Jean Thiffault, président de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Ramener le professionnel au coeur de l'action

Lorsque les pharmaciens du Québec comparent leur pratique avec celle des autres pharmaciens au Canada ou ailleurs dans le monde, ils trouvent qu'il y a encore des trous à combler pour qu'ils puissent jouer un rôle plus important dans le système de santé comme intervenant de première ligne.
Selon Jean Thiffault, président de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires, malgré certaines améliorations et les nouvelles activités permises avec l'adoption de la loi 41 en 2015, il y a encore de nombreux pas à franchir pour un travail interprofessionnel permettant aux pharmaciens de devenir une ressource fondamentale dans le système de santé publique.
Il donne l'exemple de la vaccination contre la grippe. Ailleurs au pays, les pharmaciens vaccinent la clientèle alors qu'ici, on ne le fait pas. Dans les pharmacies, on embauche des infirmières à quelques moments précis pour faire le travail, les plages horaires se remplissent en un rien de temps. Le taux de vaccination au Québec demeure plus faible que celui en Ontario où les pharmaciens sont mis à contribution.
Activités cliniques
«En Angleterre, les pharmaciens font des activités cliniques qui ne demandent pas l'expertise d'un médecin. C'est toute la population qui en bénéficie», avance M. Thiffault. «Il y a bien des situations dans lesquels les pharmaciens pourraient jouer un plus grand rôle, que ce soit pour le suivi des personnes diabétiques, des asthmatiques, même des personnes âgées avec l'analyse de leurs médicaments. Nous pourrions assurer la fidélité au traitement. En fin de compte, même si ces actions engendrent des coûts, au final ça couterait moins cher à l'État et les patients seraient mieux servis.
Au Québec, quelques groupes de médecine familiale (GMF) peuvent compter sur la participation d'un pharmacien dans l'organisation. Ce dernier est en lien direct avec le médecin pour la révision des prescriptions pour utiliser des médicaments plus efficaces ou ayant moins d'interaction avec les autres produits, l'ajustement des dosages, faire le ménage dans la série des médicaments chez les personnes âgées entre autres. 
L'interprofessionnalité ou le travail multidisciplinaire autour du patient s'avère un moyen efficace à tous les points de vue, estime M. Thiffault. Il affirme qu'il s'agit d'une voie d'avenir dans le système de santé en misant sur les expertises de chacun, autant pour l'efficacité que la pertinence des traitements.
Quant au virage de certaines bannières comme Familiprix qui abandonne le côté épicerie dans leurs établissements pour se consacrer au travail à l'officine en ajoutant les produits pour l'hygiène et les soins de base, M. Thiffault soutient que la réflexion est entamée et devra se poursuivre. Le pharmacien qui adhère à une bannière accepte aussi de se plier au concept commercial de la bannière. Cependant, il rappelle que 85 % du chiffre d'affaires de la pharmacie se fait dans la section pharmacie proprement dite.