Richard Mill à La Galerie des Arts Visuels et au 36: Marier Nyx et Dédale

«Si le tableau est tout pe tit et à la hauteur des yeux, ça devient une image, une fenêtre à travers laquelle on regarde. Tandis que là, c'est un objet qui se donne à nous, qui agit dans l'espace réel», explique Richard Mill, au milieu de la Galerie des arts visuels où il présente ses tableaux récents.
Ceux-ci, grand format, sont fixés tout près du sol; comme de grands miroirs opaques, des surfaces colorées où mirer son mal de vivre, sa joie ou ses réflexions. «Ça retourne, mais d'une façon très différente, à l'esprit de ses tableaux des années 70, explique le retraité de l'École des arts visuels. Je retrouve cet aspect minimal, cette simplicité dans l'image.» Le résultat, s'il a une aura de déjà-vu, a toutefois un effet apaisant, une profondeur intéressante.
Au pourtour des toiles, on déchiffre des mots et des noms inscrits à l'aérosol : «Cariatide», le nom des jeunes femmes qui dansaient pour la déesse Artémis et celui des sculptures de femmes qui tiennent lieu de colonnes dans certains temples grecs, «Nyx», la déesse de la nuit (d'un noir mat, anthracite, dira l'artiste, qui a repeint sur une ancienne toile) ou «Callipyge», qui renvoie aux sculptures de Vénus la montrant en train de s'admirer les fesses.
Ces références féminines sont voluptueuses, ingénues, mystérieuses, «des clins d'oeil léger qui ajoutent à la toile abstraite», commente Mill. Celle où on lit Cariatide, une grande toile rouge à l'honneur face à l'entrée de la galerie, est accompagnée de quel­ques poutres de galerie placées à la verticale, des ready-made dénichés par l'artiste chez un brocanteur qui rappellent de façon ludique les fameuses colonnes grecques.
De part et d'autre se tiennent les toiles «masculines», inspirées d'Icare, le jeune insouciant qui s'est brûlé les ailes, et de Dédale (remarquable, on y sent vraiment le geste de l'artiste, le noir profond qui ressemble à du velours sur le fond blanc), son père, l'homme mûr, le concepteur du labyrinthe du Minotaure et l'inventeur du fil à plomb, devenu avec le temps un objet fétiche pour Richard Mill.
On retrouvera d'ailleurs plusieurs poids dans l'exposition Quel­ques petites sculptures présentée à la Galerie Le 36, où l'artiste a rassemblé des objets trouvés, parfois modifiés, et souvent encastrés dans des cases de bois qui rappellent des poutres d'acier. Un mât de drapeau, une flèche de chasse (pour Éros), des poutres, des fils à plomb... autant d'objets à connotation symbolique qui évoquent la verticalité, «l'homme, l'animal qui se tient debout», souligne l'artiste. Entre artefacts et personnages, ces oeuvres entourent le visiteur comme une peuplade pacifique, les enfants improbables de Nyx et Dédale.
Richard Mill - Tableaux récents se poursuit à la Galerie des arts visuels (255, boul. Charest Est), du mercredi au dimanche de 12h à 17h, jusqu'au 18 décembre.
Info : 418 656-2131, poste 3887.
L'exposition Quelques petites sculptures se poursuit à la Galerie Le 36 (36, rue Couillard), vendredi, samedi et dimanche de 14h à 17h), jusqu'au 11 décembre.
Info : 418 692-1806.