Rédemptoristes: la congrégation autant à blâmer que les prêtres

Pour avoir fermé les yeux sur des décennies d'agressions sexuelles, la congrégation des Rédemptoristes est tout aussi responsable que ses prêtres agresseurs, a martelé l'avocat des victimes du Séminaire Saint-Alphonse, à l'ouverture de la semaine de plaidoiries.
Étape ultime de six mois de recours collectif, les plaidoiries se sont ouvertes lundi matin devant le juge Claude Bouchard dans un climat somme toute paisible.
Premier à présenter les arguments des victimes - qui tiennent sur près de 100 pages - Me Serge Létourneau a estimé que lui et ses collègues avaient fait une preuve éloquente qu'un nombre significatif d'étudiants avaient été agressés par une dizaine de prêtres, entre 1960 et 1987.
La tension a monté de plusieurs crans lorsque l'avocat a évoqué la responsabilité de la congrégation religieuse, totale et entière, dit-il, même après l'incorporation civile du séminaire de Sainte-Anne-de-Beaupré.
Car loin d'être de simples employés, les prêtres rédemptoristes doivent plutôt être vus, selon Me Létourneau, comme un prolongement de leur congrégation, qui est donc responsable d'eux en tout temps, ajoute-t-il.
Responsabilité partagée
«Lorsqu'un prêtre rédemptoriste se voit confier par son supérieur la garde et l'éducation d'un enfant et qu'il abuse de celui-ci, l'on peut affirmer que c'est la congrégation elle-même qui commet l'abus», a lancé Me Létourneau, sous le regard furibond des avocats de la congrégation.
La congrégation est d'autant plus à blâmer, affirme Me Létourneau, qu'elle a sciemment assigné au Séminaire Raymond-Marie Lavoie, un prêtre qu'elle savait présenter des troubles psychologiques.
Encore pire, elle n'a jamais exercé de surveillance sur Lavoie ni sur aucun prêtre, ajoute Me Létourneau.
Même si Raymond-Marie Lavoie, le seul prêtre condamné, a affirmé avoir agi seul, la congrégation ne pouvait faire autrement, dit l'avocat des victimes, que d'être au courant des abus, commis très fréquemment devant public.
En fait, la congrégation savait, mais a choisi de ne rien faire, plaide Me Létourneau, rappelant que certains hauts dirigeants du conseil provincial des Rédemptoristes figuraient parmi les agresseurs. «Plutôt que de protéger les victimes des agressions commises par ses prêtres, la congrégation a préféré adopter une culture de silence et de dénégation, dont un des effets pervers a été la poursuite et la multiplication des agressions au fil des années», affirme Me Létourneau.
Les avocats des victimes tenteront mardi de convaincre le juge que leur recours collectif n'est pas prescrit. En droit civil, un plaignant doit intenter son recours dans les trois années suivant le crime à moins de pouvoir démontrer une impossibilité d'agir. Frank Tremblay affirme n'avoir pu dénoncer les agressions qu'en 2009.
Les avocats traiteront aussi de la question des dommages, notamment de la réclamation de Frank Tremblay qui dépasse à elle seule 1,3 million $.
Les avocats de Raymond-Marie Lavoie, du Collège Saint-Alphonse et des Rédemptoristes livreront leurs plaidoiries mercredi et jeudi.