Bernard Labadie

Revue de l'année: la musique classique et ses fantômes

En coulisses de la kyrielle de concerts inventifs et magnifiques présentés cette année à Québec par l'Orchestre symphonique, les Violons du Roy, le Club musical et l'Opéra de Québec, les fantômes inquiétants des déficits et de la maladie rôdaient. Tout porte à croire, heureusement, qu'ils sont maintenant apaisés.
Un grand absent
Mélomanes et musiciens ont été bien inquiets cette année pour la santé du chef Bernard Labadie, à qui on a diagnostiqué un lymphome en mai. Le traitement, qui l'a contraint à annuler tous ses engagements de la saison, suit heureusement son cours normal, si bien que le maestro a annoncé en octobre qu'il serait de retour au pupitre en 2015-2016. Il avait déjà décidé de quitter la direction musicale des Violons du Roy pour porter le titre de chef fondateur, tout en continuant d'assurer la direction artistique de La Chapelle de Québec.
La saga des conservatoires
Les conservatoires de musique en région commencent à lancer des cris d'alarme en septembre alors que des documents administratifs laissent présager leur fermeture à cause d'un déficit accumulé de 14 millions$. Le public et les artistes sont nombreux à manifester leur désaccord par une pétition, des manifestations et des lettres aux journaux. Le 24 septembre, tous les musiciens de l'OSQ formés dans les conservatoires restent en coulisses au début du concert, faisant avec classe l'éloquente démonstration de l'importance du réseau pour l'avenir des grands orchestres. La ministre David annonce au début octobre que la proposition de fermer cinq conservatoires est rejetée, et deux têtes dirigeantes du réseau quittent leur poste.
Deux fois l'Europe pour les Violons du Roy
Les Violons du Roy ont connu une année exceptionnelle sur la scène internationale en faisant notamment deux tournées en Europe. La première en janvier, avec la mezzo-soprano Magdalena Kožená et le chef Bernard Labadie, où ils se rendent dans quatre capitales (Londres, Paris, Bruxelles et Berlin), et la seconde en octobre avec le pianiste Alexandre Tharaud et le chef Jonathan Cohen pour une dizaine de concerts en France, en Allemagne, en Espagne et en Slovénie.
La transparence de l'OSQ
La directrice générale de l'Orchestre symphonique de Québec, Thérèse Boutin, et le nouveau président du conseil d'administration, Jean-Yves Germain, ont tenu à rencontrer les médias à la fin octobre pour faire le point sur la situation financière et l'avenir de l'institution, qui traîne un déficit accumulé de 1,9 million$. L'entreprise privée à but non lucratif a préparé et rendu public un rapport annuel pour la première fois. Grâce à une restructuration de l'administration, à des mises à pied et à des négociations avec les musiciens, l'OSQ a fait passer son déficit opérationnel de 946 000 $ à 137 000 $ en un an. Des efforts de démocratisation et de séduction auprès du public sont déjà enclenchés, heureusement.
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Quelques concerts mémorables
L'Orchestre symphonique de Québec a offert un «exploit drôle et féerique», selon notre journaliste Richard Boisvert avec Songe d'une nuit d'été, accompagné par la musique de Mendelssohn et dirigé par Fabien Gabel, en avril
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Des fleurs dans les canons, de Louis-Jean Cormier et l'OSQ, a été présenté deux soirs à guichet fermé et avec raison. La rencontre, juste avant Noël, a fait des étincelles.