Les co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David et Andrés Fontecilla. Ce dernier, moins connu du public, s'est fait remarquer cette semaine lors d'un débat alors qu'il a fait un rapprochement entre le Front national français et le Parti québécois.

Québec solidaire: «Bienvenue sur l'autobus de l'amour!»

À bord de l'autocar, les têtes d'affiche du parti sont plus nombreuses que les journalistes. Les députés sortants Amir Khadir et Françoise David, ainsi que le co-porte-parole Andrés Fontecilla, se partagent la tâche normalement réservée à un seul chef. Récit des quelques kilomètres parcourus avec Québec solidaire, l'originale formation tricéphale.
<p>Le député de Québec Solidaire Amir Khadir aux côtés de la porte-parole du parti Françoise David. </p>
«Bienvenue sur l'autobus de l'amouuuuuurrrrr!» L'accueil réservé à la deuxième représentante des médias à monter dans Le Solitaire - tel que surnommé par Le Devoir - est chaleureux. «Les effectifs ont doublé», blaguent de leur côté les collègues qui suivent en grand nombre les chefs des trois autres formations politiques.
Mais les instances de Québec solidaire (QS) ne la trouvent pas drôle. Après la performance surprise de Françoise David au débat des chefs de 2012, le téléphone avait sonné. Des salles de rédaction avaient manifesté l'intérêt d'envoyer du personnel. Finalement, ce sont des membres de l'organisation qui occupent les banquettes de l'autocar réservées aux journalistes. «Je ne comprends pas. Les champs droit et centre droit sont représentés, alors que le gauche est libre», se désole la coordonnatrice de campagne, Josée Larouche. «En principe, le rôle des médias n'est pas de rétablir les déséquilibres?» demande, amer, le député sortant de Mercier, Amir Khadir.
Le Soleil a rejoint les solidaires dimanche à Sainte-Adèle, dans les Laurentides. C'est le médecin qui est de garde. À la première heure, M. Khadir visite les lieux où Hydro-Québec souhaite implanter une ligne haute tension. Suit un point de presse sur ce projet controversé avec les candidats locaux dans le minuscule centre d'informations touristiques de Val-David, qui sert aussi de vestiaire aux patineurs qui se mêlent aux militants pour l'occasion.
Après quelques coups de patin au soleil, Amir Khadir s'attable avec des sages-femmes dans un café du village pour discuter du manque d'effectifs dans la région. Derrière lui, une dizaine de culottes multicolores ornent le mur. Quand il s'en aperçoit, il rit de bon coeur et salue le travail des artistes qui ont les décorées. «J'ai justement trouvé une paire de sous-vêtements féminins dans ma chambre d'hôtel hier [vendredi soir]», confie-t-il, amusé par l'anecdote.
À côté de lui, le candidat dans Saint-Jérôme Vincent Lemay-Thivierge est beaucoup plus tendu. L'atmosphère chaleureuse des lieux et la bienveillance du politicien expérimenté à son endroit ne suffisent pas à le dérider. L'artiste a les yeux rivés sur le discours qu'il aura à livrer en après-midi. «Oui, oui, tu peux garder tes feuilles si tu te sens plus à l'aise comme ça», le rassure une organisatrice.
L'activité aura lieu à quelques rues du local électoral de son rival du Parti québécois, nul autre que l'homme d'affaires Pierre Karl Péladeau. Ce n'est pas par hasard que la formation a choisi cette ville, rongée par la pauvreté, pour dénoncer l'évasion fiscale dont profitent les riches de la province. Dans le style incisif qu'on lui connaît, Amir Khadir va même demander aux autres partis politiques de s'engager à destituer n'importe quel candidat qui aurait recours à de tels stratagèmes. La centaine de militants applaudissent et se montrent tout aussi enthousiastes quand Vincent Lemay-Thivierge prend le micro.
Enflammé, il n'hésite pas à tirer à boulets rouges sur l'ex-dirigeant de Québecor, «parachuté» dans Saint-Jérôme, où il ne connaît pas les enjeux. Plutôt qu'une mêlée de presse comme le feraient les autres partis, les deux hommes ont droit à quelques minutes d'entrevue en direct devant les caméras des télévisions dépêchées sur place. «Au moins, les médias locaux se déplacent», souligne la coordonnatrice, Josée Larouche.
