L'ancien vice-président du comité exécutif de la Ville de Québec, Richard Côté, confirme être allé voir le Canadien de Montréal «une fois, peut-être deux», mais que depuis l'adoption de la Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale adoptée en juin 2010, il affirme n'avoir «rien fait».

Richard Côté au hockey grâce à Roche

Contrairement à ce qu'il a affirmé quand son nom est sorti à la commission Charbonneau, Richard Côté, ancien vice-président du comité exécutif de la Ville de Québec, a bel et bien reçu des billets de hockey de la part de la firme d'ingénieurs Roche. Du temps où il était conseiller municipal à Vanier, M. Côté a aussi séjourné au chalet de pêche de BPR.
Après la publication du dernier démenti de M. Côté, le 18 juin, Le Soleil a obtenu des informations d'une source crédible ayant requis l'anonymat qui confirme les révélations faites dans les jours précédents à la commission d'enquête sur l'industrie de la construction.
Celui que l'on désigne comme le témoin A - ingénieur dont on sait qu'il a été un employé de BPR et de Roche, mais dont l'identité est protégée - a alors soutenu devant les commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance que Richard Côté avait expressément demandé et reçu «plusieurs fois» des billets de hockey des Canadiens de Montréal et des laissez-passer du club de golf de calibre international La Tempête, situé à Lévis.
Un courriel datant de 2009 a été montré en preuve. Il fait état d'une demande de billets de hockey. Le nom et la fonction de M. Côté sont clairement indiqués.
Le conseiller municipal, qui a quitté volontairement son poste aux élections de novembre, a tout nié en bloc sur le coup. Il a d'abord avancé l'hypothèse qu'il s'agissait d'un autre Richard Côté, puis il a évoqué une vengeance et appelé un avocat à la rescousse, disant vouloir «laver son nom».
Or, un employé au niveau administratif de Roche a vu passer des documents confirmant que l'ancien bras droit de Régis Labeaume a lui-même réclamé et reçu des billets de hockey du Canadien de Montréal à plusieurs reprises depuis au moins 2006 et jusqu'en 2009 assurément. Certains ont été livrés directement à son domicile, selon cette personne.
Plusieurs conseillers municipaux ont raconté qu'au lendemain de l'élection de 2009, le maire Labeaume avait bien expliqué aux membres de son équipe qu'il était strictement défendu d'accepter le plus petit cadeau ou la moindre des faveurs. L'exemple des billets de hockey avait même été utilisé.
M. Côté, réélu dans le district de Vanier avec 88 % des suffrages le 1er novembre de cette année-là, a reçu des billets pour le Canadien après cette date, selon nos informations.
Toujours selon notre source, le politicien a également obtenu de Roche des laissez-passer pour jouer au club de golf La Tempête à plusieurs reprises depuis l'ouverture en 2005. Généralement, un ingénieur de la firme l'accompagnait.
À noter que Serge Dussault, actuel président du conseil d'administration de Roche et promoteur immobilier sur la Rive-Sud de Québec, est président et copropriétaire de La Tempête, l'un des terrains les plus prestigieux de la région de Québec.
«Tout avant la loi»
Confronté à ces informations par Le Soleil, cette semaine, Richard Côté s'est d'abord défendu d'avoir demandé avec «acharnement» des billets à quiconque. Il répondait en cela au témoin A, qui a affirmé qu'il était «souvent» sollicité pour des billets de hockey et qu'il pouvait jouer «deux à trois fois par année» au golf avec le conseiller municipal.
Au fil de la conversation téléphonique, l'ex-politicien a fini par admettre qu'il avait déjà reçu des billets de hockey, mais a précisé que c'était avant l'adoption de la Loi sur l'éthique et la déontologie en matière municipale adoptée en juin 2010.
«Tout avant la loi, ça se peut que j'en aie eu», a-t-il d'abord laissé tomber. Puis, un peu plus tard : «Dans les premières années, je suis peut-être allé deux fois [au hockey]. Je dis ça de même.»
M. Côté est encore affecté par les révélations de la commission Charbonneau. «Quand j'ai commencé en 1995, 100 % des élus avaient des billets. C'était comme de la représentation pis c'était normal. C'était pas rien que le hockey, c'était partout. C'est comme si là, on fait un plat, on est des criminels, on a tué quelqu'un, je ne sais pas c'est quoi que vous cherchez», a-t-il lancé. «Je n'ai jamais profité d'argent monétaire», a-t-il martelé un peu plus tard, rappelant qu'il n'était pas responsable des dossiers d'ingénierie à la Ville de Québec.
Notre interlocuteur a laissé entendre que c'était le témoin A, qu'il dit avoir identifié, qui le «harcelait» et qui l'aurait piégé en lui disant : «Envoie-moi donc un petit courriel pour me confirmer ça.» Il a même soutenu que ce contact aurait tenté de le corrompre alors qu'il était conseiller municipal à Vanier, mais refuse de raconter l'histoire au complet. «Je vais la raconter à la bonne place. Ça va être à la commission Charbonneau que je vais la raconter», a-t-il statué, référant au travail de son avocat.
