François Bellefeuille

Revue de l'année: des rires qui se démarquent

En humour, il y a ceux qui font toujours jaser: ces derniers temps, Sugar Sammy et ses pubs qui piquent les susceptibilités ont certainement remporté la palme, suivis de pas trop loin par les montées de lait de Jean-François Mercier ou les envolées trash de Mike Ward. Il y a aussi ceux qui débarquent avec fracas : à ce chapitre, la machine comique des Morissette qui s'est mise en branle cet automne et qui promet d'en mener (encore plus...) large semble difficile à détrôner. Et il y a finalement ceux qui innovent, qui s'inventent ou se réinventent, qui traversent le temps. Voici quelques propositions qui se sont démarquées sur les scènes de Québec dans la dernière année.
L'original: François Bellefeuille
Vu le 12 février à la salle Albert-Rousseau
Difficile de rester de glace devant le personnage hirsute, intransigeant, colérique et complexé créé par François Bellefeuille. En lançant officiellement son premier one-man-show, le vétérinaire devenu comique a prouvé qu'il a tout pour s'imposer parmi les gros joueurs de l'humour au Québec. Originale, surprenante et bourrée de personnalité, sa prestation se révèle aussi intense qu'efficace. Et si on craignait pour nos oreilles et nos nerfs avant de plonger dans son univers (prises hors contexte, les interventions du névrosé à l'indignation facile pouvaient se révéler quelque peu assourdissantes), l'échafaudage bien monté et autrement plus nuancé du spectacle complet a eu tôt fait de nous rassurer. Plusieurs supplémentaires figurent à son agenda cet hiver (francoisbellefeuille.com).
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Le constant: François Morency
Vu le 3 mars à la salle Albert-Rousseau
Cinq ans se sont écoulés entre la fin de sa dernière tournée et le début de celle-ci, mais on peut conclure que François Morency n'a pas perdu la main pendant qu'il était occupé ailleurs. Dans un spectacle articulé autour du thème de la peur et bien ancré dans ses racines de Québec, il a remis son chapeau d'humoriste de convaincante façon. Furieusement calme puise dans des sujets rassembleurs et réserve quelques bons punchs, dont se sont régalés les fans réunis à la salle Albert-Rousseau lors de la première. Des retrouvailles qui ont touché la cible à plus d'un égard. Prochain rendez-vous au Grand Théâtre le 7 février.
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La star: Jerry Seinfeld
Vu le 14 juin au Pavillon de la jeunesse
Pour ses 15 ans, le Grand Rire a marqué un bon coup en attirant dans la capitale cette mégastar de l'humour et de la télé: la réputation de Jerry Seinfeld n'est plus à faire, même dans notre bassin de rires essentiellement francophones. Si le prix à payer pour le voir de près était plutôt élevé - jusqu'à 300 $ pour une prestation d'une heure - et qu'on aurait été en droit d'espérer un petit rappel, le comique a néanmoins livré ce qu'on attendait de lui: de l'humour d'observation finement ciselé et un texte livré avec une redoutable efficacité.
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Les prometteuses: Mariana Mazza et Virginie Fortin
Vues le 12 mai à la salle Albert-Rousseau
En voilà deux qui ont compris à quel point l'union fait la force quand vient le temps de faire sa place dans un milieu compétitif comme celui de l'humour. Mariana Mazza et Virginie Fortin ont monté un plateau double bien assis sur leurs contrastes: la première est une tornade qui parle plus vite que son ombre, la seconde se dévoile comme une observatrice plus posée. Armées de points de vue originaux et de textes sans filtre, les deux comiques sortent chacune à leur manière gagnantes de l'exercice. Et elles prouvent à ceux qui en doutaient que la relève humoristique est bien assurée sur les planches. Elles seront de retour à la salle Albert-Rousseau le 20 avril.
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Les comédiens: Emmanuel Bilodeau et Valérie Blais
Vus le 4 nov. à la salle Albert-Rousseau et le 2 déc. au Grand Théâtre
On les connaissait tous deux comme comédiens, le hasard a fait qu'ils ont plongé pratiquement en même temps dans le bain de l'humour avec un premier spectacle solo. Alors qu'Emmanuel Bilodeau mise sur ses anecdotes familiales et le récit absurde de ses angoisses - tous deux livrés avec un débit essoufflant -, Valérie Blais mord à belles dents dans les thèmes de la maternité tardive, de la grâce (ou du manque de...) et du conflit des générations. Dans des registres plutôt différents, l'un comme l'autre prouve à quel point les nuances d'interprétation qui viennent avec un passé de comédien peuvent être payantes en humour. Bilodeau revient à la salle Albert-Rousseau le 19 février et le 12 octobre, Blais est attendue au même endroit le 14 mai.