La tendance actuelle en psychothérapie est de privilégier des traitements à court terme.

Quelle psychothérapie est la plus efficace?

On peut diviser la kyrielle de méthodes psychothérapeutiques en deux camps. Les approches qui se centrent sur la résolution de malaises spécifiques et celles qui s'intéressent plutôt à la globalité de la personne du client. Même si j'utilise au besoin des techniques propres aux thérapies cognitivo-comportementales centrées sur des problèmes spécifiques, je suis devenu allergique aux «certitudes» concernant la prétendue supériorité de ces méthodes.
J'ai connu plusieurs modes en psychothérapie. Ces dernières décennies, les tenants de l'approche cognitivo-comportementale ont fait énormément de recherches pour prouver leur efficacité tandis que les praticiens d'autres formes de thérapie ne se sont pas assez souciés de cet aspect. L'approche cognitivo-comportementale a ainsi accaparé l'attention de plusieurs praticiens de la psychothérapie qui pensent bien faire en adoptant ces modèles d'intervention supposément plus efficaces.
De plus, il y a malheureusement insistance sur le court terme en psychothérapie actuellement. Ce qui m'apparaît dommage, car cela peut susciter de faux espoirs. Il ne faut pas être naïf, car personne ne fait de miracle ni de magie. Comme la psychothérapie est une forme d'apprentissage, elle requiert du temps comme tout autre apprentissage. Des attitudes incrustées depuis toujours ont besoin d'être identifiées plus d'une fois et explorées de multiples façons avant d'être changées.
Heureusement, des recherches contredisent certaines prétentions de supériorité d'approches à court terme. Par exemple, Turcotte rapporte les résultats d'une méta-analyse sur la psychothérapie psychodynamique à long terme de 1053 patients qui souffraient de troubles de personnalité, d'anxiété, de dépression, etc. Les résultats ont démontré que cette approche à long terme «... est associée à davantage de changements significatifs sur les problèmes ciblés et le fonctionnement de la personnalité que les formes brèves de psychothérapie». Aux États-Unis, Shedler a démontré de façon magistrale l'efficacité de la thérapie psychodynamique. Celle-ci permet aux clients de prendre le temps d'aller au fond des choses au lieu de s'en tenir à leurs symptômes. Et en ce qui concerne les afflictions les plus communes comme la dépression et l'anxiété généralisée, elle permet aux clients de conserver leurs acquis après la fin de la psychothérapie contrairement à d'autres formes de psychothérapie.
D'autre part, des chercheurs ont constaté que les éléments essentiels utilisés en thérapie psychodynamique sont souvent utilisés par les cliniciens compétents qui se réclament d'autres approches thérapeutiques. On a même découvert que l'explication fondamentale du succès d'autres approches reposait justement sur l'adhérence du clinicien à certaines méthodes de l'approche psychodynamique.
Je suppose que la même constatation s'applique à l'approche humaniste-existentielle avec son emphase sur les attitudes relationnelles et particulièrement l'empathie. D'ailleurs, la recherche démontre que c'est la qualité de la relation thérapeutique entre le client et l'intervenant qui est l'élément le plus puissant en regard des résultats thérapeutiques (Costello). En passant, une étude récente (Greenberg) démontre l'importance de mettre l'accent sur l'expression des émotions en psychothérapie, peu importe l'approche thérapeutique adoptée par l'intervenant. Je me réjouis donc de la remontée actuelle de la popularité de la tradition humaniste en psychothérapie aux États-Unis.
Je m'adresse maintenant à mes lecteurs dont le travail nécessite d'être informés sur la psychothérapie (médecins et autres cliniciens qui réfèrent des clients en psychothérapie, utilisateurs et gestionnaires de PAE, agents d'indemnisation de la SAAQ ou de la CSST, etc.). Vous aurez la chance d'être informés sur ce sujet de l'efficacité des sortes de psychothérapie en participant à une présentation donnée à Montréal (Hôtel Universel, 5000, rue Sherbrooke Est), le vendredi 4 avril. Pour plus d'information, voir www.gestaltqc.ca/accueil-colloque/
Voici la description de cette Table ronde animée par le psychologue Alain Mercier, qui réunira Johanne Cyr, médecin psychiatre, ainsi que Marc-Simon Drouin, Gilles Delisle et Conrad Lecomte, psychologues :
À quelle psychothérapie avons-nous droit? Efficacité, accessibilité et données probantes
Parmi l'ensemble des données probantes reconnues, certaines formes de psychothérapie sont présentées comme étant supérieures à d'autres, et ce, à l'encontre de faits scientifiques bien établis. Elles sont généralement de format court et suivent un déroulement codifié par un manuel de traitement. Ces modèles reçoivent l'approbation de plus en plus exclusive des médecins, des divers tiers payeurs, de même que de plusieurs établissements du réseau de la santé. Ils bénéficient à tort d'un biais scientifique, se voyant qualifiés de «traitement de choix», voire de seul traitement valide pour plusieurs problématiques.
Cette reconnaissance porte en elle plusieurs possibilités de préjudices tant à la profession qu'à la population en quête de soins. L'éventail des traitements valides est mis en péril. L'accessibilité aux soins se restreint. Il est aussi possible que cette tendance aura de l'impact sur les formations reconnues en mettant l'accent sur les techniques et en évacuant la relation thérapeutique. Différents effets qui nécessitent une réflexion et une prise de position responsable de l'ensemble des thérapeutes.
P. COSTELLO. Attachement-Based Psychotherapy, Washington: APA, 2013
L. GREENBERG. The Clinical Application of Emotion in Psychotherapy, In Lewis et all. (Eds.), Handbook of Emotions, N.Y. : Guilford, 2008
J. SHEDLER. «American Psychologist. The efficacy of Psychodynamic», Psychotherapy, Feb.-March 2010
J. SHEDLER. American Psychologist. Science or Ideology? Feb.-March 2011
C. TURCOTTE. «Être en thérapie depuis des années serait efficace pour les patients ayant des troubles mentaux complexes», Psychologie-Québec, vol. 26, no 5, sept. 2009