À la toute fin de la discussion, alors qu'il se défendait d'avoir menti aux médias dans les jours suivants les révélations, l'ancien élu a fait ce résumé : «Moi, je savais que depuis la loi, je n'avais rien fait, ça, c'est sûr, mais qu'avant 2010, je suis allé une fois, peut-être deux, oui. Est-ce que c'est moi qui les a eus directement [les billets]? J'ai peut-être demandé pour mon fils. À un moment donné, je me souviens que j'avais demandé des billets pour mon fils à deux ou trois personnes. De là à ce que je harcelais ce gars-là, ça, c'est sûr, sûr, je le jure que c'est pas vrai.»
Quant au golf, M. Côté dit maintenant avoir le souvenir d'avoir joué avec celui qu'il croit être le témoin A, mais réfute toute gratuité. «Dans les tournois, ils nous mixaient avec toutes sortes de monde. Oui, j'ai déjà joué avec. Mais que lui ait payé pour moi? S'il a payé pour moi, je ne le savais pas», a-t-il continué de dire.
Notre source est pourtant formelle voulant que M. Côté ne n'a pas pu alors ignorer qu'il s'agissait d'un cadeau.
À la pêche au chalet de BPR
Plusieurs membres du conseil municipal de Vanier, dont faisait partie Richard Côté de 1995 à 2001, se sont rendus au chalet de pêche de la firme de génie-conseil BPR, situé au lac Wilkin, près de La Tuque.
Robert Cardinal, qui a été maire de Vanier de 1987 à 2001, a confirmé les informations obtenues par Le Soleil. En entrevue téléphonique, ce dernier a rapidement concédé qu'il avait fréquenté l'endroit «plus dans les années 90». Il était alors accompagné d'autres conseillers municipaux, dont Richard Côté qu'il a identifié nommément.
M. Cardinal a d'abord déclaré être allé au lac Wilkin «au moins une fois» et avoir payé son séjour. «Pour pas que ça porte ombrage à la politique, je demandais le coût et je faisais un chèque», a-t-il dit. Plus tard, l'ancien politicien a corrigé en disant s'y être rendu «à quelques reprises» et que «c'est possible qu'on n'ait pas remboursé», car les dépenses (transport en avion et frais de séjour) étaient payées d'un bloc par BPR.
L'ancien maire a fait valoir que ces invitations étaient acceptées en toute amitié avec des dirigeants et employés de la firme et qu'elles n'ont jamais altéré son jugement. «Quand on travaille avec des gens, c'est des professionnels de toute façon, on se lie d'amitié. Un moment donné, ça ne change rien parce que moi, j'ai déjà mis à la porte une firme d'ingénieurs avec qui j'avais des bonnes relations, mais qui ont mal fait un dossier», a-t-il fait valoir.
M. Cardinal a ajouté qu'un ingénieur, employé de la Ville de Vanier, vérifiait toutes les factures des sous-traitants, qui étaient toujours nombreux à répondre aux appels d'offres.
Il a déploré que la commission Charbonneau braque les projecteurs sur des activités de socialisation comme elle le fait pour des dossiers de corruption. «Je trouve ça triste parce qu'on passe tous pour des pareils», a soupiré le septuagénaire.
«Moi, j'ai payé»
Il a fallu que Le Soleil brandisse le témoignage de l'ex-maire pour que Richard Côté se souvienne des événements, qu'il a situés dans «la première ou la deuxième année» de son entrée en politique à Vanier.
«Moi, j'ai payé. C'est vrai, mais j'ai payé. Je sais que dans le groupe, il y a des gens qui étaient invités. Moi, j'ai dit "non, moi je paie parce qu'il n'est pas question". J'ai même payé en argent, là-bas, parce qu'ils ne voulaient pas que je paie. J'ai dit "c'est bien de valeur, devant témoin, je paie. Donc si tu veux pas faire payer les autres, il y a pas de problème"», a-t-il raconté.
Le témoin A, qui a livré un témoignage étoffé devant la commission d'enquête sur l'industrie de la construction, a aussi révélé que plusieurs politiciens municipaux et provinciaux ont pêché au lac Wilkin aux frais de BPR, qui soignait ainsi ses relations avec les donneurs d'ouvrage du secteur public.
L'ingénieur a notamment impliqué le président de l'Assemblée nationale, le libéral Jacques Chagnon, et quelques députés et anciens députés tant libéraux que péquistes. Quant aux élus municipaux, il a dit que «dans l'est du Québec, ça serait plus facile de nommer les municipalités qui n'ont pas... qui ne sont pas venues au camp de pêche».