Mark Messier et Wayne Gretzky lors d'un des deux matchs disputés entre l'équipe de l'U.R.S.S et les Étoiles de la LNH.

Rendez-vous 87: rencontres au sommet

C'était au lendemain du flop de Québec 84. La ville avait besoin d'un souffle nouveau et les Nordiques venaient de se voir attribuer le Match des étoiles de la LNH. Rendez-vous 87 allait faire fi du format privilégié pour proposer un véritable sommet sportif et culturel international. Au terme des huit jours d'activités, les Étoiles de la LNH et de l'U.R.S.S. avaient divisé les honneurs des rencontres disputées les 11 et 13 février. Un match nul dont tout le monde du hockey est ressorti gagnant.
C'était il y a 30 ans. L'Est et l'Ouest étaient toujours divisés par le rideau de fer. Les États-Unis avaient pour président un acteur nommé Ronald Reagan, le Canada pour premier ministre un Baie-Comois appelé Brian Mulroney. Le Canadien de Montréal venait de remporter la Coupe Stanley grâce à la jeune sensation Patrick Roy. Aussi bien dire que c'était un autre monde!
C'était aussi quatre ans avant la dissolution de l'U.R.S.S., à une époque où les styles de hockey soviétique et nord-américain ne s'étaient pas encore amalgamés, bien que certaines grandes compétitions telles que la Série du siècle et la Coupe Canada avaient permis de lever le voile sur des systèmes de jeu bien distincts. 
Chaque choc de nature internationale suscitait donc un vif intérêt. Et Rendez-vous 87 ne fut pas différent, bien qu'il s'agissait plutôt de la rencontre de deux cultures de hockey.
D'un côté, la LNH s'était montée une équipe bardée de vedettes, alignant les Gretzky, Lemieux, Messier, Kurri, Bossy, Bourque, Coffey, Fuhr et Goulet. Une force de frappe dirigée par Jean Perron et habituée de jouer sur les petites patinoires nord-américaines. De l'autre, le talentueux club de l'Armée rouge s'amenait avec son jeu cohésif, son illustre ligne KLM (Vladimir Krutov, Igor Larionov et Sergei Makarov) et une nouvelle génération de redoutables attaquants tels que Valeri Kamensky, sous la direction de Viktor Tikhonov.
«On était bourrés de talent. Eux aussi avaient des joueurs au faîte de leur carrière, comme la célèbre ligne KLM, mais les deux équipes, autant la LNH que les Soviétiques, avaient un mélange de jeunes joueurs aussi. Eux, ils avaient Kamensky. Nous, on avait Claude Lemieux et moi», a raconté Kirk Muller qui, alors âgé de 21 ans, venait d'être nommé capitaine des Devils du New Jersey. «Étant si jeune, c'était un honneur d'être dans le vestiaire avec des gars comme Wayne Gretzky. En même temps, il fallait que je me prépare bien, si je voulais être capable de jouer avec eux!»
Les légendaires Vladislav Tretiak, Gordie Howe et Jean Béliveau étaient parmi les invités de marque de Rendez-vous 87.
Même le coach était impressionné
Les vedettes de la LNH avaient été sélectionnées par Serge Savard, Glen Sather et Bob Pulford. Sur papier, la formation avait de quoi impressionner.
«Lors de notre première rencontre au Colisée, j'ai été impressionné de voir Wayne Gretzky, Mark Messier, Raymond Bourque et Paul Coffey assis devant moi», lance Perron, qui était appuyé par Bob Johnson, Michel Bergeron et Tom Watt. «C'était quelque chose de voir toutes ces vedettes de la Ligue nationale réunies dans une même salle et de devoir leur dire comment jouer pour battre les Soviets! Moi, j'avais bien plus envie de leur demander leur autographe!»
