véhicules sont lourds, lents, et qu'il faut au moins 5 à 10 minutes pour l'installer une fois sur place. Au mieux, l'équipement aurait été fonctionnel près de 45 minutes après l'arrivée sur les lieux du chef incendie de L'Isle-Verte, qui lui, selon le schéma de couverture de risques de la MRC, a un délai de 15 minutes pour s'y rendre.