Le champignon Rhytisma acerinum, surnommé «tache goudronneuse», s'attaque aux érables de Norvège et provoque la création de taches noires sur le feuillage des arbres infectés.

Qu'est-ce qui a taché nos feuilles?

«Les feuilles des arbres sont maintenant presque toutes au sol», nous écrivait l'automne dernier Adrien Germain, de Québec. «Il est donc facile de remarquer qu'elles ont pratiquement toutes des taches noires, parfois un peu plus pâles. Ces taches sont plutôt rondes de la grandeur d'un 25 cents. Dans Limoilou, sur la 2e Avenue entre la 10e et la 4e, presque toutes les feuilles sont touchées. De quoi s'agit-il?»
Il s'agit d'un champignon qui s'en prend au feuillage, explique Guy Bussières, responsable de travaux pratiques et de recherche au Département des sciences du bois de l'Université Laval. On peut d'ailleurs encore en voir ces jours-ci sur les feuilles mortes qui n'ont pas été ramassées à l'automne.
Il y a essentiellement trois espèces de ce champignon, connu sous le nom vernaculaire de «tache goudronneuse». Deux d'entre elles, Rhytisma punctatum et Rhytisma americanum, sont des espèces indigènes qui s'en prennent à des essences américaines - érable de Pennsylvanie pour le premier, érables rouge, argenté et à sucre pour le second.
Comme les arbres nord-américains ont évolué pour composer avec «nos» champignons, ceux-ci ne provoquent pas d'épidémies aussi spectaculaires que celle que la région a connue l'an dernier. En outre, dit M. Bussières, leurs taches sont plus petites que celles que l'on voyait l'an dernier.
C'est plutôt une autre espèce, Rhytisma acerinum, qui a causé les taches noires que tant de gens ont remarquées l'automne dernier. Ce champignon-là est originaire d'Europe et s'en prend à l'érable de Norvège, une autre espèce qui a été importée des vieux pays.
Là-bas aussi, le parasite et son hôte ont évolué ensemble pendant des millions d'années. Cependant, signale M. Bussières, «l'érable de Norvège a été introduit au Canada dès 1778 [... et] beaucoup de spécimens de la région de Québec sont très gros, donc anciens».
Or R. acerinum semble n'avoir fait son apparition en Amérique que beaucoup plus récemment. Il ne s'est bien établi dans le nord-est des États-Unis et le sud de l'Ontario que dans les années 90, n'a fait son apparition au Québec que vers 2005 et est arrivé dans la région que par la suite. Cela expliquerait pourquoi il est plus virulent pour les érables de Norvège ici qu'en Europe.
Le champignon infecte les feuilles en juin, ses taches noires apparaissent dès le mois suivant, puis il tombe avec elles à l'automne. Il passe ensuite l'hiver sous la neige et finit de se développer au printemps, surtout si celui-ci est humide. Il relâche alors ses spores, et le cycle recommence. Il n'est généralement pas fatal pour les érables qu'il infecte.
«[...] qu'est-ce qui dans la lumière, que ce soit celle du soleil ou celle d'une lampe, attire tant les êtres vivants? La majorité des végétaux tendent vers la lumière; les insectes sont aussi attirés, les animaux et les humains», demande Jean-Marc Fournier, de Québec.
On comprend aisément pourquoi il est tentant de faire des rapprochements comme ceux de notre lecteur. Après tout, chacun a déjà vu des papillons de nuit s'agiter frénétiquement autour d'une ampoule. Chacun sait que les plantes se tournent vers le soleil. Chacun a déjà vu à la télé des baudroies abyssales ou d'autres poissons des grandes profondeurs marines qui attirent leurs proies grâce à un appendice lumineux.
Mais il reste que, au-delà des apparences, cette question met beaucoup de choses très différentes dans le même panier.
Commençons par les plantes. Si elles orientent leurs feuilles vers la lumière, c'est parce qu'elles font de la photosynthèse, c'est-à-dire que, dans leurs cellules, de petites structures nommées chloroplastes se servent de l'énergie du soleil pour réorganiser des molécules d'eau (H2O) et de gaz carbonique (CO2) en molécules de sucre (C6H12O6).
Leur intérêt à capter autant de lumière que possible est donc évident, et elles ont développé au fil de l'évolution des mécanismes leur permettant de détecter d'où provient la lumière et d'incliner leurs feuilles en conséquence.
Mais cela ne s'applique qu'aux végétaux. Les animaux, eux, ne font pas de photosynthèse et il est important de noter qu'ils ne sont pas tous attirés par la lumière. Les coquerelles, par exemple, ont une sainte horreur de la lumière parce que, comme d'autres espèces-proies, elles cherchent instinctivement à rester cachées.
Maintenant, il est vrai que les papillons de nuit sont particulièrement attirés par la lumière, au point de négliger grossièrement leur propre sécurité. Mais on n'est pas sûr de comprendre pourquoi. L'hypothèse la plus souvent évoquée veut qu'ils se guident en se fiant à la Lune, qui servirait de repère absolu - soit un point assez loin dans l'espace pour apparaître fixe. Les ampoules et les feux de camp étant beaucoup plus proches, ils ne sont pas fixes aux yeux des papillons en mouvement, ce qui inciterait ceux-ci à «corriger» constamment leur vol, jusqu'à tourner en rond autour de la source lumineuse.
Plusieurs études ont trouvé qu'autour de la nouvelle lune (donc les nuits les plus sombres), les pièges à lumière capturent plus de papillons de nuit. Cela indique que les papillons sont plus facilement leurrés quand la lune est absente, mais cela peut varier d'une espèce à l'autre et les experts ne sont pas tous convaincus que la Lune sert vraiment de repère spatial, notons-le.
Autres sources
P.N. MISHRA et autres. «Effect of Moon Light and Lunar Periodicity on the Attraction of Black Cutworm Moth Agrotis flammatara (Schiffer-Mueller) on Light Trap», Pertakina Journal of Tropical Agriculture Science, 1999. http://bit.ly/1hrQ5sq
ALEXA STEVENSON. «Probing Question: Why Are Moths Attracted to Light?», PennState News, 2008. http://bit.ly/1fupfjq
NATALIE WOLCHOVER. «Why Are Moths Drawn to Artificial Lights?», Live Science, 2011. http://bit.ly/1iip8NI
Précisions
Deux imprécisions se sont glissées dans notre chronique de la semaine dernière, sur la loterie. D'abord, les nombres «factoriels» auraient dû être suivis d'un point d'exclamation, comme il se doit pour ces nombres. Par exemple, on aurait dû lire «5! = 1 x 2 x 3 x 4 x 5» au lieu de «5 = 1 x 2 x 3 x 4 x 5».
Ensuite, nous avons écrit que les sociétés de loterie «contrôlent le nombre de billets et de numéros gagnants qu'elles émettent». C'est vrai pour les gratteux, mais, pour le reste, cela peut laisser faussement croire que ces jeux sont truqués. Il aurait été plus juste de dire que les Loto-Québec de ce monde ajustent les règles de leurs loteries (les probabilités de gagner et les lots remis, essentiellement) de manière à s'assurer qu'elles feront un profit.
Nos excuses.