La LNH avait remporté le premier match 4-3 grâce à un but de Dave Poulin, avec 1:15 à faire en troisième. Kurri, Anderson et Dineen avaient été les autres marqueurs des Étoiles. La réplique était venue de Kasatonov, Bykov et Semenov. Deux jours plus tard, l'U.R.S.S. prenait sa revanche dans une victoire de 5-3, grâce à des réussites de Kamensky (2), Krutov (2) et Khomutov. Du côté des Nord-Américains, Messier, Wilson et Bourque avaient trouvé le fond du filet.
«On avait une bonne lecture de l'Union soviétique, à ce moment-là. Mais là où on s'est fait avoir, c'est qu'on n'avait pas une bonne lecture de la ligne des kids, de l'autre bord, les Bykov, Komutov et Kamensky, que les Nordiques allaient éventuellement repêcher. Ces trois gars-là avaient tellement bien paru dans le deuxième match! C'est eux autres qui nous avaient battus, les chenapans!» déplore Perron, qui se rappelle avoir vu Kamensky déjouer  Bourque «comme un enfant d'école».
Le défilé de nuit du Carnaval de Québec avait fait place au hockey, proposant 21 chars aux couleurs des équipes de la LNH.
Le trophée au Temple
Avec le recul, Muller estime que les entraîneurs des deux formations avaient abattu tout un boulot, considérant le peu de temps de préparation dont ils avaient disposé. «À l'époque, on tentait encore de se familiariser avec le style de jeu soviétique. Ils avaient un système tellement différent du nôtre! [...] Ce sont assurément les deux matchs les plus excitants et les plus rapides auxquels j'ai eu la chance de participer dans toute ma carrière.»
Ils étaient nombreux à avoir espéré un troisième match afin de pouvoir remettre le trophée de Rendez-vous 87 au vainqueur. À la place, les capitaines, Wayne Gretzky et Vyacheslav Fetisov, ont échangé leurs chandails au centre de la glace. Quant au trophée, il est exposé au Temple de la renommée.
Rendez-vous 87 demeurera néanmoins parmi les rencontres internationales les plus relevées de l'histoire du hockey. «Ce serait extraordinaire si tous les matchs d'étoiles ressemblaient à RV87! Il y avait une telle euphorie! Mais naturellement, ça avait été tellement grandiose, que plus personne n'a voulu tenter d'égaler ou de surpasser ce que Marcel avait fait...» a laissé entendre Perron.
Muller, lui, n'y croit tout simplement pas dans le contexte de 2017, même si la perspective d'une rencontre entre les étoiles de la LNH et de la KHL intrigue. «Le calendrier de la LNH est déjà tellement exigeant qu'il serait difficile de demander aux joueurs de jouer deux matchs très compétitifs en plein coeur d'une saison très exigeante. Je ne sais pas si c'est encore possible de mettre sur pied un type de compétition aussi intense. Nous avons été chanceux de vivre ça...»
Le beau risque de Marcel Aubut
Attribué aux Nordiques en 1984, le Match des étoiles de 1987 ne serait pas l'événement sans saveur habituellement présenté dans la LNH, s'étaient promis le père de Rendez-vous 87, Marcel Aubut, et ses acolytes Jean D. Legault et Pierre Touzin.
Imaginé sur le bord de la piscine du président des Nordiques par un beau dimanche suivant l'annonce, Rendez-vous 87 visait à mettre le hockey en évidence, mais aussi la ville de Québec, qui en avait bien besoin au lendemain des déboires de Québec 84 et des grands voiliers. C'est ainsi qu'est née l'idée de faire converger vers Québec, outre les meilleurs hockeyeurs au monde, le meilleur de ce que les cultures nord-américaines et soviétiques avaient à offrir. Sans parler d'invités de prestige tels que Wilt Chamberlain et Pelé.
Aubut devait toutefois obtenir l'aval du commissaire de la LNH, John Ziegler, qui s'est facilement laissé convaincre. Les négociations ont été plus ardues avec le directeur exécutif de l'Association des joueurs, Alan Eagleson. Sceptique, il a finalement donné sa bénédiction après qu'Aubut eut pris le risque d'acheter tous les billets pour les deux matchs entre les Étoiles de la LNH et l'Armée rouge, au coût de 100 000 $.
