Le nom de Réal Godbout est étroitement associé aux aventures de Michel Risque et de Red Ketchup.

Réal Godbout: sur la piste de Kafka

Le 26e Festival de la bande dessinée francophone de Québec s'ouvre aujourd'hui, au Centre des congrès, avec une foule d'auteurs d'ici et d'ailleurs. Au nombre des invités, Réal Godbout, qui vient d'achever son ambitieuse adaptation du roman de Franz Kafka, L'Amérique ou Le disparu.
<em>L'Amérique ou Le disparu,</em> Réal Godbout
Le nom de Réal Godbout est étroitement associé aux aventures de Michel Risque et de Red Ketchup, deux séries qu'il a animées avec Pierre Fournier et qui ont fait les belles années de la défunte revue Croc. En plongeant dans l'univers de Kafka, le dessinateur a réalisé un vieux rêve.
«Ça faisait depuis longtemps que ça m'intéressait. J'avais lu le roman lorsque j'étais assez jeune et je m'étais promis qu'un jour je ferais ça. À un moment dans ma carrière, je voulais faire un projet qui ne serait pas nécessairement lié à une parution dans un magazine et qui n'aurait pas un nombre de pages limité...»
Au final, sa version de L'Amérique ou Le disparu (L'Amérique ou Amerika est le titre qu'a donné l'éditeur au manuscrit; Kafka, lui, avait opté pour Le disparu) fait 158 planches. Il s'agit d'une somme de travail de sept ans à temps partiel, selon le principal intéressé. On y relate la trajectoire de Karl Rossman, un jeune Allemand de 17 ans, forcé de s'exiler aux États-Unis à la suite d'un scandale. Son quotidien dans le Nouveau Monde est ponctué de rebondissements, tandis qu'il trime dur pour gagner sa vie et qu'il multiplie les rencontres avec de singuliers personnages. Comme c'est le cas pour maints ouvrages de Kafka, L'Amérique est un roman inachevé, publié après la mort de l'auteur.
«C'est un roman que j'adore, s'enthousiasme Godbout. Son côté imparfait, le fait qu'il y ait des vides à remplir, ça rendait le travail intéressant pour moi. Et puis, même s'il y a un côté sombre, il y a toujours de l'humour dans Kafka... Ça se compare à un road movie, avec des éléments comiques.»
Fruit de l'imaginaire
Bien que le nouvel ouvrage de Godbout soit le fruit de l'imaginaire d'un autre, il n'en porte pas moins l'empreinte de l'artiste québécois. On y trouve d'abord son trait unique, s'inscrivant dans l'esthétique de la ligne claire, et la narration dynamique qu'il affectionne, à la manière Red Ketchup. D'autre part, même si L'Amérique n'est pas un livre particulièrement long, il a dû le synthétiser pour le transposer dans le neuvième art. Le scénariste a aussi imaginé quelques séquences pour mieux lier l'ensemble. Quant aux dialogues, ils sont également siens. Du coup, la vision européenne que Kafka pouvait avoir de l'Amérique fusionne avec celle d'un auteur qui, lui, vit en Amérique du Nord.
«Ça m'a redonné le goût de faire la BD personnelle, confie Réal Godbout. [...] Ces dernières années, j'ai fait davantage des illustrations, mais je me rends compte que mon domaine, c'est plus la BD.»
Depuis la fin des années 90, le dessinateur et scénariste enseigne à l'Université du Québec en Outaouais. Entre deux dessins, il supervise la réédition des aventures de Red Ketchup à la Pastèque avec Pierre Fournier. Normalement, le neuvième et dernier volume de la série verra le jour dans environ trois ans, or cette ultime histoire, Élixir X, est inachevée, la publication en magazine ayant été subitement interrompue il y a près de 20 ans... Est-ce qu'un Red Ketchup fraîchement dessiné s'ajoutera à l'agenda de Godbout? «Il reste 22 pages à terminer. Je suis supposé travailler avec Pierre Fournier là-dessus. On a du temps devant nous, mais il ne faudra pas trop attendre non plus...»
Réal Godbout sera en séances de signature au stand 346 samedi, de 13h à 14h30 et de 17h30 à 19h. Dimanche, il donnera une entrevue à 10h15 au Café rencontre du Festival de la BD, puis sera de nouveau en signature de 11h à 12h30.