Rena et les monothéismes: envoûtantes confidences

Entendre la grande Nancy Huston interpréter des passages de son roman Infrarouge dans l'intimité d'une chapelle, alors qu'elle immole toutes les incohérences des monothéismes avec des récits charnels où la femme est désirée, désirable et érudite est une expérience dont on ressort transi, désireux de conserver longtemps la voix de l'auteure en mémoire.
Rena et les monothéismes, une lecture-concert de l'auteure des Variations Goldberg, de Cantique des plaines et de L'empreinte de l'ange, et du pianiste compositeur Édouard Ferlet est un parfait prélude pour parler de l'imaginaire des femmes, le thème de cette année du festival littéraire Québec en toutes lettres, qui débutait jeudi soir.
Quelle géante, cette femme! On avait l'impression de se faire chuchoter à l'oreille les passages de son roman. Chaque mot pesé, chaque intonation, des modulations inspirées dans la voix pour interpréter les différents personnages - et ils sont nombreux. Un mot qui accroche çà et là. Née à Calgary, ayant grandi aux États-Unis et vivant en France depuis 1973, Nancy Huston a cet accent indéfinissable auquel certains sons se butent. Pourtant, on saisit tout, on accepte les imperfections comme d'agréables modulations, et on se laisse porter par cette voix. Voix que tous les spectateurs ne pourront omettre d'entendre dès qu'ils ouvriront le roman Infrarouge, qu'on a envie d'aller saisir dans la première librairie venue dès la sortie de la salle.
À ces sons déjà riches se fusionne à la perfection la musique de Ferlet, qui ne se contente pas de laisser ses doigts parcourir le clavier de son piano. Tantôt il pioche à l'intérieur pour imposer un rythme sur le bois, tantôt il égrène ou assemble les notes avec génie. Huston se laisse d'ailleurs aller à danser à plusieurs moments du spectacle, avec la joie sereine d'une femme comblée et libre.
On ne peut s'empêcher d'accoler son image à celle de Rena, son héroïne, une photographe qui parcourt le monde, plonge dans une multitude de cultures, de religions et de relations sexuelles débridées. Suaves, sensuelles, mais racontées avec tant de fines compositions de termes qu'elles ne sont jamais vulgaires, toujours senties.
Tantôt c'est la découverte des juifs orthodoxes d'Outremont, et le récit de cette jeune femme qui réussit à faire trembler de désir l'un d'entre eux, tantôt c'est le lent apprentissage de la sexualité d'un homme trop longtemps confronté aux chairs de sa mère musulmane. Le tout truffé de références littéraires, culturelles, artistiques, qui soulèvent le récit plutôt que de l'alourdir et pimenté de pointes truculentes sur la bêtise et la souffrance des hommes. C'est plein d'humour, d'esprit et d'érotisme.
Rena et les monothéismes est de nouveau présenté vendredi soir à 20h30 à la Chapelle du Musée de l'Amérique francophone. Billet et macaron du festival obligatoires.