Eagleson était loin de se douter qu'il devrait éventuellement racheter des billets au président des Nordiques, afin de répondre à la forte demande de ses partenaires!
Le Choeur de l'Armée rouge avait participé au gala international présenté au Grand Théâtre.
Éclatant succès
Possédant un budget de 9 millions $, Rendez-vous 87 a été financé en partie par une loterie gouvernementale - la seule du genre dans l'histoire du Québec - mise sur pied par le premier ministre de l'époque, Robert Bourassa. Une équipe d'une centaine de personnes a travaillé à temps plein - et souvent bénévolement! - pendant un peu plus d'un an, et ce sous une pression constante, afin de livrer la douzaine d'événements qui composaient Rendez-vous 87.
L'entreprise aura également été un périlleux exercice diplomatique. À une époque où la guerre froide sévissait toujours, Aubut a dû négocier la participation des Soviétiques avec un interlocuteur de prestige, le ministre des affaires étrangères, Edouard Chevardnadze. Une première rencontre avait eu lieu avec le ministre des affaires extérieures Joe Clark au Canada, puis une deuxième à Moscou.
Le logo de l'événement
Éclatant succès sur toute la ligne, Rendez-vous 87 aura finalement dégagé 2 millions de profits, qui ont été redistribués à des organismes caritatifs de la grande région de Québec.
L'événement aura en outre présidé à la naissance de la mascotte Badaboum et facilité l'arrivée de joueurs russes dans la LNH. Plus particulièrement chez les Nordiques, qui allaient repêcher les Andrei Khomutov, Vyacheslav Bykov, Valeri Kamensky, Alexei Gusarov, Sergei Milnikov et Andrei Kovalenko, dans les années qui allaient suivre.
Hockey, musique, mode et gastronomie
Des chefs canadiens, américains et soviétiques avaient uni leurs efforts pour un dîner gastronomique servi à 2000 convives.
6 au 15 février
Pour la première fois de son histoire, le Temple de la renommée du hockey quittait Toronto pour s'installer au Manège militaire, pour la durée de Rendez-vous 1987. En tout, 4000 pièces de la collection du musée avaient été exposées.
8 février
Télédiffusé dans la francophonie par l'entremise de TF1, le spectacle d'ouverture Chantez-nous la paix mettait en vedette le Ballet du Bolshoi, Autograph, le Choeur de l'Armée rouge, Yvon Deschamps, Jean Lapointe, Robert Charlebois, Gilles Vigneault, Ginette Reno, Diane Tell et Julien Clerc. À la Salle Albert-Rousseau.
9 février
Des chefs canadiens, américains et soviétiques, sous la direction du chef Jean Soulard, avaient uni leurs efforts afin de concocter un dîner gastronomique servi à 2000 convives, au Centre des congrès de Québec. Le réputé gastronome Gérard Delage était patron de l'événement.
10 février
Animé par Alan Thicke, le gala international avait réuni sur la scène du Grand Théâtre une brochette d'artistes canadiens, américains et soviétiques, dont Paul Anka, Glass Tiger, Autograph et Gordon Lightfoot. David Foster avait interprété la pièce-thème de Rendez-vous 87, Rendez-vous for Peace... Love lights the world en compagnie du Choeur de l'Armée rouge.
12 février
Le Show mode international conçu par Dick Walsh avait proposé des pièces tirées des collections printemps-été de plusieurs grands couturiers, dont Jean-Claude Poitras, au Centre des congrès.
12 février
Imbriqué dans Rendez-vous 87, le défilé de nuit du Carnaval de Québec avait fait place au hockey, proposant 21 chars aux couleurs des équipes de la LNH.
12 février
Réunion sur scène des grands noms du rock canadien, américain et soviétique, avec entre autres Gowan, Autograph, et Glass Tiger, au Colisée de Québec.
15 février
Grand spectacle de clôture par des artistes québécois tels que Luba, Marjo, Sylvie Tremblay et Marie-Denise Pelletier, sur la scène extérieure située devant le palais de glace de Bonhomme.