Amir Khadir sermonnera gentiment la représentante du Soleil venue le rejoindre dehors - sans manteau - quelques secondes pour lui poser une question. «Je suis médecin après tout!» s'exclame-t-il. Un discours qu'il sert à tous les militants «irresponsables» qui distribuent des dépliants «sans tuque, sans mitaines» à - 15 degrés dehors. Son entourage le dit très attentionné, affectueux même. «C'est un homme extrêmement sensible qui t'envoie des fleurs le jour de ta fête et qui demandera des nouvelles de ta mère qui est à l'hôpital», illustre la candidate dans Sainte-Marie-Saint-Jacques Manon Massé.
Françoise David
Pour décrire sa grande amie Françoise David, Mme Massé évoque plutôt son intelligence et sa grande perspicacité. Elle peut cependant sembler froide, comme c'est, par exemple, le cas lundi matin en point de presse dans le centre-ville de Montréal, où elle répond calmement aux questions des journalistes sur la faisabilité du plan de sortie de pétrole de Québec solidaire. «Mais dès la minute que tu lui parles en personne, cette impression disparaît», assure la travailleuse communautaire.
Mme David est extrêmement rigoureuse, poursuit Manon Massé. Plutôt que d'inventer une réponse, elle admet volontiers qu'elle ne l'a pas. C'est le cas lorsque l'on aborde avec elle les dossiers de la Capitale-Nationale à l'heure du dîner. «Je n'ai pas vraiment de vie à Québec», laisse tomber la militante féministe qui dit consacrer tout son temps entre les murs de l'Assemblée nationale lorsqu'elle vient dans la région.
«On est pour ou on est contre?» demandera-t-elle à son équipe de la caravane au sujet du financement du Diamant, de la réfection des Nouvelles Casernes ou de l'anneau de glace couvert. C'est les solidaires à Québec qui finiront par expliquer que le parti veut avant tout étudier les projets pour savoir s'ils desserviront réellement les citoyens et non seulement les touristes.
Après un point de presse en après-midi pour dénoncer les effets néfastes de la méthode «lean» dans le système de santé et une rencontre avec des représentants syndicaux et étudiants au Cégep Ahuntsic, Mme David annonce qu'elle s'éclipse à son chalet pour sa préparation pour le débat des chefs, non sans avoir trouvé sa tenue pour l'occasion qu'elle exhibe dans l'autocar, contente d'avoir déniché la robe qui lui convient.
Andrés Fontecilla
C'est Andrés Fontecilla, nommé co-porte-parole au printemps 2013, qui prendra le relais le lendemain pour l'annonce du cadre financier du parti. D'origine chilienne, l'homme issu des milieux communautaires est beaucoup moins connu du grand public malgré les tentatives du parti le propulser à l'avant-scène. Il partage l'avis d'Amir Khadir selon lequel les médias ont l'obsession de toujours vouloir s'entretenir avec quelqu'un au pouvoir. Qu'à cela ne tienne, les Québécois le connaîtront davantage lorsqu'il sera député de Laurier-Dorion à l'Assemblée nationale, dit-il.
M. Fontecilla s'est néanmoins fait remarquer cette semaine lors d'un débat avec Bernard Drainville sur les ondes du 98,5 à Montréal lorsqu'il a fait un rapprochement entre le Front national français et le Parti québécois. Un deuxième Amir Khadir? «Pas du tout», assure le principal intéressé dans un français impeccable, mais teinté d'un fort accent espagnol. M. Fontecilla juge que son style se situe à mi-chemin entre l'intempestif député de Mercier et celui, plus posé, de Françoise David.
En milieu d'après-midi mardi, nous quittons Montréal. Direction : l'est du Québec. Alors que la députée de Gouin est isolée en raison de la joute oratoire à préparer, Andrés Fontecilla restera dans la métropole jusqu'au soir. Il se rendra à Lévis en voiture pour être de la tournée en Gaspésie. Quant à Amir Khadir, il rejoindra les troupes pour un aller-retour en avion à Rimouski le lendemain. Ils sont trois têtes d'affiche, mais, curieusement, aucune d'entre elles ne sera à bord de la caravane solidaire lorsque Le Soleil en descendra...