Le représentant syndical de la Côte-Nord Bernard Gauthier, surnommé Rambo, aurait forcé le 19 juin, un travailleur «à s'abstenir [...] d'accomplir son travail».

«Rambo» fustige le témoignage de Normand Pedneault

Les révélations troublantes faites dans les derniers jours devant la juge Charbonneau, mettant littéralement en scène un climat de terreur sur les chantiers de construction de la Côte-Nord, font du témoignage de l'agent d'affaires de la FTQ-Construction Bernard «Rambo» Gauthier l'un des plus attendus depuis le début des travaux de la commission d'enquête.
La version des faits du représentant syndical des opérateurs de machinerie lourde de la Côte-Nord, dont le nom a été prononcé à maintes reprises par des témoins, devrait d'ailleurs être livrée en début de semaine. Reconnu pour son franc-parler, Bernard Gauthier promet de faire la lumière sur les ratés des grands chantiers de la région, où il s'est toujours targué d'avoir défendu bec et ongles l'intérêt des travailleurs nord-côtiers.
Celui qui n'a pas voulu accorder d'entrevue avant sa présence à la commission faisait récemment savoir sur sa page Facebook personnelle qu'il avait hâte de se présenter devant la juge Charbonneau. «On va finir par finir!» a-t-il écrit. Une vague d'appuis et d'encouragements a par la suite déferlé sur son mur. «On est derrière toi», «Lâche pas, l'honnêteté, ça paye toujours», pouvait-on lire parmi les commentaires.
C'est que le représentant syndical tient depuis des années le même discours : son travail consiste à assurer de l'emploi aux pères de famille de la Côte-Nord. Bernard Gauthier a constamment nié avoir enfreint les règles, se disant plutôt victime de représailles du même noyau d'individus, insatisfaits de sa façon de faire.
Le syndicaliste prétend d'ailleurs que la région est une des seules où les conventions sont encore respectées. Il a aussi été de ceux qui ont largement contesté l'adoption de la loi 33, qui a mis fin au placement syndical sur les chantiers de construction au Québec.
Malgré ses ambitions, le nom de «Rambo» Gauthier et ses interventions musclées sont loin de lui avoir fait bonne presse. L'enquêteur de la commission, Michel Comeau, qui a dressé un portrait des chantiers qu'il a visités, dont celui de La Romaine, a notamment affirmé que l'agent d'affaires et «ses bras droits» y faisaient la pluie et le beau temps. M. Comeau a aussi déclaré que Bernard Gauthier y était perçu «comme un dieu».
Les entrepreneurs Rock Savard et Normand Pedneault, qui ont déjà réalisé des contrats sur la Côte-Nord, ont tous deux raconté avoir eu des pressions de fiers-à-bras de la FTQ-Construction pour l'embauche de main-d'oeuvre locale. M. Pedneault a relaté entre autres avec beaucoup d'émotions un événement où ses deux frères ont été molestés par des travailleurs affiliés à la centrale syndicale.
Le visage de «Rambo» Gauthier a fait le tour de la province en mars 2010, après la diffusion d'un reportage coup de poing de l'émission Enquête sur l'industrie de la construction sur la Côte-Nord. Des travailleurs et des entrepreneurs y livraient de témoignages alléguant que Bernard Gauthier usait de menaces et d'intimidation pour faire régner l'ordre sur les chantiers.
Pour l'heure, le représentant de la section locale 791 de l'Union des opérateurs de machinerie lourde, qui regroupe quelque 650 membres, fait face à des accusations de harcèlement et d'intimidation pour des incidents qui seraient survenus pendant la grève de la construction, qui a paralysé les chantiers du Québec en juin 2013.
Toujours en 2013, la Commission des relations du travail, qui a donné raison à un travailleur de la CSN-Construction se disant victime de discrimination syndicale, s'est aussi prononcée sur l'existence d'un système de placement mis sur pied par des représentants syndicaux, qui ne «laisse aucune latitude» aux employeurs.
En 2012, «Rambo» Gauthier a été blanchi des accusations d'intimidation qui pesaient contre lui, pour des événements survenus au chantier du lac Bloom en 2009.
Sur Facebook
À lire ses propos sur sa page Facebook personnelle, Bernard «Rambo» Gauthier n'a pas été ému par le témoignage de l'entrepreneur en construction Normand Pedneault, devant la commission Charbonneau. «Faut tu etre astie d'plein d'marde pour utilisé autant de bassesse pour essayé de jouer a la victime. INCROYABLE, CELLE LA ONT L'A JAMAIS VUE VENIRE! regardé y la face, ca vaut mille mots. un autre qui a fait ca fortune sur le dos des travailleurs. il t'as toute qu'une feuille de route notre victime, c'est juste devaleur que la commission en a pas parler, mais ont vas voir ce qu'ont peut faire avec ca», a-t-il publié (message intégral).
M. Pedneault a entre autres raconté avec beaucoup d'émotions que des fiers-à-bras de la FTQ ont molesté ses frères sur un chantier de la Côte-Nord en 2005. Joint au téléphone, le principal intéressé martèle qu'il racontera sa version des faits uniquement devant la juge Charbonneau. «Je ne veux pas jeter de l'huile sur le feu, mais j'ai vraiment hâte d'y aller [à la commission]», a-t-il fait savoir au Soleil.