Le coroner Jean Brochu n'était pas parvenu à identifier précisément la cause du décès de Claudio Castagnetta, qui avait été atteint par des décharges de Taser après avoir consommé des amphétamines.

Qui se souvient de Claudio Castagnetta?

Septembre 2007, un homme de 32 ans est arrêté, reçoit quatre décharges de Taser, meurt deux jours plus tard. Claudio Castagnetta n'allait pas bien du tout, le fait qu'il léchait les murs de sa cellule et qu'il se tapait la tête dans le fourgon cellulaire n'a inquiété personne. On lui a mis un casque de hockey.
Le gars était en train de mourir. Il avait gobé des dizaines d'amphétamines, pas surprenant que les policiers l'aient trouvé désorganisé et confus. Il n'a pas bronché quand il a reçu les décharges de Taser, il était raide comme une barre. Direction prison. Il aurait fallu que ce soit l'hôpital.
Il y a été conduit trop tard, y est mort d'un oedème cérébral, à peine 48 heures après avoir été arrêté.
L'histoire a fait grand bruit, jusqu'en Italie, Claudio était né là-bas. Ses parents sont venus assister à l'enterrement de leur fils plutôt qu'à sa remise de diplôme de l'Université Laval. La famille a poursuivi, s'est entendue à l'amiable en 2009. Il y a eu des manifs, pour que ça n'arrive plus jamais.
Pour qu'on n'oublie pas. On a tous oublié, sauf ceux, évidemment, dont il était le fils, le frère, l'ami. On s'est indigné et on est passé à un autre appel. Une nouvelle en pousse une autre, un drame efface le précédent. Jusqu'à ce qu'un nouveau drame nous rappelle un vieux drame. La mort d'Alain Magloire a fait ça.
Au centre-ville de Montréal, l'homme de 41 ans a été abattu par des policiers, visiblement démunis devant un type déconnecté qui les menaçait avec un marteau. Des voix se sont élevées pour réclamer l'augmentation du nombre de fusils Taser. La mort de Castagnetta a provoqué l'effet contraire, l'utilisation de cette arme controversée a diminué de moitié à Québec depuis 2007.
Les deux hommes avaient des vies à peu près normales avant de sombrer dans la maladie mentale. Deux fils de bonne famille, de bonnes études, un boulot honorable. Castagnetta était traducteur chez Olympus; Magloire, diplômé en biochimie, était chercheur chez Procréa. Il avait deux filles.
La mort d'Alain Magloire aura au moins provoqué la tenue d'une enquête publique. Celle de Castagnetta s'est arrêtée à un rapport du coroner Jean Brochu, qui n'est pas parvenu à mettre le doigt sur la cause exacte du décès. Il a quand même noté que les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû.
C'est un gros minimum.
Le coroner Brochu n'y a pas vu de maltraitance, tout juste une série d'occasions manquées. À partir de son arrestation jusqu'à sa mort, Castagnetta est passé tout droit à travers les mailles du sens commun le plus élémentaire. Il aurait dû aller à l'hôpital tout de suite après les décharges de Taser, un rapport - un autre - en faisait la recommandation en 2005. Il aurait eu mille raisons de voir un médecin, quand il était en détention, quand il vomissait, délirait, n'arrivait plus à se tenir sur ses jambes.
Pour le coroner, c'était limite. «Jusqu'à preuve du contraire, quelqu'un qui lèche les murs et s'asperge le visage avec l'eau de la toilette est perturbé et a possiblement besoin de soins médicaux», écrit-il. Pas possiblement. Impérativement. Et personne n'a encore fait la preuve du contraire.
Le Dr Brochu a appelé à un changement de culture pour s'attaquer à ce «problème systémique».
On pourrait tout aussi bien ressortir le rapport rédigé par la coroner Andrée Kronström qui a enquêté en 2000 sur la mort de Brian Bédard à la prison de Rivière-des-Prairies. Le topo est le même, un type perd la carte, et la vie. Elle avait recommandé une meilleure communication entre la police, la prison et l'hôpital. Les ministres ont dit oui, oui, on va changer ça, on ne niaise pas avec ça.
Ce qui nous mène tout droit à Alain Magloire. À la différence des autres, il ne s'est jamais rendu en prison, il est tombé sous les balles des policiers avant. Une mort évitable, comme Castagnetta et Bédard. Une mort qui, cette fois, donnera lieu à une enquête publique. Faudra voir ce qui arrivera après, dans 2 ans, dans 10 ans. Je vous parie qu'il n'arrivera pas grand-chose.
On se demandera: «C'était Alain qui déjà?»