Frank Tremblay (photo) retournait soir après soir dans la chambre du père Lavoie parce qu'il pouvait y apaiser son anxiété et explorer la sexualité, selon l'hypothèse du psychiatre des Rédemptoristes.

Rédemptoristes: des experts de la défense accusés d'avoir fait des conclusions «odieuses»

Le procès du recours collectif contre le Séminaire Saint-Alphonse et les Rédemptoristes s'est conclu avec un coup d'éclat, en fin d'après-midi, vendredi, quand un des avocats du requérant a mené une charge à fond de train contre certaines des opinions présentées par les défendeurs.
Dans le cadre de ses remarques finales au procès dirigé par le juge Claude Bouchard, Me Serge Létourneau a qualifié «d'odieuses» les conclusions de certains experts qui ont été embauchés par la défense, les psychiatres Gérard Leblanc et Isabelle Côté.
L'avocat a notamment fait référence à l'opinion de M. Leblanc, quand ce dernier a expliqué plus tôt dans le procès que le requérant, Frank Tremblay, n'avait pas gardé de séquelles des agressions subies par Raymond-Marie Lavoie.
De ces agressions sexuelles, M. Leblanc en aurait même tiré des privilèges auxquels les autres élèves du Séminaire Saint-Alphonse n'avaient pas accès, a rappelé l'expert Leblanc. M. Tremblay a expliqué qu'il retournait auprès de Lavoie parce qu'il était anxieux et qu'il avait de la difficulté à dormir la nuit, et c'est à ce moment que les agressions se déroulaient.
La conclusion de cet expert en vient à dire que «Monsieur Tremblay, c'est de votre faute», a lancé Me Létourneau, sous le regard médusé des procureurs des demandeurs.
«On vient lui [M. Tremblay] dire que c'est de sa faute!», «t'aimais ça!» a-t-il ajouté.
La présidente de l'Association des médecins psychiatres du Québec, Karine Igartua, avait d'ailleurs lourdement condamné cette conclusion de M. Leblanc, lors d'une sortie dans les médias.
Me Létourneau a fait monter la pression d'un cran dans le camp adverse, quand il est revenu sur le fait que, selon les arguments de la défense, M. Tremblay devrait recevoir une indemnité maximale de 25 000 $, si le juge devait conclure qu'il a droit à une compensation. Il a qualifié cette opinion de «proposition irresponsable».
Comme le requérant se serait fait agresser sexuellement environ 80 fois par Lavoie, cela voudrait dire que, selon Me Létourneau, «chaque nuit de sexe que Lavoie a prise, ça vaut 250 $!»
Le procureur a prévenu le juge des dangers qui guettent le système de justice, s'il devait se ranger aux arguments de la défense sur la valeur de l'indemnité.
«Ce serait un encouragement à revenir à la loi de la jungle, les gens vont perdre confiance dans la justice et les gens vont se faire justice eux-mêmes!»
L'avocat de Lavoie, Me Maurice Dussault, s'est alors emporté en disant «qu'il y a des limites à se faire garrocher de la boue».
En conclusion, le juge Bouchard a tenu à calmer les esprits de tout le monde en rappelant que le procès avait été difficile pour toutes les parties. Il n'a pas pu dire quand il sera en mesure de rendre son jugement.