Les manigances de Benoît-Pierre Poitras ont poussé un père à commettre une tentative de suicide et à déshériter son fils aîné.

Quatre ans pour une fraude d'une rare violence psychologique

Un père poussé au suicide. Un fils déshérité. Une famille éclatée. Sans compter la perte de plus de 100 000 $. Voici l'oeuvre du fraudeur Benoît-Pierre Poitras, qui a écopé mercredi de quatre ans de prison après avoir plaidé coupable.
Benoît-Pierre Poitras, un homme de 46 ans de Lotbinière qui n'en était pas à ses premières fraudes, est entré dans la vie d'un couple de Québec en juin 2012, par l'entremise de sa nouvelle conjointe.
Cette famille reconstituée est alors plongée dans la tourmente; le jeune fils vient d'être arrêté pour trafic de stupéfiants. Benoît-Pierre Poitras se présente comme un sauveur. Il promet d'aider le jeune homme dans ses démêlés avec la justice moyennant quelques milliers de dollars pour payer des avocats, qui se révéleront fictifs. 
Il extorque ensuite une autre grosse somme pour supposément calmer des Hells Angels qui menacent de faire un mauvais parti à la famille. 
Benoît-Pierre Poitras invente que l'aîné des enfants est l'objet d'une enquête policière; il a encore besoin d'argent pour régler ce problème.
Il convaincra le père, remarié avec une nouvelle conjointe, de débourser pour obtenir de nouveaux papiers de divorce, prétextant qu'il était bigame et donc hors-la-loi.
En moins de trois semaines, Poitras aura réussi à se faire remettre environ 100 000 $. 
Prestataire de l'aide sociale, Benoît-Pierre Poitras a dès lors vécu la grande vie, dînant au célèbre restaurant Fouquet's à Paris, allant se faire bronzer à Cuba, achetant des bouteilles de vin de luxe.
Les victimes, elles, étaient pendant ce temps plongées dans le plus profond désespoir. Sous les conseils de Poitras, le père et sa conjointe bannissent de leur vie l'aîné et vont même jusqu'à le déshériter.
Abruti d'insultes par Poitras et dévasté par l'ampleur de la dette, le père de famille en viendra à vouloir se pendre et sera décroché in extremis par sa conjointe. «Je me suis détestée pour ne pas avoir vu, ne pas avoir compris ce qui se passait», écrit la conjointe victime. En cour, la dame tient tendrement la main de son mari, secoué de sanglots.
«Fuck you la police»
Lorsque les policiers ont commencé à enquêter sur Benoît-Pierre Poitras, ils ont perquisitionné son coffret de sûreté à la banque. Le coffre était vide, à l'exception d'une enveloppe de dépôt sur laquelle était inscrite «Fuck you la police».
Sans émotions apparentes pour la souffrance de ses victimes, Poitras a des traits qui relèvent de la psychopathie, a souligné le procureur de la Couronne, Me Michel Fortin. Il est «parfaitement odieux», ajoute Me Fortin, de voir un individu ainsi «torpiller une famille» éprouvée.
Devant le tribunal, Poitras a jeté le blâme sur son ex-conjointe, ajoutant «qu'il ne lui en veut pas».
Le juge Jean-Pierre Dumais a accepté la suggestion de quatre années de détention de laquelle il faut soustraire un an et deux mois de détention préventive.
Le magistrat n'a pas mâché ses mots face à l'accusé. «Vous avez poursuivi une entreprise de démolition d'une rare violence», a lancé le juge Dumais. «D'une violence psychologique tout aussi extrême que de mutiler quelqu'un.»
Le juge Dumais a louangé les membres de la famille victime qui ont su se pardonner. «C'est une victoire importante sur le mal et la souffrance», a noté le juge.