Incapables de ranger leur disque volant l'hiver venu, des centaines d'adeptes d'ultimate Frisbee se retrouvent dans les ligues intérieures, dont la plus importante manifestation au monde se déroule présentement à Québec.

Québec, la capitale de l'ultimate Frisbee

Avec 520 joueurs d'ultimate Frisbee venant de l'Ontario, du Québec et des Maritimes présentement au stade Leclerc et à ExpoCité pour la compétition Mars attaque présentée par l'Association des joueuses et joueurs d'ultimate de Québec (AJJUQ), Québec conforte sa position de meneur mondial de la version intérieure de ce sport.
«Parmi les tournois intérieurs, c'est vraiment le plus important au monde en termes de nombre de joueurs et d'équipes», fait remarquer Jean-Pierre Lessard, porte-parole du tournoi.
Inventé en 1968 par un élève d'une école secondaire du New Jersey, l'ultimate Frisbee a attendu près de trois décennies avant de faire son entrée à Québec, mais est maintenant l'un des sports qui s'y développe le plus rapidement.  «C'est un Japonais nommé Yoshi Shimatsu qui a amené le sport ici au milieu des années 90. Il avait épousé une Québécoise, et les deux y jouaient quand ils vivaient au Japon. À leur arrivée au Québec, ils voulaient continuer et c'est comme ça que ça a démarré», explique Mathieu Bordeleau, directeur général de l'AJJUQ.
Le sport a commencé par faire des adeptes à l'Université Laval, puis une vingtaine de passionnés ont décidé d'organiser des matchs réguliers en 2001, ce qui a débouché sur la création de la première ligue en 2003.
Pour ceux qui se sentent incapables de ranger leur disque volant durant la saison hivernale, la participation aux ligues intérieures a explosé depuis quelques années.  «Il y avait 60 équipes d'ultimate Frisbee intérieur en 2006, alors qu'aujourd'hui on en compte 110. Les matchs se jouent au Pavillon des bovins d'ExpoCité ou au stade Honco, sur la Rive-Sud. Il y a environ 1000 personnes qui pratiquent ce sport 12 mois par année à Québec», indique Jean-Michel Tremblay, président de l'AJJUQ.
Quebec City rules
Québec a même laissé sa marque dans la conception de la version intérieure du sport. Alors que la version extérieure met en scène deux équipes de sept joueurs, la version intérieure se jouait au départ à six contre six ou à cinq contre cinq.
Cependant, une variante à quatre contre quatre — on joue sur la largeur d'un terrain de soccer plutôt que sur sa longueur et des règles accélèrent le jeu — a été introduite il y a quelques années dans un tournoi à Québec.  «Des participants venus d'Ottawa ont tellement aimé cette version du jeu qu'ils l'ont baptisée Quebec City rules, et le terme est resté», explique Tremblay.
Comme pour la poutine, la paternité de cette version de l'ultimate Frisbee est toutefois con­testée. «Des gens d'Edmundston ont prétendu avoir inventé cette version du sport, ensuite des joueurs de Sherbrooke ont prétendu l'avoir fait avant. En bout de ligne, plusieurs revendiquent cette version du jeu et il n'y a pas encore de consensus», conclut le président de l'AJJUQ avec un sourire en coin.
Mélange de foot, de soccer et de basket... sans arbitre!
Se jouant avec un disque volant communément appelé Frisbee au Québec, l'ultimate Frisbee emprunte des éléments au football, au soccer, au basketball et se joue sans la présence d'un arbitre.
Comme au football, le but du jeu est de marquer des points en attrapant le disque dans la zone des buts de l'adversaire; comme au basketball, le joueur qui a le disque en main ne peut se déplacer et dispose d'un délai chronométré pour faire une passe; et la surface de jeu est celle d'un terrain de soccer.
Le sport a aussi comme particularité le fait qu'il est autoarbitré, c'est-à-dire que chaque joueur a la responsabilité de veiller au respect des règles concernant les fautes et les lignes délimitant le terrain.
«On mise beaucoup sur l'esprit de camaraderie et l'honnêteté. Un joueur peut appeler une faute et, généralement, le joueur fautif est capable de la reconnaître. Il peut aussi la contester, dans lequel cas un petit débat a lieu, et tout se règle généralement en quelques secondes», explique Jean-Pierre Lessard, por­te-parole du tournoi de Québec