Le prêtre américain Thomas Doyle, expert en droit canonique, croit que le jugement sur la congrégation des Rédemptoristes peut avoir un effet très positif dans les pays où l'Église catholique a toujours eu un pouvoir disproportionné sur la société civile.

Rédemptoristes: «une victoire historique», selon le prêtre Thomas Doyle

Le prêtre américain Thomas Doyle, expert en droit canonique qui a témoigné pour les victimes du Séminaire Saint-Alphonse, était bien sûr ravi du jugement rendu par le juge Claude Bouchard de la Cour supérieure le 10 juillet. Et heureux de lire dans plusieurs médias américains des comptes rendus de la victoire des anciens élèves. Par un échange de courriels avec Le Soleil, M. Doyle, qui défend les victimes de prêtres pédophiles depuis 30 ans, partage sa vision de l'influence de ce jugement majeur et sa crainte de voir la congrégation porter la décision en appel.
Q Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez entendu parler du jugement du juge Bouchard?
R J'étais soulagé et très, très heureux pour Frank Tremblay, les autres victimes qui se sont jointes au recours collectif et pour l'équipe d'avocats qui ont travaillé tellement fort pour amener cette cause à terme. J'étais aussi soulagé pour les innombrables victimes d'abus de membres du clergé au Québec qui ont maintenant un grand espoir de trouver du soutien et la justice. Je comprends que l'Église catholique est ancrée profondément dans la culture québécoise, même si son influence a grandement diminué depuis la Révolution tranquille. Ce jugement signifie aussi que la déférence excessive qui a déjà été accordée à l'église institutionnelle, souvent au détriment des laïcs, est chose du passé.
Q Plusieurs observateurs ont affirmé que ce jugement est une victoire historique pour les victimes des prêtres au Canada. Qu'en pensez-vous?
R Je suis tout à fait d'accord que c'est une victoire historique non seulement pour les victimes des Rédemptoristes, mais aussi pour toutes les victimes des membres du clergé et des autres congrégations de la province. C'est aussi une victoire parce que, durant des décennies, les victimes n'étaient pas crues, mais plutôt ignorées ou traitées avec mépris.
Q Est-ce que ce jugement peut avoir un effet pour les victimes ailleurs dans le monde?
R Oui, je crois qu'il peut avoir un effet très positif, surtout dans les pays où l'Église catholique a toujours eu un pouvoir disproportionné sur la société civile, notamment en Amérique latine et en Europe. C'est encourageant, parce que ça montre que le changement d'attitude qui s'est amorcé aux États-Unis par rapport aux abus commis par des membres du clergé s'est étendu à d'autres pays et est encore très vivant.
Q Avez-vous l'impression que la congrégation des Rédemptoristes va en appeler du jugement?
R J'ai appris, après 30 ans à faire ce travail, à ne pas compter sur les autorités religieuses pour prendre les bonnes décisions [«to do the right thing»]. Il est clair que ce qui est important pour les Rédemptoristes, ce n'est pas que les victimes de leurs frères et de leur propre négligence trouvent la justice, mais bien la stabilité financière et l'image de la congrégation. Je ne serais pas surpris s'ils interjettent appel, mais j'espère que mon pessimisme à leur endroit sera confondu et qu'ils n'interjetteront pas appel.
Q Quel sera à votre avis l'effet à long terme du jugement sur la congrégation des Rédemptoristes?
R Je pense que le jugement aura un effet négatif sur leur image et sur la confiance de plusieurs donateurs et admirateurs. Le jugement valide le fait qu'il y a eu durant longtemps une culture en place dans la congrégation qui permettait l'abus sexuel de garçons vulnérables, les camouflait et mentait au sujet des abus. C'est dévastateur pour n'importe quelle communauté religieuse parce que ça montre une attitude et un comportement diamétralement opposés à la raison même de son existence, soit suivre l'enseignement du Christ.