Richard Mill: tableaux couronnés

Richard Mill coiffe ses tableaux en déposant sur eux un objet ancien, un outil, un poids, ou un mot inscrit au stencil. Le corps des toiles est fait d'une teinte monochrome où dansent des silhouettes féminines, et leurs pieds, eux, s'effilochent en coulis de peinture sur la toile brute.
Il est une fois encore fascinant de constater comment la pratique du peintre a pu naître de l'influence du minimalisme américain et se nourrir de la foisonnante sensualité philosophique des mythes grecs. Pourquoi? «Parce que ce sont les mythes fondateurs de notre psyché», répond simplement Mill, qui a comme toujours la barbe glorieuse et l'étincelle dans l'oeil.
Mariage de toiles réalisées ces dernières années et de sculptures totémiques faites d'objets trouvés et de poutres de galeries dénichées chez les brocanteurs et encastrées entre trois planches de bois brut qui évoquent un peu les caisses de transport des musées, l'exposition présentée à la galerie Lacerte mélange l'ancien et le nouveau. «Et l'ancien n'est pas respecté. Les antiquaires seraient outrés de voir que j'ai mis aussi épais de peinture sur de si vieilles poutres», indique Mill. «Je voulais que les objets soient évocateurs, qu'ils puissent devenir des symboles.»
L'objet et son pouvoir d'évocation sont d'ailleurs une des lignes directrices du travail de l'ancien professeur de l'École des arts visuels, qui conçoit aussi bien des tableaux-objets que des objets-sculptures, et insère cette fois des objets trouvés dans les coiffes des toiles. Pour l'une d'elles, ce sont des entonnoirs et embouts fabriqués par des chaudronniers, pour deux autres, ce sont les lourdes lames d'anciennes haches, et pour une autre encore, c'est un niveau. «Ce sont souvent des instruments de mesure, des outils», précise l'artiste, qui travaille aussi avec des fils à plomb.
La forme, la couleur, la texture, bref les propriétés formelles de l'objet deviennent le point de départ de la toile, qui prend parfois la teinte exacte de celui-ci.
L'oeuvre qui porte l'inscription La source est inspirée d'un tableau du même nom d'Ingres, montrant une jeune fille nue déversant l'eau d'une cruche. La hanche gauche est saillante, et cette courbe a été reprise par Mill. Echo, la nymphe amoureuse de Narcisse, est aussi la répétition d'une silhouette féminine, alors que les multiples touches d'Ulysse évoquent un torse en cuirasse.
Moment charnière
Autre constante : la verticalité, «l'homme debout», insiste Richard Mill, qui clôt une phase de création avec les mots (faits au stencil, toujours les mêmes, stencil qui appartenait à son grand-père arpenteur et qu'il utilise depuis l'enfance) et ouvre une nouvelle phase avec les objets. L'exposition présentée à Québec saisit tout à fait le moment charnière entre ces deux périodes de création.  
L'exposition se poursuit jusqu'au 15 avril au 1, côte Dinan, Québec.
Info: 418 692-1566
<p>Serge Clément expose sa collection personnelle de livres photos.</p>
<p>OBV présente <em>Vingt maquettes</em></p>
---------------
Serge Clément et OBV à VU: la part invisible
Serge Clément est un photographe à la feuille de route bien garnie, mais c'est en tant que collectionneur et passionné de livres photographiques qu'il présente 70 ouvrages rassemblés sous le titre Constellations chez VU Photo. En complément, Olivier Bhérer-Vidal propose 20 maquettes de livres à manipuler et à différents états d'achèvement.
Dans Constellations, le contenu des livres est soit inaccessible (puisque les livres sont fermés et sous un plexiglas) ou morcellé (lorsque les livres sont ouverts ou que la reproduction d'une page est affichée au mur). Dans Vingt maquettes, le contenu des livres est partiel parce qu'inachevé. Dans les deux cas, le visiteur se doit d'imaginer le contenu caché ou manquant et composer mentalement des séquences d'images, un exercice qui lui permet de comprendre le principe même du livre photographique.
On retrouve des éléments du travail artistique de Serge Clément - une photographie de questionnement, qui navigue du commentaire social au récit poétique - dans les ouvrages de sa collection, rassemblés sous des thématiques intuitives. Sur une première table, «mes premières influences, des livres qui privilégient des séquences d'images qui racontent quelque chose», indique l'artiste, qui a aussi exposé sur une seconde «la photographie vernaculaire, ces images qu'on dit pauvres, prises par n'importe qui ou trouvées». Différents portraits de pays composent un autre ensemble, alors qu'une dernière table, plus hybride, est consacrée aux éléments de la nature, au territoire et à une variété d'ouvrages sur le cochon.
Dans L'espace européen, l'exposition d'OBV propose une intéressante suite. L'une de ses maquettes contient un inventaire imagé de toutes ses possessions, un autre des extraits des enseignements du maître indien Prajnânpad et des espaces prêts à accueillir des images des positions de lecture suggérées pour les lire... Les visiteurs sont invités à manipuler les livrets, dans lesquels marques et traces de crayons plomb permettent de marquer le processus, la démarche suspendue. 
Constellations et Vingt maquettes sont présentées jusqu'au 20 avril au 550, côte d'Abraham.