Demain, Hubert Lacroix (notre photo), président de la société d'État, devrait discuter avec les employés du budget 2014-2015 dans la foulée de la perte du lucratif contrat de télédiffusion de la Ligue nationale de hockey au profit de Rogers Media, en novembre.

Radio-Canada supprimera 657 emplois en deux ans

Le nombre qui fait mal : 657. CBC/Radio-Canada se donne deux ans pour abolir autant d'emplois à travers le pays afin de réduire ses dépenses de 130 millions $. Au réseau français, on parle de 312 postes à temps plein en moins, dont 230 cette année, et à Québec, de 11. Ces abolitions massives s'ajoutent aux 2100 postes supprimés depuis 2009.
Le président-directeur général de CBC/Radio-Canada, Hubert T. Lacroix, en a fait l'annonce jeudi au personnel de tout le pays, au cours d'une présentation à l'ambiance mortuaire. «J'ai zéro plaisir à la faire, et je suis convaincu que vous avez zéro plaisir à l'entendre», a-t-il dit. M. Lacroix refuse d'attribuer ces compressions uniquement à la perte des droits du hockey à CBC au profit de Rogers, mais il montre aussi du doigt les revenus publicitaires en chute libre, de même que le faible rendement de la grille horaire de CBC Television.
Du côté français, le service des sports est durement touché par ces mesures, à commencer par la disparition du bulletin de sports de fin de soirée à la télévision. On élimine aussi 50 heures de programmation originale en sports. Radio-Canada ne souhaite plus rivaliser avec les réseaux privés pour l'obtention des droits du sport professionnel. Les Jeux olympiques et la Coupe du monde de la FIFA ne sont pas en péril, mais qu'en est-il du football universitaire et du Rouge et Or? Sur cette question, le vice-président principal des services français, Louis Lalande, n'a pas paru très optimiste. «Notre engagement pour le football prend fin cet automne, et nous réévaluerons la situation au gré des nouvelles normes qu'on s'est données. Ce sera très difficile parce qu'on n'a plus les moyens de se payer un niveau de programmation de jour comme on le fait actuellement.»
La grille de jour de la télévision subira en effet une saignée : la quotidienne matinale Alors on jase! n'a pas été renouvelée, et l'émission de Clodine Desrochers, Quelle histoire!, verra sa saison écourtée des deux tiers. Une nécessité afin de protéger la programmation aux heures de grande écoute, affirme Louis Lalande. D'autres émissions, qu'il n'a pas voulu nommer, seront désormais diffusées quatre jours par semaine au lieu de cinq.
À la radio, c'est Espace musique qui écope le plus. L'ajout de publicités sur la chaîne musicale n'ayant pas généré les revenus escomptés, les émissions locales sont tout simplement abandonnées, dont celle d'Isabelle Guilbeault à Québec, en ondes de 8h30 à 12h en semaine. En tout, 11 animateurs perdent leur micro en région, remplacés par une programmation réseau. Au moins une bonne nouvelle : il n'y aura pas de publicité pour autant sur ICI Radio-Canada Première.
«Le téléjournal Québec» de la fin de semaine n'est pas compromis par ces coupes, assure Louis Lalande, qui compte assurer une présence de l'information dans toutes régions sept jours sur sept. Par contre, des émissions purement locales seront abandonnées, et on regroupera plutôt les ressources des différentes stations pour produire des émissions régionales. Les régions n'écopent pas plus que les autres, assure Louis Lalande, qui affirme que les emplois perdus à Montréal compteront pour 75 % des compressions, du côté français.
Bien entendu, CBC n'y échappe pas et doit se départir d'une série originale. Doit-on dire adieu à Unit 9, l'adaptation canadienne-anglaise d'Unité 9? Par ailleurs, le talk-show de George Stroumboulopoulos, The Hour, ne sera pas remplacé à la suite de son départ. Pas question de remplacer tout ça par des téléréalités comme The Amazing Race, promet-on, mais de nouvelles comédies seraient les bienvenues.
Déjà en février, Hubert Lacroix avait évoqué des jours sombres à venir, plongeant le personnel dans l'incertitude la plus complète. Plusieurs ont le sentiment que le réseau français paie pour les mauvaises performances du réseau anglais, et se montrent indignés en apprenant que les cadres recevront quand même leurs primes, qui totalisent 8 millions $. Le pdg affirme que ceux-ci devront atteindre les objectifs financiers avant de bénéficier du régime incitatif.
À la fin de l'exercice dans deux ans, CBC/Radio-Canada comptera encore 7550 employés, dont 3200 au réseau français. La direction souhaite réduire son budget de 1,8 milliard $ à 1,5 milliard $ pour la prochaine année, et en 2020, «nous devrons être une entreprise médiatique plus souple et plus ciblée», espère Hubert Lacroix.