Les Écossais voteront en septembre pour décider si leur pays doit être indépendant de la Grande-Bretagne, où ses pouvoirs sont beaucoup plus limités que ceux dont dispose déjà le Québec au sein de la fédération canadienne.

Référendum à l'écossaise

Ces élections provinciales prennent décidément une tournure référendaire à laquelle peu d'entre nous s'attendaient au départ. Avant même que le chef libéral, Philippe Couillard, ne cite en exemple le référendum qui doit avoir bientôt lieu en Écosse, nous avions déjà pensé aller jeter un coup d'oeil de ce côté pour voir comment on prépare ce débat.
La situation de l'Écosse est toutefois différente de la nôtre à plusieurs égards. Tout d'abord, l'Écosse est déjà un pays. Le vote, qui doit avoir lieu le 18 septembre 2014, vise en effet à décider si ce pays doit être «indépendant».
Par ailleurs, les pouvoirs dont jouit l'Écosse au sein de la Grande-Bretagne sont beaucoup plus limités que ceux dont dispose déjà le Québec comme membre de la fédération canadienne. Le Parlement écossais n'a été restauré qu'à la suite d'un référendum, tenu en 1997, presque 300 ans après son abolition, en 1707, quand l'Écosse et l'Angleterre ont signé l'Acte d'union.
Nous avons demandé à Sarah MacKie, porte-parole pour l'Écosse de la Commission électorale britannique, de nous dire quelles étapes ont été franchies jusqu'ici, et quelles sont les mesures mises en place pour assurer le déroulement équitable de ce débat.Ces élections provinciales prennent décidément une tournure référendaire à laquelle peu d'entre nous s'attendaient au départ. Avant même que le chef libéral, Philippe Couillard, ne cite en exemple le référendum qui doit avoir bientôt lieu en Écosse, nous avions déjà pensé aller jeter un coup d'oeil de ce côté pour voir comment on prépare ce débat.
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Q Est-ce que la Commission électorale aura un rôle important à jouer dans le référendum?
R Oui, et nous y travaillons depuis longtemps déjà même si, techniquement, nous ne sommes pas responsables de ce référendum. C'est seulement en vertu d'une entente entre les parlements d'Écosse et de Grande-Bretagne que nous avons été appelés à intervenir. Notre première responsabilité était de tester la question auprès de groupes témoins d'électeurs. Le Parlement écossais a soumis sa question en 2012: «Do you agree that Scotland should be an independent country?» («Êtes-vous d'avis que l'Écosse devrait être un pays indépendant?»)
Nous en avons testé quatre versions différentes auprès d'électeurs de langue maternelle anglaise, et de langue maternelle gaélique, auprès de gens de différents niveaux d'éducation, nous avons consulté des partis politiques, et plusieurs groupes. Certains disaient qu'on devrait demander si l'Écosse doit quitter la Grande-Bretagne, d'autres voulaient qu'on parle plutôt de former un État-nation.
Q Et quelle a été votre recommandation?
R Nous avons constaté qu'en demandant aux gens s'ils «sont d'accord pour...», cela induisait un biais plus favorable au Oui. Nous avons donc recommandé d'enlever cette partie pour simplement demander: «Should Scotland be an independent country? Yes/No» («Est-ce que l'Écosse devrait être un pays indépendant? Oui/Non»).
Les groupes témoins ont permis de voir qu'à peu près tous comprennent que le terme «pays indépendant» signifiait que l'Écosse se sépare de la Grande-Bretagne.
Q Quelle est la prochaine étape?
R Nous devons maintenant désigner l'organisation qui sera nommée «Lead campaigner» pour chacun des deux camps. Les groupes peuvent nous soumettre des candidatures compter de cette semaine.
C'est une étape importante, car l'organisation désignée sera celle qui sera autorisée à dépenser le plus (1,5 million de livres). Elle obtient aussi du temps d'antenne gratuit chez les grands diffuseurs ainsi que des envois postaux à tous les électeurs, aux frais de l'État.
Les cinq partis politiques représentés au Parlement écossais sont aussi autorisés à faire des dépenses, en fonction du nombre de votes obtenus aux dernières élections.
Le but de l'exercice est de permettre aux gens d'avoir la meilleure information pour se faire une idée, et de permettre aux deux camps de plaider leur cause.
Q Et quand débute la campagne référendaire?
R Elle sera déclenchée le 30 mai, pour durer 16 semaines. C'est à cette date que les limites aux dépenses entrent en vigueur. Tout ce processus a commencé avant 2012, cela représente quand même une très longue période et plusieurs groupes en ont d'ailleurs profité pour faire campagne avant que les règles aient été établies.
Près de 4,1 millions de personnes seront admissibles à voter. Le Parlement d'Écosse a d'ailleurs établi que l'âge minimum à cette occasion sera de 16 ans plutôt que 18 ans, comme c'est normalement le cas.
Q  Que se passera-t-il après le vote?
R Cela est intéressant parce que, techniquement, le Parlement n'est pas lié par un Oui. La raison est simplement que le Parlement écossais n'a pas le pouvoir de se séparer du Royaume-Uni. Les gens nous ont posé plusieurs questions: qu'arrivera-t-il avec la BBC? L'Écosse fera-t-elle partie de l'Union européenne? Quelle devise sera utilisée?
Le problème c'est qu'on risque d'avoir ces réponses seulement après toutes les négociations entre les deux parlements.
C'est pourquoi nous avons demandé, dans nos recommandations, que les deux gouvernements s'entendent sur une déclaration commune préalable pour expliquer aux électeurs ce qui va se produire immédiatement après le référendum, advenant un oui ou un non.
Nos travaux ont démontré que les gens ne voulaient pas que cette information soit donnée sur le bulletin de vote. Ils jugeaient important de connaître ces réponses avant de devoir voter.
Q  Est-ce que l'issue du scrutin sera décidée par 50 % plus un vote?
R Oui. Il y a eu des débats sur ce sujet, et certains ont évoqué la Loi canadienne sur la clarté référendaire. Certains disaient aussi qu'on devrait aussi fixer un taux de participation minimum.
Nous avons toutefois écarté cette possibilité, comme le préconise d'ailleurs la Commission européenne pour la démocratie par le droit [Commission de Venise], qui juge que l'imposition d'un minimum reviendrait à compter toutes les abstentions comme un Non.
* porte-parole pour l'Écosse de la Commission électorale britannique