Québec plonge dans le débat

En dénonçant le port du maillot de bain islamiste (burkini) dans une piscine municipale, le maire Labeaume a dit tout haut ce que beaucoup de citoyens doivent penser tout bas.
Une réaction épidermique de surprise et d'incrédulité. On y perçoit de la compassion mêlée à la colère, à la peur et au rejet d'une réalité dont Québec se croyait peut-être à l'abri.
Ce n'est pas comme ça qu'on doit être habillé à Québec ou dans toute autre ville du monde, croit le maire, qui a qualifié le port de la burqa, du tchador ou du burkini de «ridicule».
«On va espérer qu'elles se révoltent un jour», a-t-il souhaité en parlant des femmes qui les portent.
M. Labeaume a dit vouloir par son intervention éviter les «dérapages». «Surtout actuellement, c'est très fragile», a-t-il constaté.
Le ton et les mots pourraient cependant avoir l'effet contraire. Réveiller les émotions et l'intolérance plutôt que de calmer le jeu.
Cette sortie du maire tranche d'ailleurs avec la réserve avec laquelle la Ville de Québec avait abordé jusqu'à maintenant le débat sur les accommodements raisonnables et le projet de charte.
Il y a quelques jours encore, les élus d'Équipe Labeaume disaient se sentir si peu concernés par la charte qu'ils avaient convenu de ne pas prendre position.
Ils ont expliqué que ce n'était «pas une priorité» et que leur caucus n'avait «rien de neuf à dire là-dessus».
À strictement parler, le port d'un maillot islamiste par une baigneuse dans une piscine municipale n'est pas un enjeu visé par la charte. Sauf si ce devait être une sauveteuse employée municipale. La question n'est encore que théorique, mais la réaction du maire ne l'est pas. En annonçant qu'il n'accepterait pas qu'une sauveteuse porte un tel maillot, le maire vient de donner implicitement son appui au projet de charte de la laïcité.
C'est une position légitime. C'est d'ailleurs celle d'une majorité de citoyens du Québec, si on en croit les derniers sondages. Et d'une majorité probablement plus grande encore de citoyens de la région de Québec.
Que la réaction du maire fasse écho au sentiment général n'a rien de scandaleux ni d'étonnant.
C'est juste que Québec ne peut plus prétendre être à l'écart d'un débat qui ne la concerne pas et pour lequel elle n'aurait rien à dire. Elle vient d'entrer dans ce débat. Je dirais même, avec ostentation.
La réaction du maire Labeaume s'appuie sur la prémisse que les femmes qui portent des vêtements islamistes «extrêmes» le font contre leur gré.
Que ce n'est pas leur choix et que quelqu'un les oblige à «être attriquées» de cette façon... «à cause de préceptes religieux, à cause d'une interprétation d'une religion qui, quant à moi, est fausse».
C'est bien sûr une perception largement répandue. Que les femmes musulmanes ne portent pas de leur plein gré la burqa, le tchador, ou même le voile laissant le visage à découvert.
La réalité est plus nuancée. La liberté peut varier selon les personnes, les cultures, les environnements.
Il y a des témoignages de femmes instruites et cultivées qui disent avoir choisi le voile en toute liberté. D'autres de femmes qui ont choisi de laisser tomber le voile ou le niqab, ce qui suggère un certain niveau de liberté, d'indépendance ou de résignation.
On se souvient de la jeune Birmane à qui l'accès à un autobus du RTC avait été refusé en 2009 parce qu'elle voulait y monter avec un niqab empêchant de l'identifier.
La jeune femme avait aussi été prévenue qu'elle ne pourrait assister à ses cours de francisation avec le visage voilé. Elle a choisi de renoncer au niqab.
Je ne peux présumer de la liberté de la femme qui a demandé à pouvoir porter un burkini à la piscine du Centre Lucien-Borne. On ne peut que mesurer la volonté d'une mère que son enfant puisse comme les autres suivre un cours de natation.