REER: quand prévoyance et patience portent fruit

«Le temps est l'ami de l'investisseur.»
Ces quelques mots prononcés par Étienne Poulin, actuaire pour le Régime de rentes du Québec, résument le comportement à adopter pour épargner en vue de la retraite : plus on commence tôt, plus on profitera longtemps de nos placements qui auront fructifié au fil des ans.
Le temps. Le temps de travail, certes, mais aussi le temps que durera la retraite après une vie active bien remplie. «Les gens sous-estiment leur espérance de vie», signale Pierre Turgeon, porte-parole de Retraite Québec. «Regardez l'âge sur les avis de décès!»
Selon le plus récent Bilan démographique publié par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), l'espérance de vie à la naissance, en 2014, se maintient à 84,1 ans chez les Québécoises et à
80,2 ans chez les Québécois. En 2015, la part des personnes de 65 ans et plus dans la population se situe à 17,6 %, et l'ISQ estime qu'elle atteindra 25 % en 2031. On estime aussi que le Québec compte plus de 1900 centenaires, dont 91 % sont des femmes.
Devant ce constat, on comprend mieux l'importance d'être «plus fourmi que cigale» et de mettre de l'argent de côté - même s'il s'agit d'un petit montant - aussi tôt que possible.
La planification de la retraite doit tenir compte des différentes sources de revenus qui seront disponibles à ce moment : rentes des régimes publics, fonds de pension, REER ou CELI, etc.
«Il ne faut jamais oublier que les revenus de retraite provenant du RRQ [Régime de rente du Québec] et du PSV [programme de Sécurité de la vieillesse] ne sont que des montants de base», indique Pierre Turgeon, ajoutant qu'ils ne suffisent généralement pas à combler l'ensemble des besoins financiers à la retraite.
À peine plus d'un Québécois sur deux peut compter sur un régime complémentaire de retraite - ou «fonds de pension» - de son employeur et, même dans ce cas, il est avisé de pouvoir compter également sur de l'épargne personnelle, tel le REER. «On ne peut jamais prédire l'avenir d'un fonds de pension...» signale M. Turgeon, donnant en exemple le triste cas des employés de la White Birch. La clé, c'est la diversification.
À quel âge prendre sa retraite?
Le moment optimal pour prendre sa retraite, c'est toujours du cas par cas, mentionne Pierre Turgeon. Il faut tenir compte d'une multitude de facteurs dont l'état de santé de la personne, ses antécédents médicaux et familiaux, ses moyens financiers...
Une personne qui souhaite prendre sa retraite à 55 ans doit considérer qu'elle n'aura accès à aucune rente des régimes publics pour au moins cinq ans. Ses épargnes personnelles suffiront-elles? À 60 ans, elle devient admissible au Régime de rentes du Québec, mais sa rente sera réduite (64 %) par rapport à la rente qu'elle recevrait si elle l'avait demandée à 65 ans, et ce, pour le reste de sa vie. Entre 65 et 67 ans (selon son année de naissance, voir description de la PSV ci-contre), elle recevra sa pension de la Sécurité de la vieillesse et, le cas échéant, le Supplément de revenu garanti. Si c'est possible, la personne retraitée aura tout intérêt à demander sa rente du RRQ après 65 ans, alors qu'elle pourrait toucher une rente équivalente à 142 % à 70 ans.
Malgré cela, les Québécois sont nombreux à demander leur rente de la RRQ dès 60 ans : en 2015, ils étaient 62 % à faire leur demande à cet âge, tandis que 15 % des nouveaux bénéficiaires attendaient à 65 ans et un maigre 0,72 % patientaient jusqu'à 70 ans ou plus. En tout, 82% des nouveaux bénéficiaires ont fait leur demande avant 65 ans (entre 60 et 64 ans). 
«Les gens ont tendance à vouloir l'argent tout de suite... mais ils pourraient se servir du RRQ pour prévenir leur longévité», soulève l'actuaire Étienne Poulin. Prévoyance et patience, disions-nous...