«J'ai répondu plusieurs fois à la question, a tenu à souligner Pauline Marois. Lorsque nous choisirons de tenir un référendum, il y aura des débats avec la population. On ne fera pas ça en cachette.»

Référendum: Pauline Marois garde l'agenda ouvert

Même dans l'éventualité qu'elle devienne première ministre d'un gouvernement majoritaire, Pauline Marois ne s'engage qu'à ne pas s'engager à tenir obligatoirement un référendum sur la souveraineté.
Jeudi matin, à Drummondville, à son point de presse, la chef du Parti québécois a évité de se compromettre sur l'hypothèse qui ressurgit à chaque campagne électorale.
«Il n'y a pas d'engagement à tenir un référendum. Il n'y a pas d'engagement à ne pas en tenir. Je crois qu'il faut garder l'agenda ouvert. Personne ne sera pris par surprise.»
Elle a martelé son argument répété, en anglais comme en français. «Nous ne ferons pas de stratégie sur la place publique.» Pourquoi? «Parce que c'est ma prérogative et celle de mon gouvernement», a tranché la première ministre sortante.
«J'ai répondu plusieurs fois à la question, a-t-elle tenu à souligner. Lorsque nous choisirons de tenir un référendum, il y aura des débats avec la population. On ne fera pas ça en cachette. On ne fera pas ça pendant la nuit. Et il faudra un certain consensus.»
Cette ambivalence entourant la consultation référendaire fait en sorte qu'elle ne peut agir comme repoussoir des électeurs. «Si les gens sont intéressés par le programme du PQ, ils devraient voter pour le Parti québécois», a-t-elle lancé.
Mme Marois a refusé de porter une étiquette - «pressée, pas pressée, en temps et lieu» - sur le genre d'indépendantiste qu'elle est. Elle est souverainiste, point à la ligne, a-t-elle tranché.
Sa rencontre avec la presse lui a fourni l'occasion de revenir sur sa décision de déclencher un scrutin pour le 7 avril. Il n'y a pas de partisanerie dans le geste qui va à contresens de la loi pour des élections à date fixe.
Pauline Marois a assuré qu'elle n'est que mue par l'intérêt des Québécois, intérêt desservi par l'acharnement des libéraux et des caquistes de «bloquer» les initiatives de son gouvernement.
Couillard ressort la «cage à homards»
La réplique de Philippe Couillard est venue en début de soirée lors d'un rassemblement partisan à Grand-Mère. Le chef du Parti libéral s'est moqué de la position de Pauline Marois. «Ça nous en a appris beaucoup sur la confusion. Je vais essayer de comprendre, vous allez m'aider à comprendre?» a-t-il lancé à la centaine de militants présents avant de lire la citation de la chef péquiste. «Je ne prends pas l'engagement de tenir un référendum et je ne prends pas l'engagement de ne pas tenir un référendum. Avez-vous compris?» a raillé M. Couillard.
Le chef libéral a repris l'analogie des «homards dans l'eau bouillante» utilisée par l'ex-premier ministre péquiste Jacques Parizeau en 1995. «M. Parizeau appelait ça la cage à homards. Il disait : "On va les faire embarquer, et une fois qu'ils vont être dans la cage à homards, on ferme la porte et là on fait un référendum"», a-t-il dit.
«Vieux disque» 
Lui-même un ancien ministre péquiste, le chef caquiste François Legault, dont le parti n'a pas de position constitutionnelle, s'étonne que la souveraineté soit discutée. «Je ne peux pas croire que Mme Marois pense encore que c'est de ça que les Québécois veulent entendre parler, a-t-il commenté. Je pense qu'elle vit sur une autre planète quand elle ressort son vieux disque. Je n'en reviens pas.» 
Chef plus disponible pour les médias
Les stratèges du Parti québécois ont cédé aux pressions des médias pour donner accès à leur chef. Jeudi, le point de presse de Pauline Marois a duré 50 minutes et 30 secondes, y compris 7 minutes pour l'allocution.
Les choses se présentaient mal. La veille, la première ministre n'avait pris aucune question en se lançant sur la route électorale. Jeudi, elle ne prévoyait que 10 minutes d'échanges.
Mme Marois a soutenu «qu'[elle] comprend bien» les doléances exposées au micro par Paul Journet, le président de la Tribune de la presse parlementaire et journaliste à La Presse. Il n'a jamais été question d'éviter les médias pendant sa campagne, a-t-elle répondu. «Il n'y avait aucune arrière-pensée derrière mon attitude. [...] Normalement, chaque jour, il y aura point de presse.» 
«No», merci!
Pauline Marois ne participera pas à un débat télévisé en anglais qui réuniraient les chefs des trois autres partis présents à l'Assemblée nationale. Un journaliste de CBC lui avait posé la question en précisant que le libéral Philippe Couillard, le caquiste François Legault et la solidaire Françoise David sont partants. «Je parle anglais, je me suis améliorée, mais je ne pense pas que je serais à l'aise pour y exprimer mon point de vue», a-t-elle répliqué. «It's a no», a résumé le journaliste.
Un clin d'oeil, genre
Pauline Marois tient un rassemblement partisan à l'auditorium de Verdun, là où, en mars 2013, Philippe Couillard a été élu chef du Parti libéral du Québec. Vous lancez à votre adversaire un message? «C'est le choix des gens du comté», a répondu en riant la chef du Parti québécois, visiblement surprise d'apprendre la coïncidence de lieu. «Mais je trouve que c'est un beau petit clin d'oeil.»  
 Avec Valérie Gaudreau et Simon Boivin