Steve Hackett, en spectacle à Québec en octobre dernier.

Québec est prog et... conservatrice

Steve Hackett qui remplit le Grand Théâtre avec sa tournée Genesis Revisited, des centaines de fans qui attendent patiemment durant quelques heures le spectacle du supergroupe Transatlantic, les groupes The Security Project, Dream Theater et Yes qui s'arrêteront tous bientôt dans la capitale. L'histoire d'amour entre Québec et le rock progressif se poursuit encore dans les années 2010, 41 ans après le fameux spectacle de Genesis au Grand Théâtre de Québec.
«C'est devenu un cliché de le dire, mais c'est vrai : Québec a été l'une des premières terres d'accueil de Genesis avant qu'ils ne deviennent vraiment populaires», signale Jean-Louis Croteau, promoteur de spectacles de rock progressif et gestionnaire de la page Capitale du Prog sur Facebook, pour expliquer une partie du phénomène.
«J'ai pu le constater dès le premier show que j'ai organisé, soit Saga au Capitole en 2011. La salle était pleine et j'ai tout de suite vu que l'engouement pour le rock progressif à Québec était réel. Leur gérant nous a même dit que Québec était le bastion de fans les plus fidèles au Canada.»
Le promoteur avoue aussi avoir déjà attiré à quelques reprises de meilleures foules avec un spectacle qu'il organisait à Québec que le même spectacle à Montréal. «Un promoteur montréalais que je connais me dit souvent que Québec est prog-oriented
Comme le metal
Le porte-parole du Ottawa Bluesfest et ex-directeur de la programmation du Festival d'été de Québec, Jean Beauchesne, abonde dans le même sens. «Ça a toujours été comme ça à Québec! Il y a les amateurs de prog de la première heure qui vieillissent un peu, mais il y a aussi les jeunes amateurs de metal mélodique, un genre qui se rapproche beaucoup du prog, qui s'ajoutent à leurs rangs», indique-t-il.
Pour lui, on peut faire beaucoup de liens entre la popularité du rock progressif et celle du metal dans la capitale par rapport à Montréal. «Montréal est beaucoup plus multiethnique et le metal et le progressif sont des genres qui intéressent surtout les francophones. Je l'ai vu quand j'ai programmé Iron Maiden au BluesFest : la foule était composée à plus de 80 % de francophones.»
Ce point de vue est partagé par Michel Bilodeau, ex-chroniqueur musical au Soleil et promoteur depuis 10 ans du magazine, de l'émission de radio et de la convention annuelle Terra Incognita, consacrés au rock progressif.
«Il y a peut-être un peu de notre côté latin là-dedans, car j'ai remarqué que la scène progressive était très vivante dans plusieurs pays latins, notamment l'Italie. Je dirais qu'au Québec, l'amateur de prog typique est un francophone entre 40 et 60 ans», indique-t-il.
Michel Bilodeau avoue avoir déjà lui aussi observé le même phénomène que Jean-Louis Croteau au niveau de la vente de billets. «J'ai organisé les spectacles des Flower Kings à l'Impérial et à Montréal il y a quelques années et c'est vrai qu'il y avait moins de monde à Montréal.»
<p>Le groupe Transatlantic, au Capitole en février </p>
Bémol
Le grand manitou de Terra Incognita tient cependant à mettre un bémol. «Oui, Québec est une ville de prog, mais surtout une ville de vieux prog. Les gens d'ici ne s'intéressent pas nécessairement aux nouveaux groupes progressifs et la nouvelle clientèle est plus difficile à aller chercher. Les amateurs de rock progressif vieillissent, sortent moins et sont plus sélectifs.»
Malgré tout, Michel Bilodeau vend de 500 à 600 exemplaires de chaque numéro de son magazine, qui paraît entre quatre et six fois par année, et attire près de 600 personnes chaque année à sa convention jumelée à un festival progressif au Centre d'art La Chapelle.
«Je l'avoue, ce que je fais ici, je ne pourrais probablement pas le faire à Montréal. C'est comme un mini-Woodstock du prog et notre réputation s'est répandue à l'extérieur du pays. Pour l'émission de radio et le magazine, j'essaie de me concentrer surtout sur les groupes qui émergent et je parle rarement des vieux groupes. C'est une direction que je me suis donnée», souligne Michel Bilodeau.
Jean-Louis Croteau avoue lui aussi que le rock progressif est davantage devenu un genre underground au fil des années, même s'il demeure populaire à Québec. «C'est pour des salles de 500 à 2000 spectateurs. Ce n'est pas comme dans les années 70 et 80 où ça pouvait se passer au Colisée. Et quand c'est nouveau et moins connu, c'est plus difficile d'attirer les gens.»
Tout de même, avec Capitale du Prog, il fait sa part pour faire connaître davantage le monde du rock progressif. «J'essaie de créer une communauté, traîner les progueux d'un spectacle à l'autre et peut-être éventuellement des partys au début et à la fin de la saison. L'idée est de sortir un peu ce genre musical de l'underground», conclut Jean-Louis Croteau.